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« Maladie, Folie et Mort sont les anges qui ont veillé sur mon berceau et m’ont accompagné ma vie durant. » Son esprit n’était pas torturé sans raison. Élevé par un père aimant mais souvent rigide, Munch perd à 5 ans sa mère, emportée par la tuberculose. En 1879, ce même fléau lui ravit sa sœur aînée Johanne Sophie, sous ses yeux. Des souvenirs déchirants qui ne cessent de le hanter, lui inspirant l’Enfant malade en 1885, un motif obsessionnel qu’il reprendra à cinq reprises. Le peintre lui-même est de santé fragile, enchaînant les bronchites sévères et, s’il meurt à 80 ans, c’est d’une pneumonie infectieuse.
Edvard Munch, L’enfant malade, 1896
Huile sur toile • 119,5 × 118,5 cm • © Alamy Stock Photo
Tourmenté, Munch l’était aussi dans ses amours. Le peintre est méfiant à l’égard des femmes, ne se fixant jamais dans une relation durable. Sa vie sentimentale est ponctuée de coups d’éclat dont le plus violent a lieu la nuit du 11 au 12 septembre 1902. Malgré une tempête, des amis lui font traverser le fjord d’Åsgårdstrand pour retrouver sa maîtresse d’alors, Tulla Larsen. Celle-ci serait supposée mourante, en proie à une overdose de morphine. Munch la découvre allongée dans une mise en scène macabre, mais l’amante se lève pour lui révéler la supercherie. Furieux, il la quitte, entraînant à son tour sa colère. La jeune fille le menace d’un révolver et, tentant de la désarmer, le peintre a la main gauche traversée d’une balle et perd l’usage de son majeur.
Edvard Munch, Tulla Larsen, 1898–1899
Huile sur toile • 119 × 61 cm • Musée Munch, Oslo • © Alamy Stock Photo
« Je marchais le long de la route avec deux amis – soudain, le soleil s’est couché – le ciel est devenu brusquement du sang et j’ai ressenti le grand cri de la nature. » Derrière le visage hurlant du Cri, le paysage, dont les couleurs ont depuis beaucoup pâli à cause de l’humidité, comme vient de le révéler une étude, n’a rien d’irréel. En 2004, des scientifiques de l’université du Texas font le parallèle avec la grande éruption du Krakatoa en Indonésie, en 1883 : la lave et les cendres auraient teinté l’atmosphère de rouge, un phénomène visible jusqu’en Norvège. Cette hypothèse est pourtant contredite en avril 2017 par Helen Muri de l’université d’Oslo qui privilégie celle de nuages nacrés ayant ce même effet et visibles à partir de 1885 dans les régions polaires. Tout comme Van Gogh avec la Nuit étoilée, le Norvégien était un observateur attentif de la nature.
Edvard Munch, Le Cri, 1893
Tempera et pastel sur carton • 91 x 73,5 cm • Nasjonalgalleriet, Oslo • © Electa/Bridgeman
On voit surtout Munch comme un artiste fin de siècle et décadent, mais c’est oublier le tournant qui s’opère dans sa vie à 45 ans. À l’automne 1908, constamment soûl et en proie au délire, le peintre accepte de se faire interner dans la clinique du docteur Daniel Jacobson à Copenhague. Il retrouve l’équilibre et s’abstient de boire pour de bon. Se fixant en Norvège, Munch emprunte une palette enjouée qui n’a rien à envier à celle d’Henri Matisse qu’il admire, pour peindre des paysages au soleil éclatant, des scènes de naturisme ou de travail des champs, fasciné qu’il est par les bienfaits du sport, de la vie en plein air et de l’héliothérapie.
Edvard Munch, Le Soleil, 1912
Huile sur toile • 123 × 176,5 cm • Musée Munch, Oslo • © akg-images
En 2011, l’exposition Edvard Munch, l’œil moderne au Centre Pompidou dédiait une place importante aux photographies et à la pratique de cinéaste amateur de Munch, trop souvent négligées. Ce dernier acquiert son premier appareil photographique en 1902, puis achète à Paris en 1927 une petite caméra Pathé-Baby qui lui servira à capturer la frénésie urbaine. Mais il aime tout particulièrement saisir sa propre image. Les clichés qu’il a laissés témoignent de longs temps de pose, jouant sur le flou pour livrer de lui-même un reflet fuyant et insaisissable – cette même incertitude qui se retrouve dans ses autoportraits peints. D’ailleurs, le peintre ne considérait pas ces moyens de création comme un violon d’Ingres mais bien comme une partie intégrante de son œuvre.
Edvard Munch, Autoportrait « à la Marat », clinique du Dr. Jacobson, Copenhague, septembre 1908
Epreuve gélatino-argentique • 8,1 x 8,5 cm • Musée Munch, Oslo • D.R.
Souvent amer face à son manque de reconnaissance officielle dans son pays, contrastant avec le soutien sans bornes de la ville d’Oslo au sculpteur Gustav Vigeland avec lequel il nourrit une rivalité de longue date, Munch a tout de même reçu quelques commandes publiques après son retour au pays natal en 1909. Mais il est vrai qu’il doit surtout se tourner vers des mécènes privés : ainsi, en 1922, il doit sa plus grande commande à Johan Throne Holst, directeur de la chocolaterie Freia, fameuse aux Osloïtes. Douze toiles monumentales livrent des visions de la mer, de la vie rurale et du travail des champs dans des couleurs vives, accompagnant encore aujourd’hui les employés lorsqu’ils déjeunent au réfectoire.
Edvard Munch, Quatre fillettes à Åsgårdstrand, 1922
Huile sur toile • 134 × 247 cm • Fresque IX du réfectoire de la chocolaterie Freia • D.R.
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