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Morgane Ely, graveuse pop et subversive

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Publié le , mis à jour le
Diplômée des Beaux-Arts de Paris, lauréate du prix Villa Noailles aux dernières Révélations Emerige, Morgane Ely détourne des images de la pop culture qu’elle érige, par la gravure sur bois, au rang d’icônes contemporaines (et féministes). Portrait d’une artiste à suivre.
Morgane Ely dans son atelier à Paris
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Morgane Ely dans son atelier à Paris, 2024

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

« Je vous avoue que je suis un peu intimidée », nous glisse Morgane Ely dans l’ascenseur, alors qu’elle s’apprête à nous ouvrir les portes de son atelier. Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2021, la lauréate du prix Villa Noailles aux dernières Révélations Emerige nous accorde sa toute première interview. Sa frêle silhouette s’engouffre dans une petite pièce où flotte un parfum de papier d’Arménie. Près de la fenêtre à travers laquelle des arbres agitent leurs branches nues trône son grand bureau. À côté, une œuvre attend patiemment une retouche. Assise dans sa grande chaise, elle déplore l’étroitesse des lieux, qu’elle partage avec deux autres amies artistes. En quête d’un nouvel espace, elle nous assure que « la situation devrait changer. » D’autant plus qu’elle posera bientôt ses valises à Hyères, pour trois mois de résidence à la Villa Noailles.

Bosseuse, Morgane Ely a l’assurance de celles qui savent où elles vont, et ce même si elle se décrit comme réservée. On la devine encore un peu impressionnée par le monde de l’art et ses grandes cérémonies, si différent du petit village des Vosges où elle a grandi, dans un milieu, dit-elle, « où l’art contemporain était totalement absent. » De ses années passées aux Beaux-Arts de Nancy, elle se souvient avoir tout fait pour « rattraper [s]on retard. » Peinture, performance… : elle expérimente, puis fait le grand saut, à Paris…

Parfois, Morgane Ely réhausse ses œuvres de bombe rose fluo
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Parfois, Morgane Ely réhausse ses œuvres de bombe rose fluo, 2024

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

« Quand je suis arrivée aux Beaux-Arts de Paris, je me sentais toujours comme la jeune fille qui débarquait de sa campagne. » Pas de quoi dénigrer pour autant son enfance et son adolescence biberonnées à la télévision et aux magazines people. Ce sont justement ces images a priori « nulles », dixit l’artiste, qui l’inspirent. Britney Spears, Kim Kardashian, actrices de séries, starlettes oubliées de la téléréalité… L’œuvre de Morgane Ely convoque une vertigineuse iconographie pop et people piochée sur internet, qu’elle détourne et parfois amoche : « L’essai d’Hito Steyerl, Pour la défense d’une image pauvre, m’a beaucoup inspirée. J’aime l’idée de m’emparer d’images dégradées, floues, pixelisées, et de passer du temps à les graver. La matrice obtenue constitue en quelque sorte l’original de ces images qui se démultiplient sur le web. »

Féminisme et grosses cylindrées

Quand on lui demande ses références en art contemporain, Morgane Ely s’amuse à déstabiliser son interlocuteur en citant son panthéon de références pop
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Quand on lui demande ses références en art contemporain, Morgane Ely s’amuse à déstabiliser son interlocuteur en citant son panthéon de références pop, 2024

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

La boule au ventre, elle embarque en 2019 pour un échange de six mois au Japon, son premier voyage seule. Celle qui s’est d’abord formée à la sérigraphie aux Beaux-Arts découvre, à l’Université d’art de Musashino à Tokyo, l’estampe et la gravure sur bois, medium qu’elle adopte définitivement. La jeune femme se confronte aussi aux tabous de la société japonaise. Un beau jour, à la bibliothèque, alors qu’elle feuillette un livre consacré aux shunga – les estampes érotiques, genre prisé de l’ukiyo-e –, elle remarque que pour cacher les sexes, des gommettes avaient été collées sur les pages… Cela ne l’empêche pas de renverser les codes de l’estampe, habituellement réservée aux sujets « nobles » : « En tant que femme occidentale, je pouvais me permettre de donner un coup de pied dans la fourmilière et j’y ai d’ailleurs été encouragée. »

« J’aime les personnages de bad bitch, de jolie garce ou de nunuche. »

« Au Japon, j’ai assisté à des courses de voitures organisées dans le quartier de Shibuya. Quand j’ai voulu parler aux participants – que des hommes – on m’a dit ‘tu es folle, ce sont des yakuzas, c’est ultra dangereux !’ J’ai alors pensé que ce serait drôle si les femmes aussi faisaient ça, et on m’a parlé de Fast and Furious » Morgane Ely se passionne alors pour le personnage de Suki, looseuse magnifique hypersexualisée qu’elle érige en véritable icône du féminisme. Et de résumer : « J’aime les personnages de bad bitch, de jolie garce ou de nunuche. » Comprendre : celles que l’on juge à l’emporte-pièce trop « ceci », trop « cela » ou encore « pas assez », alors qu’elles en ont sous le capot.

Plus d’un mois pour réaliser une œuvre

Morgane Ely peut passer plus d’un mois sur certaines œuvres
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Morgane Ely peut passer plus d’un mois sur certaines œuvres, 2024

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

Long et fastidieux – elle peut passer plus d’un mois sur certaines œuvres – le processus de gravure sur bois (le plus souvent sur du peuplier ou du bois de récupération) lui permet « de mettre en valeur les images qui ne sont pas noble au départ, mais qui deviennent importantes grâce au temps que je leur consacre. » Parfois, la jeune femme réhausse ses matrices de bombe rose fluo qui élève encore un peu plus ses modèles au rang d’icônes 2.0.

La tête sur les épaules, Morgane Ely ne se prend pas pour autant au sérieux et revendique volontiers « un côté potache » dans son travail. Quand on lui demande ses références en art contemporain, elle s’amuse à déstabiliser son interlocuteur en citant son panthéon de références pop.

Elle met en valeur les images qui ne sont pas noble départ, mais qui deviennent importantes grâce au temps qu’elle leur consacre
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Elle met en valeur les images qui ne sont pas noble départ, mais qui deviennent importantes grâce au temps qu’elle leur consacre

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© Maurine Tric pour BeauxArts.com

« Dans des vernissages on m’a déjà dit : ‘ah bon, c’est vous l’artiste ?’ On ne me croit pas ! Et pour couronner le tout, je regarde de la téléréalité, quelle horreur ! », ironise-t-elle dans un grand sourire avant de poursuivre : « Ça me plaît d’être cette ‘horreur’, j’aime bien me voir comme un parasite. » Pour faire face aux critiques condescendantes, Morgane Ely peut compter sur le soutien de ses amies rencontrées aux Beaux-Arts. Bien sûr, son travail évoque aussi en creux cette sororité qui lui est chère : « Avec mes copines, on s’est vite rendues compte que dans l’art contemporain il fallait se serrer les coudes entre femmes. On est beaucoup plus fortes en s’entraidant. » Fast and furious, Morgane Ely trace sa route. À l’arrivée, c’est elle qui gagne.

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En savoir plus sur le travail de Morgane Ely

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Art Paris 2024

Du 4 au 7 avril • Grand Palais Éphémère

Le travail de Morgane Ely sera présenté dans le secteur “Promesses” avec la galerie Hors-Cadre.

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