Institut des Cultures d’Islam

Une sublime expo gratuite tisse des liens entre art et artisanat

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Publié le , mis à jour le
Dans des espaces récemment repensés, l’Institut des Cultures d’Islam, dans le 18e arrondissement de Paris, invite à découvrir les liens féconds qui unissent la création contemporaine et les savoir-faire. Un parcours riche, beau et gratuit qui réchauffe au cœur de l’hiver.
Vue de l’exposition “L’esprit du geste” à l’Institut des Cultures d’Islam
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Vue de l’exposition “L’esprit du geste” à l’Institut des Cultures d’Islam, 2025

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© Marc Domage pour L'ICI – Institut des Cultures d'Islam

Il était un fil ; celui qui permet de tisser des liens entre les humains et entre les générations. Voici la trame que l’historienne de l’art Sonia Recasens a tirée de sa tendre enfance pour imaginer « L’esprit du geste », exposition qui joue sur la corde du sensible pour inaugurer les espaces fraîchement repensés de l’Institut des Cultures d’Islam, rue Léon dans le 18e arrondissement de Paris : « Prenant comme point de départ les mots-clés transmission, hybridité, savoir-faire, patrimoine, matrimoine, rituels et gestes, le parcours se nourrit de mes souvenirs d’enfance, de ces étés passés auprès de ma famille dans les grandes villes comme dans les campagnes du Maroc à observer les mains agiles de mes tantes et grands-tantes. »

Le geste est, pour Sonia Recasens, indélébile : « Masser et gommer les corps, pétrir la pâte à pain, laver et plier le linge de maison, préparer l’onguent de henné… Des mains ridées et tatouées, qui prennent soin des maisons et des corps, performant des rituels quotidiens dans l’intimité de l’espace domestique. »

Richesse des techniques, des motifs, des matières…

Sara Ouhaddou, Portrait d’artisan.e (série), Fouzia
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Sara Ouhaddou, Portrait d’artisan.e (série), Fouzia, 2022–2024

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© Sara Ouhaddou / © Adagp, Paris, 2025

Réunissant sous la même bannière savoir-faire et créativité, « L’esprit du geste » convoque 17 artistes venus du monde entier – du Maroc au Liban, en passant par la Tunisie, l’Ouzbékistan ou encore l’Afghanistan. Entre divers techniques, motifs, matières et récits ancestraux, les œuvres présentées annihilent les clichés sur l’artisanat en plaçant la tradition au centre. Le geste se fige dans les clichés d’ateliers de Sara Ouhaddou (née en 1986) au Maroc et en Tunisie ; tandis qu’il se pétrifie dans l’installation spécialement conçue pour l’ICI par Salima Naji (née en 1971), laquelle anoblit la terre crue en laissant apparaître les traces de la main (Matbouaates, empreintes, ce qu’il reste, 2024).

Corps-à-corps avec la matière

À Tissekmoudine, un ksar du sud marocain, Amina Agueznay (née en 1963) a travaillé avec des tisserandes, des maalmates auprès desquelles elle a tissé sa série « Portail » (2022) dont les motifs repiquent les portes de ce village fortifié. Une vidéo intitulée Draâ x Draâ (2024) montre comment ces orfèvres du textile prennent les mesures avec leur corps : ce geste se nomme draâ (« la coudée »).

Le corps, pleinement engagé, est aussi à l’œuvre dans les chorégraphies « potières » de Selma et Sofiane Ouissi (Laaroussa, 2013) ; il reprend son souffle dans une sublime installation verrière (Siniya d’El Aaroussa de Sara Ouhaddou, 2024) imaginant ce qu’aurait pu être un plateau rituel de mariée de l’Antiquité [ill. en Une].

Des traditions nomades et métisses

Nazilya Nagimova, Metamorphosis
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Nazilya Nagimova, Metamorphosis, 2023

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© Nazilya Nagimova

D’une grande richesse, le parcours rythmé en sept sections prouve que ces savoir-faire ignorent les frontières. On se plaît à admirer les caftans hybrides, mêlant calligraphie kufie et motifs soviétiques, de l’artiste ouzbek Dilyara Kaipova (née en 1967), ou encore à constater l’étonnante proximité entre les feutres aux allures d’origami de la Tatar Nazilya Nagimova (née en 1982) et les collages de la Franco-Turque Nil Yalter (née en 1938) que 44 ans et plus de 3 000 km séparent.

Métissées, mixtes, toujours sur le fil et hors du cadre, les œuvres abordent tant les problématiques d’identité que d’appropriation culturelle, à l’instar des toiles chatoyantes, entre peinture, dessin, collage de tissage et petits miroirs, de Nadira Husain (née en 1980) dont le père est indien et la mère bretonne.

Vue de l’exposition « L’esprit du geste » à l’Institut des Cultures d’Islam
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Vue de l’exposition « L’esprit du geste » à l’Institut des Cultures d’Islam, 2025

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© Marc Domage pour L’ICI – Institut des Cultures d’Islam

La surreprésentation du « sexe faible » dans cette exposition suffit à comprendre que le geste, jugé comme moins « noble », est largement une affaire de femmes. En témoigne ce « geste » offert par une femme à une autre : l’Algérienne Samta Benyahia (née en 1949) s’est emparée d’un motif d’une robe de sa mère pour en faire son moucharabieh, son refuge qui prend la forme d’une grande rosace bleue habillant la dernière salle de l’exposition, des murs aux vitres de l’Institut des Cultures d’Islam. Sublime chanson de gestes…

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L'esprit du geste

Du 5 octobre 2024 au 30 mars 2025

www.institut-cultures-islam.org

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