Artiste majeur de l’abstraction américaine, Cy Twombly est à l’origine de l’invention d’un vocabulaire plastique poétique et exceptionnellement libre. Souvent monumentales, ses œuvres combinent de larges griffonnages et d’énergiques calligraphies qui peuvent évoquer le graffiti. Érudit, l’artiste – qui renouvelle totalement l’expressionnisme abstrait après la génération de Jackson Pollock et de Mark Rothko – dépasse le clivage habituel entre figuration et abstraction, multiplie dans ses œuvres des références à l’histoire, à la mythologie, à la poésie. Connu comme peintre, Cy Twombly est aussi sculpteur et photographe.
Cy Twombly, Rome, 1994
Photo Bruce Weber
« J’ai davantage le sentiment de vivre une expérience que de faire un tableau. »
Edwin Parker Twombly (dit Cy Twombly) naît à Lexington (Virginie), aux États-Unis, en 1928. Il n’est pas issu d’un milieu artistique, son père étant joueur de baseball professionnel puis professeur de sport. Sa famille, toutefois, est très cultivée. Le jeune garçon s’intéresse très tôt à la peinture, travaille en plein air et suit des cours à Boston. Au début des années 1950, il s’inscrit à l’Art Students League de New York et se forme au contact de l’expressionnisme abstrait, alors dominant sur la scène américaine. Il se lie en particulier avec Robert Rauschenberg. Twombly se mêle à l’avant-garde, côtoyant Robert Motherwell, John Cage ou Merce Cunningham. Il commence à exposer, et voyage également en Europe et en Afrique du Nord.
Dans les années 1950, Twombly développe son style personnel, composé notamment de lignes frénétiques pouvant évoquer l’art du graffiti. Derrière le chaos se cache en réalité une approche très maîtrisée de la composition. L’artiste introduit également des mots, des lettres et des chiffres dans ses créations. En effet, l’artiste accorde de l’importance au caractère scriptural qui apparaît dans ses toiles, mais aussi dans ses dessins et collages. Les couleurs ne font véritablement leur apparition dans son œuvre qu’à partir des années 1960. Twombly apprécie varier les techniques (peinture industrielle, crayons à la cire, etc.) et les supports. Il travaille généralement sur plusieurs œuvres en même temps, voire la nuit, les lumières éteintes.
Cy Twombly se fixe en Italie en 1957 mais demeure un éternel voyageur. En 1959, il épouse la peintre Tatiana Franchetti. À cette époque, il trouve son inspiration à travers la littérature et les grandes figures de la mythologie gréco-romaine. Cette passion ne le quitte plus, en particulier sa fascination pour l’Iliade d’Homère. Durant les années 1960, en parallèle de son intérêt pour l’histoire ancienne, Twombly entame sur série sur le thème des assassinats historiques, passés ou contemporains.
La reconnaissance internationale de Cy Twombly se manifeste d’abord en Europe. En 1964, il est invité à Biennale de Venise. Les États-Unis mettent plus de temps à lui consacrer de grandes expositions monographiques – seulement à partir de 1979. Dès lors, l’artiste expose à travers le monde entier, dans les plus prestigieuses institutions. Cela dit, l’artiste n’a jamais été boudé par les galeristes américains, ayant travaillé notamment avec Leo Castelli et la galerie Gagosian. En 2001, Cy Twombly se voit décerner le Lion d’or lors de la Biennale de Venise. L’artiste décède à Rome en 2011.
Cy Twombly, School of Athens, 1961
Huile sur toile • 103 × 103 cm • Coll. particulière • © Cy Twombly Foundation
Après son installation en Italie, Cy Twombly approfondit sa connaissance de la culture gréco-romaine, mais aussi des grands chefs-d’œuvre de la Renaissance. Il rend ici hommage au décor peint par Raphaël dans l’une des chambres du Vatican, représentant Platon et Aristote entourés d’un panthéon de philosophes. Bien que le langage de Twmobly porte vers l’abstraction, la notion de narration revêt une grande importance dans son œuvre, tout comme son attachement à souligner les liens entre le passé et le présent.
Cy Twombly, Achilles Mourning the Death of Patroclus, 1962
Huile, mine de plomb sur toile • 259 × 302 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Cy Twombly Foundation
Dans les années 1960, Cy Twombly s’intéresse tout particulièrement au thème de la mort et aux récits homériques. L’artiste interprète ici sa perception d’une scène de l’Iliade rapportant le retour de la dépouille de Patrocle au camp grec par son ami Achille. Le deuil est ici exprimé avec force et économie : seules deux taches rouges, étalées avec les mains, évoquent la mort, le crime, la douleur et la cruauté de la perte. D’une grande puissance symbolique, sans être figurative mais tout en étant littéraire, cette œuvre est à la fois minimale et complexe.
Cy Twombly, Blooming, 2001–2008
Acrylique, crayon à la cire sur dix panneaux de bois • 250 × 500 cm • Coll. particulière
Dévoilée lors de l’exposition Cy Twombly à la Collection Lambert à Avignon en 2007, cette œuvre appartient à une série peinte par l’artiste et consacrée au thème de la pivoine. Exaltant la couleur rouge, les motifs sont empreints de cette énergie particulière, mêlant vigueur et poésie. Twombly se serait inspiré d’un haïku japonais, mais cette série peut aussi évoquer aux yeux du spectateur les Nymphéas de Claude Monet ou bien encore les Flowers d’Andy Warhol.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique