L’art et le sport font bon ménage. La preuve : tous les musées et centres d’art contemporain (ou presque) y consacrent actuellement une ou plusieurs expositions ! Le design des objets sportifs au musée du Luxembourg, les stades à la Cité de l’architecture et du patrimoine, les vêtements sportswear au musée des Arts décoratifs…
À l’approche des Jeux olympiques, Beaux Arts s’est pris au jeu et a cherché parmi les athlètes d’hier et d’aujourd’hui les artistes confirmés. Qu’ils viennent de la natation, du javelot, du biathlon ou du handball, tous nous ont convaincu qu’une vie de sport n’empêchait en rien la naissance d’une vocation artistique !
Clementine Stoney dans son atelier
Photo Karina Dias Pires
Son corps souple a connu l’eau chlorée des piscines olympiques, et les caprices de la matière. Née en 1981, l’Australienne Clementine Stoney a représenté son pays durant les Jeux olympiques d’été de 2000 à Sydney, et battu le record du monde du 200 mètres dos l’année suivante. À 22 ans, sa santé la contraint à quitter le monde du sport ; c’est finalement en tant que sculptrice qu’elle s’affirme, travaillant aussi bien des formes abstraites (telles que des assemblages tout en verticalité ou encore des pliages de métal) que figuratives, l’artiste aimant à dessiner des visages dans l’espace à partir de tiges métalliques. Elle crée également des meubles, tables et assises, caractérisées par des lignes fines et élancées. Une reconversion réussie.
Arnaud Assoumani lors des championnats du monde de para-athlétisme en 2023 au stade Charlety
Photo Jean-Marie Hervio / KMSP / Afp
C’est ce qu’on appelle ne pas se laisser faire. Le 4 septembre 1985, le Français Arnaud Assoumani naît sans avant-bras gauche, un handicap qui ne l’empêche pas de faire très tôt beaucoup de sport, notamment en athlétisme. Dès ses premiers Jeux paralympiques, en 2004 à Athènes, il rentre en France avec une médaille de bronze de saut en longueur. Récompensé à de nombreuses reprises depuis, Arnaud Assoumani va plus loin que la performance en lançant en 2012 un concours pour la création de la prothèse qu’il portera aux JO de Londres, et recommence pour ceux de Tokyo. En 2020, il crée le Golden Arm Lab, une plateforme d’innovation. La même année, il organise une exposition de sculptures d’athlètes paralympiques à Tokyo, exercice qu’il semble avoir apprécié puisqu’il est cette année à l’origine de « Bras d’or, bras d’art », une nouvelle exposition dont nous avons encore peu d’infos mais qui s’inscrit dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques et qui a été labellisée « Olympiade culturelle ». Ultra-dynamique, passionné par l’idée de l’inclusion par le sport comme par la culture, et, aussi, passionné de musique, Assoumani est bien naturellement l’un des ambassadeurs de Paris 2024.
À gauche Luc Abalo dans son atelier à Paris en février 2024. À droite, Luc Abalo en 2018 lors du match France-Egypte (Golden League de Handball)
© Luc Abalo. © J.E.E / Sipa
Figure incontournable du handball, le Français est triple champion olympique, triple champion du monde et triple champion d’Europe ; mais pas que (et loin de là). Désormais sportif retraité, Luc Abalo (né en 1984) n’a jamais laissé tomber sa fibre créative. Diplômé de l’Institut supérieur des arts appliqués (ISAA), dessinateur et peintre, il a participé fin 2023 à la création d’une fresque au sein d’un hébergement social (le CHRS Poterne des Peupliers), en collaboration avec les résidents. Il fait partie des « Olympiens-artistes » de Paris 2024, un programme qui réunit d’anciens athlètes devenus artistes.
À gauche, « L’ombre du bonheur » (Avril 2023) et à droite, « Seul au monde » (Juillet 2023) d’Emilien Jacquelin
© Emilien Jacquelin
Bonne nouvelle : si vous souhaitez voir de près des œuvres réalisées par un athlète, rendez-vous jusqu’au 2 juin à l’Espace Trigram, rue des Gravilliers, où le biathlète Émilien Jacquelin (né en 1995) expose ses photographies de paysages naturels et urbains, portraits et scènes de rue. Double médaillé d’argent aux Jeux olympiques de 2022 à Pékin en relais mixte et en relais masculin, le jeune homme a expliqué sur son compte Instagram : « Depuis que je suis petit, le biathlon a été un moyen de m’exprimer dans la joie comme dans la tristesse. Mais l’an dernier, je n’y arrivais plus. (…) La photographie et l’introspection m’ont permis de revenir sur la scène internationale du biathlon. » On comprend mieux le titre : « Alter ego ».
À gauche un collage d’Annabel Eyres. À droite Annabebel Eyres lors d’une épreuve d’aviron
© Annabel Eyres
Sélectionnée comme Luc Abalo parmi les « Olympiens-artistes » de Paris 2024, la rameuse Annabel Eyres (née en 1965) a développé tout un travail de papiers découpés et de collages autour d’un thème qu’elle connaît bien : l’aviron. Elle crée ainsi de petites figures minimalistes tout en courbes, qu’elle découpe et peint à l’aquarelle : silhouettes qui font du yoga, nagent dans les lignes d’une piscine, rament ensemble. Ancienne étudiante en art à l’Université d’Oxford, l’artiste réalise aussi d’élégants ponts en papier. Également fondatrice d’une marque de t-shirts, elle explique : « Je peux passer de techniques anciennes de dessin et de peinture à un travail de design minimaliste. »
À gauche « Everything » de Roald Bradstock. À droite Roald Bradstock lançant le javelot lors d’une compétition
© Roald Bradstock
Aîné de notre sélection puisqu’il est né en 1962, le Britannique Roald Bradstock en est également le plus fantasque. Surnommé « The Olympic Picasso », l’homme a représenté plusieurs fois la Grande-Bretagne lors d’épreuves olympiques de javelot ; surtout, il a très vite raconté son amour de l’art, allant jusqu’à préciser qu’il adorait, enfant, réaliser de petites sculptures d’animaux et de soldats en pâte à modeler. Extravagant, Roald Bradstock s’est plusieurs fois illustré en tant qu’athlète tout en portant sur le terrain des tenues peintes par ses soins, couvertes de rayures de zèbre ou du drapeau de son pays natal. Pas tellement moins sages, ses peintures et dessins faisant le portrait de grands sportifs et de monuments parisiens n’ont pas su convaincre le Comité international olympique pour les Jeux de Paris, échec avoué par l’artiste sur son site : « Tout athlète qui réussit est confronté à l’échec à un moment donné. Cela fait simplement partie du processus. C’est également vrai pour un artiste ! »
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