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Anne-Louis Girodet en 2 minutes

En bref

Brillant élève de Jacques-Louis David, chef de file du néoclassicisme, Anne-Louis Girodet (1767–1824) personnifie la naissance de la sensibilité romantique. Contemporain de la Révolution, ce peintre primé de Rome sut s’affranchir de l’influence de son maître. Cultivant un érotisme ambigu, choisissant des thèmes clivants pour son époque, traitant l’épopée napoléonienne d’une manière non conformiste, Girodet est l’un des talents les plus personnels de son temps. À sa mort, le peintre est considéré comme l’un des grands noms de l’école française.

Anne-Louis Girodet, Autoportrait
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Anne-Louis Girodet, Autoportrait, début XIXe siècle

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Huile sur toile • 59 × 46 cm • Coll. Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, Russie • © Wikimedia Commons

Il a dit

« Je tâche de m’éloigner de son genre [de David] autant qu’il est possible. »

Sa vie

David, un mentor ambigu

Né à Montargis dans une famille aisée, Anne-Louis Girodet est un enfant doué pour la musique comme pour le dessin. En 1785, un an après le décès de son père, il est inscrit dans l’atelier de Jacques-Louis David, qui devient à cette époque l’artiste le plus en vue de son temps. La relation entre les deux hommes est assez complexe. David lui confie des travaux d’importance mais reste méfiant vis-à-vis de son élève. Le grand peintre néoclassique est soucieux de rester toujours le maître ! Durant ces années, Girodet peut compter sur l’aide d’un ami de la famille, le docteur Trioson, qui l’adopte en 1809 et fait de lui son héritier.

Grand prix de Rome en pleine Révolution

Après trois essais, Girodet remporte le prix de Rome. L’artiste s’installe pour quelque temps à la Villa Médicis, étudie les maîtres et montre déjà un talent très personnel en peignant le Sommeil d’Endymion [ill. plus bas], tableau présenté au Salon de 1793 avec un immense succès. Mais le séjour romain de Girodet est écourté en raison des guerres révolutionnaires et d’un climat défavorable aux ressortissants français en Italie.

Des œuvres impertinentes

Rentré à Paris en 1795, Girodet peint deux ans plus tard une toile d’importance : le Portrait de Jean-Baptiste Belley [ill. plus bas], député des Antilles qui symbolise le combat contre l’esclavage. Ces années sont prolifiques ! L’artiste n’hésite pas à faire parler de lui en exposant des toiles audacieuses ou impertinentes (Mademoiselle Lange en Danaé en 1799 ; Le portrait de Chateaubriand en 1802, Atala au tombeau en 1808). En 1810, Girodet obtient la consécration en exposant une Scène du Déluge, une toile préromantique.

Précurseur du romantisme

Si Girodet a été formé dans le respect des principes néoclassiques, il laisse très rapidement s’exprimer sa propre sensibilité. Le peintre aime jouer du clair-obscur, revisite la représentation idéalisée des corps inspiré de l’Antique (l’artiste est un fervent lecteur de Winckelmann, chantre de l’idéal antique) et choisit des sujets en lien avec la littérature de son temps. Pleins de sentiments, voire de tragique, Girodet préfigure nettement la naissance du romantisme. Lorsqu’il peint des scènes d’Histoire, en lien avec l’épopée napoléonienne, Girodet n’emploie pas le ton emphatique et patriotique de ses homologues. Dans La Révolte du Caire (1810), par exemple, il donne le premier rôle aux Égyptiens dont il exalte la beauté, davantage qu’aux soldats de l’Empire. L’artiste est, par ailleurs, un brillant portraitiste.

Une activité d’écrivain

Peintre, Girodet fut aussi poète et se consacra à l’écriture à partir de 1812. Il continue toutefois à honorer des commandes, notamment pour la décoration du château de Compiègne. Sous la Restauration, le peintre reste en faveur et se voit confier un poste de professeur à l’École des beaux-arts. Bien que toujours actif, il décède en 1824, à l’âge de 57 ans.

Ses œuvres clés

Anne-Louis Girodet, Le Sommeil d’Endymion
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Anne-Louis Girodet, Le Sommeil d’Endymion, 1791

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Huile sur toile • 198 × 261 cm • Coll. Musée du Louvre, département des Antiquités Orientales du Louvre, Paris • © Wikimedia Commons

Le Sommeil d’Endymion, 1791 

Condamné à un éternel sommeil par Zeus, le berger Endymion est représenté dans une pose pleine d’abandon. La déesse Séléné, associée à la Lune, s’éprend du jeune homme et lui rend visite chaque nuit. Par les effets de ses rayons, elle caresse le corps de l’éphèbe, favorisée par le malicieux Éros déguisé en Zéphyr. Ce nu masculin lascif et érotique, idéalisé et androgyne, fut une révélation au Salon de 1793. S’écartant des principes davidiens, Girodet révèle toute l’attention qu’il porte aux théories de Joachim Winckelmann. Selon ce dernier, la beauté idéale n’existant pas, elle est excessivement rare à l’état naturel, voire imaginaire, à l’image des hermaphrodites.

Anne-Louis Girodet, Portrait de Jean-Baptiste Belley
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Anne-Louis Girodet, Portrait de Jean-Baptiste Belley, 1797

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Huile sur toile • 159 × 111 cm • © Photo Josse / Bridgeman Images

Portrait de Jean-Baptiste Belley, 1797

Né au Sénégal, Jean-Baptiste Belley a connu l’esclavage. Affranchi, il incarne à Saint-Domingue l’abolition de l’esclavage décrétée en 1793. Devenu député, il est le premier homme noir à siéger à l’Assemblée. À l’occasion de sa venue à Paris, Girodet peint son portrait en costume d’élu, posant fièrement à coté du buste de Raynal, auteur tout juste décédé qui s’opposait à la colonisation. L’effigie peinte par Girodet a valeur de véritable symbole, et témoigne sans doute des opinions politiques de l’artiste.

Anne-Louis Girodet, Mademoiselle Lange en Danaé
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Anne-Louis Girodet, Mademoiselle Lange en Danaé, 1799

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Huile sur toile • 60,3 cm × 48,5 cm • Coll. Minneapolis Institute of Art • © Wikimedia Commons

Mademoiselle Lange en Danaé, 1799

En 1799, un scandale né du pinceau de Girodet éclate au Salon. Le peintre expose le portrait de l’actrice Mademoiselle Lange sous les traits d’une Danaé perverse et imbue d’elle-même. La fable est un prétexte pour railler la personnalité de cette courtisane avec laquelle il avait eu un tout récent contentieux (elle avait refusé un portrait réalisé par le peintre, et s’était montrée indifférente à ses avances). Danaé est assise, récupérant une pluie d’or qui illustre son avidité. Son mari, Michel-Jean Simons, est représenté sous la forme d’un dindon. Tandis qu’elle admire son image dans un miroir brisé qui signale sa grande vanité, des papillons se brûlent les ailes sur un autel. Deux colombes maltraitées, attachées à une balance renversée, soulignent son infidélité et son inconstance.

Par • le 28 juillet 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Néoclassicisme Anne-Louis Girodet

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