Article réservé aux abonnés
Chef de file de l’école siennoise à la fin du XIIIe siècle, Duccio di Buoninsegna (vers 1255–1260 – vers 1318–1319) est un peintre à la biographie encore imparfaitement connue. Héritier de la tradition byzantine, fortement influencé par l’art de Cimabue, Duccio contribue à insuffler une vague de réalisme dans l’art pieux du Duecento et du Trecento naissant. Giotto, son contemporain, est connu pour avoir poussé plus loin encore ce réalisme. Les attributions à Duccio font couler beaucoup d’encre, tant les sources sont rares ou imprécises. Une chose est certaine : Duccio est bien le maître à l’origine de la Maestà de la cathédrale de Sienne, l’un des plus importants retables de l’art italien.
Portrait de Duccio publié dans les Vies des Artistes de Vasari (édition de 1767)
« Duccio fut un poète lyrique. Son œuvre est tout imprégnée de vie sentimentale siennoise. » Louis Gielly
Né probablement vers 1260, Duccio di Buoninsegna est désigné comme peintre dès l’année 1278. Les documents le concernant sont très pauvres. Fut-il l’élève de Guido da Siena ? Fut-il l’élève de Cimabue ? Certaines œuvres de Duccio furent longtemps attribuées au maître florentin, en particulier la Madonna Rucellai (1285). De la même époque date manifestement une autre des rares œuvres de Duccio à nous être parvenues : la Vierge Gualino (vers 1280–1283) qui témoigne aussi de l’influence de Cimabue. Toutefois, il ne semble pas que Cimabue et Duccio aient été liés de manière classique comme un maître et son élève. On parle ici plutôt d’une influence du premier sur le second.
Nous savons, par la voie de l’archive, que Duccio reçoit une importante commande par la compagnie des Laudesi pour la basilique Santa Maria Novella, à Florence, en 1285. Il s’agit manifestement de la Madonna Rucellai, longtemps attribuée à Cimabue, notamment par Giorgio Vasari. Un consensus s’exprime aujourd’hui pour la considérer comme une œuvre de jeunesse de Duccio, peinte à Sienne. Il reprend certains principes inventés ou initiés par Cimabue, mais Duccio affirme aussi son style personnel, que les spécialistes ont appris à reconnaître. Le peintre siennois cultive en effet un certain réalisme d’après nature, un lyrisme, une souplesse des lignes. Il se différencie aussi de l’art de son contemporain Giotto en ne rompant jamais tout à fait avec la tradition byzantine et en accordant moins d’importance à l’expression du caractère psychologique des personnages qu’au récit qu’il cherche à mettre en image.
Cette œuvre est commandée à Duccio par la ville de Sienne pour orner le maître-autel de la cathédrale en 1308. C’est une œuvre de maturité, l’artiste ayant une soixantaine d’années. Il jouit à cette époque d’une grande renommée. Il est aussi connu pour cultiver un certain esprit de rébellion, n’hésitant pas à se confronter à l’autorité communale ou à contracter des dettes. La partie principale du retable, la Maestà (« Vierge en majesté »), rappelle l’héritage byzantin, mais les visages, traités avec une infinie tendresse et exprimant une douceur teintée de tristesse, sont typiquement une invention de Duccio.
La date de mort du peintre n’est pas précisément connue. Une chose est certaine : en 1319, il était déjà décédé. Il semble qu’après la Maestà, Duccio ait peint divers tableaux, possiblement le « Polyptyque n°47 » de la pinacothèque de Sienne. D’autres attributions sont discutées. Est-il le maître à l’origine de la Maestà de la cathédrale de Massa Marittima en 1316 ? Le mystère demeure.
Duccio, La Madone de Crévole, 1283–1284
Tempera et or sur panneau de bois • 89 × 60 cm • Sienne, Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo
Cette œuvre de jeunesse de Duccio fut peinte pour l’église Santi Pietro e Paolo à Montepescini avant d’être déplacée. Elle témoigne de la très forte influence de Cimabue sur Duccio. Représentée en buste, la Vierge porte l’Enfant Jésus dans ses bras. Deux anges les accompagnent. Les personnages émergent d’un puissant fond doré, héritage byzantin qui contraste avec l’effort de réalisme dans le rendu des visages et des timides expressions.
Duccio, Madone Rucellai, vers 1285
Tempera sur panneau de bois • 450 × 290 cm • Florence, musée des Offices
Plus vaste tableau de l’art italien du Duecento, la Madone Rucellai témoigne encore de l’intérêt du jeune Duccio pour l’art de Cimabue. La Vierge est représentée sur un trône fastueux, posé en biais. C’est une Maestà, soit une « Vierge en majesté » portant l’Enfant sur ses genoux, entourée d’anges. Le fond d’or traduit la permanence de la tradition byzantine dans l’art italien du XIIIe siècle. Duccio, dans la suite de Cimabue, respecte cette tradition tout en cherchant à s’en extraire, en cultivant notamment des effets de perspective.
Duccio, Maestà, 1308–1311
Partie centrale du retable • 214 × 412 cm • Sienne, Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo
Destinée au maître-autel de la cathédrale de Sienne, cette « Vierge en majesté » est, elle aussi, assise sur un grand trône. Elle tient l’Enfant Jésus dans ses bras. Deux rangées d’anges sont disposées autour d’eux, ainsi que des représentations de saints, tels que saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste. La Maestà est une œuvre excessivement complexe, qui devait être visible des fidèles dans la nef. Le verso accueille des scènes de la Passion, visibles du clergé depuis le chœur. L’œuvre n’a plus sa forme originelle, le retable ayant été coupé en deux au XVIIIe siècle.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique