SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Alphonse Mucha

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Qu’elles mettent en vedette Sarah Bernhardt, des biscuits ou de l’absinthe, ses affiches incarnent l’esprit de la Belle Époque. Mais que savons-nous vraiment d’Alphonse Mucha (1860–1939) ? À l’occasion de l’exposition « Mucha. Maître de l’Art Nouveau » à l’hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, Beaux Arts vous dévoile six de ses secrets.

Après l’exposition « Éternel Mucha » au Grand Palais immersif, Alphonse Mucha passe du virtuel au réel à l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, qui éclaire sa carrière – moins connue – de peintre politique. Peintre, décorateur, affichiste, illustrateur et même photographe, Mucha est un artiste complet qui, bien qu’il ait construit son succès à Paris puis aux États-Unis, est toujours resté attaché à ses origines tchèques.

Admiré, imité avec plus ou moins de bonheur, le « style Mucha » conjugue un certain canon féminin avec un style ornemental emblématique de la Belle Époque. De quoi résumer son art à une forme de coquetterie ? Ce serait méconnaître la profondeur philosophique, politique et humaniste de l’œuvre de Mucha !

1. Il s’est fait recaler des Beaux-Arts de Prague !

Autoportrait en chemise russe « roubachka » dans l’atelier de la rue de la Grande Chaumière, Paris
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Autoportrait en chemise russe « roubachka » dans l’atelier de la rue de la Grande Chaumière, Paris, début des années 1890

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Coll. Fondation Mucha, Prague • © Mucha Trust

« Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. »

Pour le jeune Alphonse, la carrière artistique n’allait pas de soi. Son père juriste lui dégote un emploi de greffier dans la capitale, après des études à Brno. Un sort auquel ne peut se résoudre Mucha qui a toujours dessiné : en 1878, il envoie sa candidature à l’Académie des beaux-arts de Prague. Il n’obtient comme réponse qu’une lettre de refus cinglante : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. » Le jeune homme ne se décourage pas : après un second refus, il part pour Vienne où il officie comme décorateur de théâtre puis, avec le soutien de son mécène le comte Khuen-Belasi, parfait sa formation à Munich (1884–1887) et à Paris, où il s’installe pour deux décennies à partir de 1887. Au vu de la suite, on peut dire que le rédacteur de la lettre n’avait pas le nez creux…

2. Il a partagé un atelier avec Paul Gauguin

Paul Gauguin jouant de l’harmonium dans l’atelier de Mucha, rue de la Grande Chaumière à Paris
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Paul Gauguin jouant de l’harmonium dans l’atelier de Mucha, rue de la Grande Chaumière à Paris, vers 1893–1894

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© Mucha Trust / Bridgeman Images

Comme beaucoup d’anciens étudiants de l’Académie Colarossi, Mucha a ses habitudes dans la crèmerie de Charlotte Caron à Montparnasse. Un jour de 1891, un homme barbu au costume breton s’assoit à la table qu’il partage avec des amis : « Madame Charlotte l’a présenté comme un marin qui était aussi peintre : monsieur Gauguin. Nous sommes vite devenus amis. » Une amitié qui n’est pas un vain mot. Deux ans plus tard, Paul Gauguin (1848–1903) est sans le sou au retour de son premier séjour à Tahiti. Qu’à cela ne tienne, son camarade tchèque lui offre de partager son atelier de la rue de la Grande-Chaumière où le Français peaufine les toiles polynésiennes qu’il veut exposer chez le galeriste Durand-Ruel. Quel meilleur témoignage de leur complicité que ce cliché de Mucha représentant Gauguin jouant, défroqué, de l’harmonium, l’air espiègle ?

3. Il organisait des séances d’hypnose et de spiritisme

Lina de Ferkel, sous hypnose, dans l’atelier de Mucha, rue du Val-de-Grâce
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Lina de Ferkel, sous hypnose, dans l’atelier de Mucha, rue du Val-de-Grâce

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© Mucha Trust

L’atelier de Mucha est décidément accueillant, et ce pour des activités plus surprenantes. En 1894, il rencontre l’écrivain et peintre suédois August Strindberg (1849–1912) qui lui transmet son intérêt pour la théosophie et l’occultisme. L’art de Mucha prend un tournant plus philosophique et mystique, et quatre ans plus tard, il intègre une loge du Grand Orient de France, l’une des plus anciennes obédiences maçonniques. L’atelier n’est plus seulement un lieu de création puisque Mucha invite ses confrères pour des séances d’hypnose et de spiritisme. L’engagement de l’artiste dans la franc-maçonnerie n’est pas un secret puisque une loge à Prague porte son nom.

