Peintre préromantique, Pierre Paul Prud’hon est considéré comme le « Corrège français » par ses exégètes du XIXe siècle (Quatremère de Quincy, Théophile Gautier, Charles Blanc). L’auteur de La Justice et de Psyché n’a, à son époque, qu’un rival, Jacques-Louis David. Audacieux sur le plan artistique, d’un tempérament solitaire, Prud’hon méprise la doxa académique et classique. Il incarne au cœur de la période néoclassique une sensibilité nouvelle, jouant des clairs-obscurs et aspirant à la nature autant qu’à l’idéal. Ce maître de l’allégorie, qui fut aimé sous l’Empire, est un artiste relativement rare car ses grandes peintures sont peu nombreuses. Portrait de Pierre Paul Prud’hon © Look and Learn / Elgar Collection / Bridgeman Images
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« Prud’hon et Géricault ne se ressemblent que par la grandeur de leur talent et par leur sincérité. Ils sont aux deux pôles, aux deux extrémités du clavier des sentiments humains. » Charles Clément
Enfance et formation
Pierre Paul Prud’hon est né à Cluny, en Saône-et-Loire, le 4 avril 1758 (bien que la date de 1860 soit parfois avancée). Il est le dixième et dernier enfant d’un tailleur de pierres. La condition de la famille est modeste. Instruit par des moines, le jeune garçon est un rêveur. Il dessine assez fidèlement la nature. Montrant des dispositions, Prud’hon est envoyé à l’Académie des beaux-arts de Dijon à l’âge de quinze ans. Son professeur, François Devosge, l’encourage sans étouffer son talent singulier.
Début de carrière entre Paris et l’Italie
Marié très jeune à la fille d’un notaire (mais l’union était mal assortie), l’artiste Pierre Prudon ajoute le prénom de Paul à sa signature et transforme son patronyme en Prud’hon. Le couple aura cinq enfants. Le peintre, qui doit faire vivre sa famille, a la chance de trouver un premier mécène en monsieur de Joursanvault. Il intègre également le milieu de la franc-maçonnerie. Cherchant à faire carrière, Prud’hon gagne Paris, grâce à l’aide de son protecteur, où il demeure trois années. Lauréat d’un prix à Dijon, il se rend à Rome en 1783. En Italie, il étudie les grands peintres (Vinci, Raphaël et surtout Corrège).
Retour en France : une vie difficile
En 1788, Prud’hon revient en France. Il est à cette époque dans une grande misère et survit en réalisant des miniatures. Proche des révolutionnaires, Prud’hon fréquente tous les clubs, des Jacobins aux Cordeliers. Après 1791, il peint des allégories politiques et patriotiques et travaille pour des négociants. Rejoint par sa femme et sa famille, il vit toujours dans des conditions précaires et doit se retirer en Franche-Comté (peut-être en raison de son amitié avec Robespierre).
Une période heureuse et une fin tragique
En 1796, la chance sourit enfin à Prud’hon. Élu membre associé de l’Institut, à Paris, il bénéficie d’un atelier, se voit commander des décors et trouve des élèves. Ayant rompu avec son épouse, il s’engage dans une relation avec une artiste élève de Jean-Baptiste Greuze, Constance Mayer. Prud’hon devient, au début de l’Empire, un peintre recherché. Il peint, en 1808, son tableau le plus célèbre : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime. Le Salon et la critique le célèbrent. Ce bonheur est toutefois de courte durée. Sous la Restauration, il subit la douleur de voir sa compagne, dépressive, se suicider en 1821. Deux ans plus tard, Pierre Paul Prud’hon la rejoint à l’âge de 64 ans et est inhumé à ses côtés au cimetière du Père-Lachaise.
Pierre Paul Prud’hon, L’Impératrice Joséphine, 1805
Huile sur toile • 244 × 179 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
L’impératrice Joséphine, 1805
Commandé par Napoléon au peintre, ce grand portrait dévoile une facette méconnue de l’impératrice, rêveuse dans son jardin du château de Malmaison. Joséphine est tout en délicatesse, vêtue d’une robe blanche à l’antique, la tête ceinte d’un diadème, posant sur un châle de cachemire pourpre. Peint quelques mois après le sacre, ce portrait la représente de manière intime, non protocolaire, dans une lumière subtile qui accentue l’effet naturel et mélancolique.
Pierre Paul Prud’hon, L’Enlèvement de Psyché, 1808
Huile sur toile • 195 × 157 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
L’Enlèvement de Psyché, 1808
Présenté au Salon de 1808 (qui constitue un apogée pour Prud’hon), ce tableau séduit les contemporains. Il met en scène Psyché endormie pendant son enlèvement, l’artiste prenant quelques libertés avec le texte d’Apulée. La beauté du corps féminin, représenté de manière idéale, est le véritable sujet de cette œuvre gracieuse. Le personnage de Psyché connaît par ailleurs une véritable fortune iconographique au cours des XVIIIe et XIXe siècles, Prud’hon lui ayant consacré des études dès ses années d’apprentissage à Dijon.
Pierre Paul Prud’hon, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, 1808
Huile sur toile • 244 × 294 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images
La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, 1808
Œuvre majeure de Prud’hon, commandée pour une salle d’audience du palais de justice de Paris, ce tableau témoigne de la puissance imaginative du peintre dans le genre de l’allégorie. L’homme, qui vient de commettre un forfait et laisse à terre un cadavre, est responsable de ses crimes. Deux allégories ailées – la Justice et la Vengeance – poursuivent l’assassin. La première tient une balance repliée et un glaive, tandis que la seconde s’apprête à saisir le coupable. Le crime immoral ne restera pas impuni.
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