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À la Biennale de Venise, le pavillon israélien restera fermé

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Un soldat italien se tenant devant le pavillon israélien durant la pré-ouverture de la Biennale de Venise, le 16 avril 2024
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Un soldat italien se tenant devant le pavillon israélien durant la pré-ouverture de la Biennale de Venise, le 16 avril 2024

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© AFP / Photo Gabriel Bouys

Fin du suspense concernant le sort du pavillon israélien de la Biennale de Venise. Mardi 16 avril, veille de la pré-ouverture et à quelques jours de l’ouverture officielle de la manifestation, l’artiste israélienne Ruth Patir a annoncé dans un communiqué avoir elle-même décidé que son exposition « Motherland » (« Terre mère »), installée dans le pavillon d’Israël, n’ouvrirait finalement pas ses portes au public. « L’artiste et les curatrices du pavillon israélien ouvriront l’exposition lorsqu’un accord de cessez-le-feu et de libération des otages aura été trouvé », peut-on lire en anglais sur une affiche placardée à l’entrée du bâtiment.

« Je déteste avoir eu à le faire, mais je pense que c’est important », a déclaré au New York Times l’artiste Ruth Patir, qui réaffirme, dans une déclaration sur son site internet, avoir pris cette décision « en solidarité avec les familles des otages et la grande communauté en Israël qui appelle au changement ».

Une pétition contre le pavillon israélien qui a recueilli 24 000 signatures

En février, le groupe Art Not Genocide Alliance (ANGA) avait lancé une pétition demandant aux organisateurs de la Biennale l’exclusion d’Israël de cette 60e édition en raison des « atrocités en cours contre les Palestiniens à Gaza ». « Toute représentation officielle d’Israël sur la scène culturelle internationale est une approbation de sa politique », pouvait-on lire. Intitulé « Pas de pavillon du génocide à la Biennale de Venise », ce texte a été signé par près de 24 000 acteurs du monde de la culture, dont la photographe américaine Nan Goldin, le directeur du Palestine Museum US, Faisal Saleh, ou encore l’artiste britannique Jesse Darling, lauréat du Turner Prize 2023.

Manifestants pro-palestiniens lors du vernissage presse de la Biennale de Venise
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Manifestants pro-palestiniens lors du vernissage presse de la Biennale de Venise, 17 avril 2024

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© Awakening / Shutterstock / SIPA

Sans mentionner le déclencheur des violences en question, soit le massacre de civils israéliens perpétré le 7 octobre 2023 par les terroristes du Hamas (une omission qui lui a été reprochée par un certain nombre de commentateurs, tandis que le terme « génocide » a également été très critiqué), la pétition affirmait qu’il était inacceptable qu’Israël présente une exposition sur le thème de la maternité, alors « qu’Israël a tué plus de 12 000 enfants ».

« La Biennale d’art de Venise sera toujours un espace de liberté, de rencontre et de dialogue et non un espace de censure et d’intolérance. »

Gennaro Sangiuliano, ministre de la Culture italien

Mira Lapidot, co-commissaire du pavillon au côté de Tamar Margalit, avait alors défendu sa liberté d’exposer en rappelant n’être responsable ni des actions ni de la communication du gouvernement israélien : « Je ne suis pas la porte-parole du gouvernement […] Nous avons notre liberté artistique ici ». De leur côté, les organisateurs de la Biennale et le ministre de la Culture italien Gennaro Sangiuliano avaient réagi à la pétition en refusant de fermer le pavillon israélien. Israël a « non seulement le droit d’exprimer son art, mais le devoir de témoigner de son peuple, précisément à un moment comme celui-ci où il a été frappé sans pitié par des terroristes impitoyables », a précisé Sangiuliano, qui a ajouté que « la Biennale d’art de Venise sera toujours un espace de liberté, de rencontre et de dialogue et non un espace de censure et d’intolérance ».

Un revirement qui interroge

Pancarte sur la porte du Pavillon Israélien à la Biennale de Venise
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Pancarte sur la porte du Pavillon Israélien à la Biennale de Venise, 17 avril 2024

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© Mirco Toniolo /AGF / SIPA / Awakening / Shutterstock

On peut donc s’interroger sur cette soudaine décision de ne pas ouvrir l’exposition : l’artiste et les commissaires auraient-elles finalement cédé à la pression internationale ? Auquel cas, présenter cette fermeture comme leur initiative en soutien aux otages serait une façon pour elles de renverser la situation, en renvoyant une image de maîtrise et non de capitulation.

En 2022, lors de la dernière édition de la Biennale, les artistes choisis pour représenter la Russie avaient eux aussi renoncé à montrer leurs œuvres pour une raison politique : leur désaccord avec l’invasion de l’Ukraine par Poutine.

Le monde de l’art déchiré par la guerre à Gaza

Depuis plusieurs mois, artistes israéliens et palestiniens subissent les conséquences du conflit entre Israël et Gaza, qui déchire le monde de l’art. À Tunis, l’artiste tunisien Rafram Chaddad a ainsi reçu des menaces de mort antisémites suite à la prolongation de son exposition où il explore ses racines judéo-arabes. En novembre 2023, une biennale d’art à Istanbul retirait des œuvres d’artistes israéliens par crainte de « violences ».

À l’inverse, le même mois en Allemagne, l’artiste juive sud-africaine Candice Breitz avait vu sa future exposition annulée par la directrice du Saarlandmuseum (Andrea Jahn, qui a depuis démissionné) pour avoir déclaré que le Hamas n’était « pas la Palestine » et qu’on pouvait « soutenir la lutte des Palestiniens […] tout en condamnant l’horrible carnage du 7 octobre ». En décembre, l’exposition de l’artiste palestinienne de 87 ans Samia Halaby avait, elle aussi, été annulée au dernier moment par l’Université de l’Indiana « pour des raisons de sécurité », suite à ses posts sur les réseaux sociaux relayant son indignation face à la violence des représailles israéliennes à Gaza.

Ces annulations en cascade n’ont pas manqué de faire réagir. De nombreux commentateurs dénoncent des actes de « censure » et d’ « autocensure » qui ne devraient pas avoir leur place dans l’art, espace privilégié de liberté, de réflexion et de dialogue capable de transcender les frontières.

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