Maria Cosway, Autoportrait, 1778
Huile sur toile • Coll. galerie des Offices, Florence • © Gallerie degli Uffizi
La fée de l’art s’était penchée sur son berceau à sa naissance, à Florence, en 1760. Mais au succès, aux hommages de la high society anglaise, aux félicitations de la Royal Academy, la singulière Maria Cosway a préféré renoncer… Pour trouver, dans une seconde partie de sa vie, une autre gloire en s’investissant dans l’éducation des femmes, jusqu’à sa mort en 1838.
Telle est l’histoire méconnue de cette peintre virtuose du XVIIIe siècle que nous brosse la toute première réunion importante d’œuvres de sa main, à la Maison natale de Pasquale Paoli, à Morosaglia, en Corse. Aussi surprenante que pertinente, l’exposition pensée par l’historienne de l’art Amandine Rabier rend également un bel hommage aux liens profonds d’amitié nourris par 20 ans de correspondance entre le général Paoli, illustre combattant de l’histoire corse, et Maria Cosway, l’Anglaise qu’il surnommait sa « dixième muse ».
Un portrait d’elle, à 18 ans, ses cheveux blonds enturbannés, le regard franc, en atteste. Dès toute petite, Maria (née Hadfield) a la peinture dans le sang. Encouragé par sa famille d’aubergistes anglais protestants, l’élève commence par copier les maîtres anciens (Raphaël, Rubens et Le Corrège), à Florence, à Rome, avant d’étudier à Naples la sculpture antique et les trésors récemment exhumés sur les sites d’Herculanum et de Pompéi. C’est aussi en Italie, qu’elle fera la rencontre d’un cercle d’artistes anglais, en particulier Henry Fuseli (ou Johann Heinrich Füssli), un modèle d’inspiration qui hantera ses huiles et dessins. « Tous voient en elle la nouvelle Angelica Kauffmann, célèbre peintre d’histoire, menant sa brillante carrière entre Londres et Rome », souligne la commissaire de l’exposition Amandine Rabier.
Maria Cosway, La déposition, entre 1799 et 1800
Huile sur toile • Coll. Fondation Maria Cosway, Lodi • © Fondazione Maria Cosway
En 1778, à 18 ans toujours, elle devient la plus jeune des membres de la prestigieuse Académie du dessin de Florence. Mais à la suite du décès de son père, sa mère décide de partir pour l’Angleterre avec ses enfants en 1779.
Richard Cosway, Portrait de Pasquale Paoli, vers 1798
Huile sur bois • Coll. galerie des Offices, Florence • © Gallerie degli Uffizi
À Londres, sa vie bascule. En 1781, alors qu’elle poursuit sa formation artistique et expose pour la première fois à la Royal Academy de Londres, on lui arrange un mariage avec le peintre miniaturiste Richard Cosway, fortuné et de 18 ans son aîné. À Schomberg House, leur hôtel particulier sur Pall Mall, l’une des avenues les plus animées de Londres, le couple sculpte sa renommée. Chaque semaine, leurs salons musicaux où Maria, alias la « déesse de Pall Mall », joue de la harpe, réjouissent le gratin londonien, des aristocrates, artistes, gens de lettres, musiciens, savants et hommes politiques, dont Pasquale Paoli, l’exilé corse, rencontré en 1782.
Sa carrière artistique décolle et elle devient une portraitiste prisée. En 1782, lors de la deuxième exposition de ses toiles à la Royal Academy, elle bluffe le public avec son surnaturel Portrait de la duchesse du Devonshire en Cynthia, inspiré du récit de La Reine des fées d’Edmund Spenser. On loue dans les journaux l’ « imagination poétique » de la « première des femmes peintres ». Artiste polyvalente, Maria Cosway aborde aussi la peinture d’histoire, malgré les préjugés de l’époque à l’égard des femmes artistes, qu’on juge incapables de s’illustrer dans le « grand genre ». Traitant de sujets variés, incluant des thèmes bibliques, mythologiques et littéraires, elle excelle dans l’art de la gravure et bénéficie de commandes importantes. Malgré son talent, elle n’échappera pas aux critiques sexistes et demeure éclipsée par son mari.
Influencée par le néoclassicisme, elle est marquée par sa rencontre en 1786 à Paris avec Jacques-Louis David, lequel offre son soutien à celle que l’on n’hésite pas à étriller pour son imagination débordante : « On ne peut pas faire une poésie plus ingénieuse et plus naturelle. Courage Madame Cosway, à la gloire, à la gloire, sans génie, on n’est rien et avec du génie, on est ce que vous êtes. » On voit ainsi planer dans l’exposition l’ombre de La Mort de Socrate, présenté par le peintre au Salon officiel en 1787, dans La Mort de Miss Gardiner par Cosway à la Royal Academy en 1789.
Maria Cosway, La Mort de Miss Gardiner, 1789
Huile sur toile • Coll. musée de la Révolution française, Vizille • © Musée de la Révolution française – Domaine de Vizille
Dans la capitale française, Maria Cosway s’est aussi liée d’amitié avec Thomas Jefferson, pas encore devenu président des États-Unis d’Amérique. Il y a aussi le cardinal Fesch, Letizia Bonaparte, la mère du futur empereur Napoléon Ier… Mais sa plus belle rencontre demeure celle avec Louisa Paolina Angelica, sa fille unique à laquelle elle donne naissance en 1790.
La mort de la petite, d’une santé fragile, en 1796, noircit son destin. L’artiste trouve un réconfort dans la prière et dans les gravures. Intéressée par la pédagogie, Cosway finira par tirer un trait sur sa carrière. Après une tentative de monter une école à Lyon, elle s’établit finalement à Lodi, en Lombardie. Grâce au soutien et à la fortune du duc, elle fonde le collège de la Bienheureuse-Vierge-des-Grâces qui ouvre ses portes à une quarantaine d’élèves en 1812. 22 ans plus tard, elle est récompensée pour son action pédagogique par Ferdinand Ier, et c’est auréolée du titre de baronne de l’Empire autrichien qu’elle s’éteint dans un couvent, à l’âge de 77 ans.
Maria Cosway 1760-1838. A strada eccezziunale di un’artista
Du 18 mai 2024 au 30 octobre 2024
Musée maison natale Pasquale Paoli • 20218 Morosaglia
À lire
Catalogue de l’exposition
Ouvrage collectif sous la direction d’Amandine Rabier, commissaire de l’exposition
Disponible en français et en anglais.
Coédition Direction du patrimoine / éditions Snoeck, 2024, 191 pages, 30 €
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