4. Il était aussi photographe

Alphons Mucha, Étude pour un panneau décoratif
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Alphons Mucha, Étude pour un panneau décoratif, 1908

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© Bridgeman Images / Mucha Trust

Sous les ornements foisonnants de ses affiches, les modèles sont toujours traités avec finesse et précision : Mucha utilisait la photographie comme support de ses travaux. Cette technologie n’est pas qu’un aide-mémoire pour l’artiste, mais une branche à part entière de son art. Il la pratique dès les années 1880 à Munich puis acquiert deux boîtiers à Paris. L’artiste utilise la technique archaïque des plaques de verre qu’il développe à la lumière du jour, alors même que l’instantané Kodak se répand. Mucha photographie quotidiennement dans son atelier, laissant un fonds de plus de 10 000 clichés, avec pour thèmes principaux les modèles de peinture, les voyages, la famille et les amis.

5. À 78 ans, il est violemment questionné par la Gestapo

Alphons Mucha travaillant sur « Le Couronnement du tsar serbe Stefan Dusan comme empereur romain d’orient » (toile de « L’Épopée slave »)
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Alphons Mucha travaillant sur « Le Couronnement du tsar serbe Stefan Dusan comme empereur romain d’orient » (toile de « L’Épopée slave »), 1924

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© Bridgeman Images

Le 15 mars 1939, Hitler envahit la Tchécoslovaquie, quelques mois après l’annexion des Sudètes. Alphonse Mucha est immédiatement arrêté par la Gestapo. En tant que personnalité forte, il inquiète par son engagement pour le nationalisme. L’Épopée slave (1910–1928), un ensemble de vingt tableaux à la gloire de l’histoire des Slaves du IIIe au XXe siècle, représente pour les nazis la glorification d’une race de sous-hommes dignes d’esclavage. De plus, il est menacé en tant que franc-maçon. Interrogé, molesté, l’affichiste âgé de 78 ans est relâché à cause de sa santé fragile. Il ne se remettra pourtant jamais du traumatisme : le 14 juillet 1939, à un mois et demi de l’invasion de la Pologne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale, l’artiste s’éteint.

6. Son rêve d’une vie devrait bientôt s’exaucer…

Mucha avec « L’Épopée slave » exposée au Klementinium, Prague
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Mucha avec « L’Épopée slave » exposée au Klementinium, Prague

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© BeauxArts & Cie / Catherine Varotsi

Quand il achève L’Épopée slave en 1928, Mucha l’offre à la ville de Prague, à condition qu’on attribue à son grand œuvre une galerie dédiée. Les travaux traînent, le nazisme fait passer l’artiste aux oubliettes et, après 1945, il ne faut pas compter sur le communisme pour le réhabiliter. L’Épopée slave sert un idéal nationaliste et son auteur est vu comme un peintre bourgeois. L’ensemble finit tout de même par être exposé en 1963, mais pas dans la capitale de la République socialiste tchécoslovaque. Les toiles sont alors déplacées en Moravie, dans le château de Moravský Krumlov, à proximité de Brno. Prague n’a pas oublié son champion : le complexe Savarin, sur la place Venceslas, jouera ce rôle de galerie permanente pour L’Épopée slave, doublée d’un musée Mucha, avec une ouverture prévue en 2026 ! Un rêve d’artiste qui se réalisera donc avec près d’un siècle de retard, Mucha disputant à Gaudí et à sa Sagrada Família, entamée en 1882, la palme du plus grand retard de chantier…

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Mucha. Maître de l’Art Nouveau

Du 17 novembre 2023 au 24 mars 2024

www.caumont-centredart.com

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Visuel à la Une : Alphonse Mucha, Le Lierre, 1901. © Mucha Trust.

Retrouvez dans l’Encyclo : Alphonse Mucha

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