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Albrecht Aldorfer, L’Adoration des mages, 1530-1535
Huile sur bois • 108,0 x 77,2 cm • Städel Museum, Francfort • © Städel Museum - U. Edelmann
Albrecht Altdorfer, “L’Adoration des mages” [détail] et Martin Schongauer, “L’Adoration des mages” [détail], 1530-1535 et 1470-1475
Un héritier de Dürer, Cranach…
Lorsque Altdorfer fait ses premières armes en gravure et en peinture, vers 1507–1508, il se nourrit avidement des œuvres de ses prédécesseurs et de ses contemporains allemands (Schongauer, Dürer, Cranach…). Leurs compositions sont alors largement diffusées à travers des gravures dont Altdorfer possédait un grand nombre. C’est donc à eux qu’il emprunte, tout en les tournant à sa manière, la figure de la Vierge à l’Enfant assise de profil devant laquelle s’agenouille le plus vieux des mages, et le roi africain.
Huile sur bois et gravure • 108,9 x 77,2cm et 25,6 x 16,7 cm • Städel Museum, Francfort / Metropolitan Museum New York • © Städel Museum - U. Edelmann / © Metropolitan museum
Albrecht Altdorfer, L’Adoration des mages [détail], 1530-1535
À la croisée des chemins
Ses différentes sources d’inspiration, Altdorfer les mêle et se les réapproprie. S’il n’a peut-être jamais quitté la ville de Ratisbonne, sa collection d’estampes lui permet de porter son regard au-delà des Alpes. Influencé par l’art italien, il complète ici son bâtiment d’inspiration gothique par des éléments antiquisants comme le chapiteau corinthien – mis en valeur juste au-dessus de la Vierge à l’Enfant – ou le fronton que l’on aperçoit dans l’ombre, à l’arrière-plan. Grand connaisseur de l’art de Mantegna, il lui emprunte la forme de ses auréoles « en galette ».
Huile sur bois • 108,9 x 77,2 cm • Städel Museum, Francfort • ©Städel Museum
Albrecht Altdorfer, L’Adoration des mages, 1530-1535
Un architecte en 2D
Alors que son titre d’architecte de la ville, à partir de 1529, désigne plutôt une fonction administrative qu’une véritable activité de bâtisseur, le panneau démontre la maîtrise d’Altdorfer dans ce domaine. Innovant parfois avec l’usage de la perspective bifocale (Suzanne au bain, 1526), l’artiste construit ici sa composition selon un unique point de fuite. Placé en bas du tableau, celui-ci capture l’attention du spectateur et le plonge directement au cœur de l’événement. La construction de l’espace inspire tant Altdorfer qu’il sera parmi les premiers à produire des vues d’architectures comme de véritables œuvres à part entière.
Huile sur bois • 108,9 x 77, 2 cm • Städel Museum, Francfort • ©Städel Museum
Albrecht Altdorfer, L’Adoration des mages [détail], 1530-1535
L’avènement du paysage
Parallèlement, le peintre est également l’artisan d’une représentation autonome du paysage, en particulier dans ses œuvres graphiques. Plus retenue ici, la nature sauvage s’exprime néanmoins dans les guirlandes de lierre et le lichen vaporeux qui s’emparent de l’édifice. On y retrouve également les échos du grand épicéa qui scande souvent ses compositions et dont la cime émerge ici à droite. Enfin le ciel pétrole, chargé d’orage, nous rappelle son goût pour les nocturnes.
Huile sur Bois • 108,9 x 77,2 cm • Städel Museum, Francfort • ©Städel Museum - U. Edelmann
Albrecht Altdorfer, À gauche : “L’Adoration des mages” [détail]. À droite : “Gobelet aux fleurs de muguet”, 1530-1535 et 1520-1525
D’or et d’argent
Comme pour ses dessins en clair-obscur dont il s’est fait une spécialité, Altdorfer emploie ici de délicats rehauts blancs pour rendre, avec un souci de miniaturiste, les reflets du feuillage et l’éclat métallique des brocarts et de l’orfèvrerie. Cette dernière passionne l’artiste qui possédait de nombreuses coupes, gobelets, aiguières, qui devaient lui servir de modèle. Et dont il s’inspira probablement pour exécuter son impressionnante série de 23 eaux-fortes illustrant des objets d’art (vers 1520–1525).
Huile sur toile et eau-forte • 21,3 x 11,8 cm • Coll. Städel Museum, Francfort et coll. musée du Louvre, Paris • © Paris, Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Philippe Fuzeau
Albrecht Altdorfer, Adoraration des mages [détail], 1530-1535
L’ami des puissants
De par ses dimensions, le déploiement de richesses et la science avec laquelle Altdorfer a conçu son tableau, celui-ci devait s’adresser à un commanditaire prestigieux, dont l’histoire n’a pas retenu le nom. Artiste reconnu, il bénéficiait de soutiens importants, comme celui de l’empereur Maximilien ou celui de Guillaume IV de Bavière pour qui il réalisa des chefs-d’œuvre (Triomphes, La Bataille d’Alexandre). Rapidement tombé dans l’oubli, puis redécouvert au XXe siècle, c’est avec maestria que le Louvre rend hommage à un grand artiste encore trop méconnu.
Huile sur bois • 108,9 x 77,2cm • Städel Museum, Francfort • ©Städel Museum - U. Edelmann
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