Article réservé aux abonnés
Contemporain d’Albrecht Dürer et de Lucas Cranach, Albrecht Altdorfer (vers 1480–1538) est un peintre et graveur de la Renaissance germanique connu pour son extrême précision. Entre héritage nordique et influences italiennes, cet humaniste catholique a contribué à renouveler la représentation paysagère et architecturale dans l’École du Danube en lui donnant une place exceptionnelle. En bien des points, l’artiste s’est montré précurseur : il fit, notamment, usage d’une grande variété de techniques. De nombreuses zones d’ombres entourent encore l’histoire de sa vie. Son chef-d’œuvre demeure La Bataille d’Alexandre, un tableau peint pour le Duc Guillaume IV de Bavière.
Portrait d’Albrecht Altdorfer
© SZ Photo / Sammlung Megele / Bridgeman Images
« C’est bien Altdorfer ! Tout y est : une petite feuille par terre, une brique fendue […]. C’est beau. » Pablo Picasso
Probablement né à Ratisbonne, Albrecht Altdorfer a passé sa vie dans cette ville d’Allemagne (traversée par le Danube), dans laquelle il a occupé une position de notable, et même d’architecte de la cité. La formation de l’artiste demeure méconnue. En raison de la précision de son trait, on suppose qu’Altdorfer s’est peut-être initié à l’art de la miniature avant de travailler dans les églises de la région. Sa carrière de peintre semble débuter vers 1506.
Bien que résidant à Ratisbonne, où il entretient une célébrité locale, Altdorfer a travaillé pour Maximilien Ier, au même titre que Lucas Cranach. Altdorfer réalisa pour l’Empereur du Saint-Empire un célèbre livre de prières.
Altdorfer est considéré comme un peintre ayant contribué à valoriser la place du paysage dans la peinture, en exprimant son caractère sublime d’une manière totalement nouvelle. Dans ses œuvres, en effet, l’homme n’occupe qu’une moindre place, comme s’il n’était qu’un accident de l’histoire. Le sentiment qui s’en dégage est plutôt anxiogène. Les arbres atteignent parfois des proportions sensationnelles et les détails sont rendus avec force. L’artiste se révèle un coloriste de grand talent, maniant aussi bien l’huile que l’aquarelle, ce qui fait de lui un véritable précurseur dans l’usage d’une grande variété de techniques.
Dans le domaine du dessin, l’artiste allemand a innové en utilisant des feuilles de couleur, brunes ou bleues. Altdorfer y dessinait soigneusement à l’encre noire, en rehaussant ses dessins de gouache blanche. Ainsi, l’artiste parvenait à rendre l’atmosphère de ces paysages d’une manière saisissante.
L’artiste a pleinement su faire usage de la technique de la gravure, premier média qui permit la diffusion massive d’images dans l’Europe de la Renaissance. Il essaye ainsi d’égaler son contemporain Dürer, lui aussi conscient de cet enjeu commercial. Comme ce dernier, Altdorfer met au point sa « marque » de fabrique, soit un monogramme distinctif qui lui permet de signer ses gravures. Il est apprécié pour la grande minutie de son trait, qui donne un caractère de préciosité à ses gravures.
Albrecht Altdorfer, Nativité de la Vierge, 1520–1525
Huile sur toile • 140,4 × 130,6 cm • Alte Pinakothek, Munich • ©De Agostini Picture Library / Bridgeman Images
Nativité de la Vierge, vers 1520
Les thèmes religieux sont au cœur de l’iconographie des peintres de la Renaissance. À cette époque, en Allemagne, le catholicisme n’est pas encore combattu par la Réforme protestante. Altdorfer traite le thème de la naissance de la Vierge dans le cadre d’une église mêlant esthétique romane et gothique. La perspective oblique, complexe, attire l’attention du spectateur sur la scène de l’émerveillement suscité par l’enfant, que renforce la ronde spectaculaire des anges.
Albrecht Altdorfer, Paysage à l’épicéa, 1522
Plume et encre brune, aquarelle et guache • 20,1 × 13,6 cm • Staatliche Museen zu Berlin, Kupferstichkabinett, Berlin • ©Berlin, BPK, dist. RNM-Grand Palais/ Jörg P. Anders
Paysage à l’épicéa, vers 1522
Ce dessin illustre bien la place qu’Altdorfer accorde à la nature dans son œuvre, en particulier sa domination sur le genre humain. L’artiste allemand fut l’un des premiers artistes européens à donner une telle importance au paysage traité pour lui-même (comme un personnage), peignant des forêts, des effets crépusculaires ou des ruines. Il préfigure ainsi de loin l’esprit du romantisme allemand du XIXe siècle.
Albrecht Altdorfer, La Bataille d’Alexandre, 1529
Huile sur toile • 158,4 × 120,3 cm • Alte Pinakothek, Munich • ©Bridgeman Images
La Bataille d’Alexandre, 1529
En réponse à une commande du Duc de Bavière, cette œuvre majeure du peintre allemand représente la bataille qui conduira Alexandre le Grand à triompher du roi de Perse, en 333 avant J.-C. L’image, qui traite d’un vaste cataclysme humain, se caractérise par son ample paysage panoramique mêlant l’histoire au surnaturel. Les soldats, en masse, forment une véritable marée humaine qui fait davantage penser à une armée du XVIIe siècle qu’antique. À peine perçoit-on Alexandre, monté sur Bucéphale, affrontant Darius. L’œuvre est un prodige de détails et de minutie, telle une immense miniature.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique