Article réservé aux abonnés
Surnommé Le Lorrain en raison de son origine, Claude Gellée (1600–1682) dit « le Lorrain » est l’un des grands peintres paysagistes du XVIIe siècle. Bien que français, c’est à Rome qu’il a construit et passé sa carrière, longue et riche de succès. L’artiste traduit des visions arcadiennes, idéalisées, qui tiennent au genre du paysagisme historique, moral et noble. Son attachement à la lumière en fait-il un annonciateur de l’impressionnisme ? Nullement, au sens où le peintre ne dissout pas les formes dans des effets atmosphériques. Il est vrai, en revanche, que Le Lorrain a exercé une profonde influence sur William Turner, admirateur de ses couchers de soleil devenus célèbres.
Jean Denis Nargeot, Claude Gellée, dit le Lorrain, 1846
Gravure • © akg-images
« Pour Claude, la réalité suprême du monde est la lumière. » – Pierre Francastel
Originaire de la Lorraine, Claude Gellée – appelé parfois simplement Claude – est issu d’une famille nombreuse et d’un milieu modeste. Il se destinait à une carrière dans la pâtisserie, mais s’est détourné de ce projet suite au départ de l’un de ses frères pour l’Allemagne. Une grande méconnaissance entoure toujours les débuts de l’artiste. Tout juste sait-on que le jeune homme arrive à Rome vers 1613, pendant son adolescence. Il entre en apprentissage auprès de deux peintres paysagistes, qui lui apprennent à regarder l’antique.
Claude Gellée entre à l’Académie de Saint-Luc en 1633, non sans avoir effectué quelques voyages en Lorraine. Par la suite, l’artiste demeure dans la Ville éternelle. Toute sa vie semble orientée vers l’art et le travail, le peintre n’ayant jamais contracté de mariage, ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas eu de maîtresse (on lui connaît une fille naturelle).
La peinture du Lorrain connaît un grand succès à Rome. Parmi ses commanditaires et collectionneurs se trouvent les plus belles fortunes locales, allant même jusqu’à la papauté. L’artiste gagne très confortablement sa vie, et gère très honnêtement ses affaires. Il réalise notamment des décors pour des palais, généralement des paysages historiques, c’est-à-dire mettant en scène, dans la nature ou la ville, des personnages mythologiques ou des épisodes tirés de l’histoire ancienne.
C’est bien le paysage qui occupe le premier rôle dans ses œuvres. L’artiste s’inscrit dans la tradition des Nordiques, des Hollandais en particulier, et se distingue en revanche des paysagistes italiens en introduisant une bonne part d’imaginaire dans ses compositions, qui n’ont rien de documentaire. Peintre de l’équilibre et de l’harmonie, il représente des scènes généralement éclairées d’un soleil couchant ou levant (le point de fuite de ses compositions), deux instants de prédilection dans sa peinture.
Dans les années 1640, Le Lorrain débute sa série des grands ports. Il peint des marines avec un esprit d’imagination fertile, comme des invitations au voyage et à l’évasion. Le regard du spectateur est conduit vers le point de fuite grâce à de belles architectures classiques, des ruines et des bastions représentés sur les côtés de la toile. Il s’agit de scènes de débarquement ou d’accostage qui mettent en scène des personnages historiques, bibliques ou mythologiques
La fin de vie de Claude Gellée est marquée par la maladie. Dans les années 1660, il souffre de la goutte. Après avoir consacré ses dernières forces à l’art, il meurt en 1682 et est inhumé à Rome.
Claude Gellée, dit le Lorrain, Port de mer au soleil couchant, 1639
Huile sur toile • 103 × 137 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Port de mer au soleil couchant, 1639
Entré dans la collection de Louis XIV grâce à André Le Nôtre, ce paysage a été commandité par un noble français, raison pour laquelle le peintre fait figurer des pavillons fleurdelisés sur le navire au premier plan. Le port, avec son ouverture sur la mer et le ciel, est au centre de la composition. L’artiste multiplie les promeneurs, une foule de petits personnages affairés. Un soleil couchant, intense et rougeoyant, éclaire la scène d’une lumière rasante.
Claude Gellée, dit le Lorrain, Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, 1642–1643
Huile sur toile • 119 × 168 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images
Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, 1642–1643
Le sujet est inspiré des Vies parallèles de Plutarque et représente l’accostage de la reine d’Égypte sur les rives de l’Asie Mineure. Comme à son habitude, Le Lorrain accorde plus d’importance à la monumentalité du ciel et aux architectures qu’aux personnages, relégués à une échelle secondaire. Les feux dardés d’un soleil couchant inondent la scène. Ce tableau, pendant d’un autre paysage historique, est le fruit d’une commande prestigieuse passée au peintre. Les deux œuvres entrent dans les collections de Louis XIV en 1682.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi