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Entre tendresse et violence, le post-humanisme fascinant de Théo Viardin

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Publié le , mis à jour le
Sans nul doute, ses peintures risquent d’arrêter plus d’un passant dans la rue des Gravilliers à Paris. Pour sa première exposition entre les murs de la galerie Pact, le jeune Théo Viardin dévoile une série de créatures étranges, comme sorties d’un récit d’anticipation. Rencontre.
Théo Viardin dans son atelier à Marseille
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Théo Viardin dans son atelier à Marseille, 2024

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

Six peintures. Accrochées dans une petite pièce blanche, ouverte sur la rue par une vitrine sur laquelle on colle son front, médusé. C’est tout, mais c’est déjà pas mal pour entrer dans l’univers de Théo Viardin (né en 1992), toute jeune pousse de la peinture contemporaine. Sur ses œuvres, des êtres humanoïdes, seuls ou en duo. Leurs chairs sont rebondies, généreuses. Leurs visages « enfantins », nous dit l’artiste, presque trop mignons avec leurs grands yeux et leur petite bouche, terminent des crânes interminables, qui évoquent évidemment les créatures de la saga de films de science-fiction culte Alien.

Il y a dans ces corps et ses visages une étrange hybridité, à la fois attirante et repoussante, familière et monstrueuse. De fait, l’artiste insistera sur son goût pour le contraste. Entre le doux et le violent, le froid et le chaud, le rouge sang et le bleu glacé. Rapidement, alors qu’il nous reçoit dans la galerie quelques heures avant le vernissage, il analyse : il est guidé par la volonté d’une « mise en tension de l’histoire de l’art avec un imaginaire prospectif », intéressé par « l’anticipation » – plutôt que par la « science-fiction », dit-il, mot dont l’usage lui semble galvaudé.

Des peintures énigmatiques

Il y a dans ces corps et ses visages une étrange hybridité, à la fois attirante et repoussante, familière et monstrueuse.
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Il y a dans ces corps et ses visages une étrange hybridité, à la fois attirante et repoussante, familière et monstrueuse., 2024

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

De fait, ses personnages apparaissent imprégnés de siècles de représentation de la figure humaine, entre sculptures grecques aux cuisses de marbres rebondies, nus accroupis et chairs entrelacées. Ses inspirations viennent de loin : « Je suis parti d’une réflexion autour de l’énigme du sphinx », explique l’artiste, lequel soumet Œdipe au défi de trouver « quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir »… Réponse : l’homme. « Le sphinx est une créature complexe, ambigüe dans son genre, qui nous questionne sur notre humanité. Je ne suis pas en train d’illustrer le mythe, mais j’aime peindre avec l’idée que mes œuvres se comportent comme des sphinx. »

 

Né à Paris où il a grandi, fils d’un photographe et d’une architecte, Théo Viardin se rappelle pourtant avoir apprivoisé assez tard l’idée de faire son chemin dans l’art, au sortir d’un baccalauréat scientifique peu enthousiasmant. À Nantes puis Toulouse, ses années de BTS et de DSAA en design graphique le « réconcilient avec l’école ». En 2015, il revient à Paris et se lance en indépendant, cofondant avec un copain un studio de graphisme ; leurs bureaux, installés dans des espaces partagés, lui permettent de rencontrer un peintre, qui l’encourage et lui apprend quelques b.a.-ba pratiques sur son métier (« les enduits, les pinces à tendre… »). Car Théo s’est remis à dessiner, dès qu’il a un moment de libre : « en tant que graphiste, mon travail s’était orienté vers la 3D et le motion design. J’avais besoin de retrouver une pratique sans commande, sans interface. »

Un jeune peintre fasciné par le corps

« Mon travail s’était orienté vers la 3D et le motion design. J’avais besoin de retrouver une pratique sans commande, sans interface. »
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« Mon travail s’était orienté vers la 3D et le motion design. J’avais besoin de retrouver une pratique sans commande, sans interface. », 2024

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

Alors il peint. Et, rapidement, « c’est de plus en plus dévorant ». Les toiles s’accumulent dans son appartement. Il se décide à envisager l’art comme un métier à temps plein, contacte des galeries, en France puis en Europe et se fait connaître grâce à une première exposition en Espagne. Ayant arrêté pour de bon son activité de graphiste, il enchaîne sur d’autres accrochages, en solo ou en groupe. Jusqu’à ce que la galerie Pact lui rende visite dans son atelier à Montreuil, et lui propose cette exposition, préparée depuis six mois.

Théo Viardin insiste sur son goût pour le contraste. Entre le doux et le violent, le froid et le chaud, le rouge sang et le bleu glacé.
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Théo Viardin insiste sur son goût pour le contraste. Entre le doux et le violent, le froid et le chaud, le rouge sang et le bleu glacé.

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

Admirateur de Francis Bacon (qu’il cite souvent) et de Mark Rothko, lecteur assidu de Nietzsche (qu’il cite encore plus souvent), Théo Viardin nous parle aussi de son intérêt pour la typographie, qu’il estime être la source de la « justesse de la forme et de la composition » qui donne à ses peintures leur solide équilibre. S’il choisit ainsi de représenter des personnages humanoïdes, c’est tout simplement parce que « le corps humain te touche, c’est excitant à peindre, excitant à regarder. Il y a quelque chose de l’ordre de l’efficacité sensorielle. »

Du beau au sublime

Parfois, il associe en une même composition plusieurs toiles, collées les unes aux autres. C’est le « subterfuge » qu’il a trouvé, nous dit-il, pour « casser le phénomène illustratif » de la figuration, et appeler le regard à se concentrer. De fait, il y a dans ses toiles une matérialité qu’il est bon d’observer de près, des effets de textures, de peau froissée, extrêmement sensuels.

Il y a dans les toiles de Théo Viardin une matérialité qu’il est bon d’observer de près.
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Il y a dans les toiles de Théo Viardin une matérialité qu’il est bon d’observer de près., 2024

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

Chef-d’œuvre de cet accrochage, sa toile Victorius Œdipus (2024) est morcelée en trois parties, dont une, celle du milieu, est une peinture abstraite, tout en teintes rosées et rouge sang. Une façon pour l’artiste de figurer une blessure : « Il m’est venu l’idée de trancher la toile avec une abstraction, une manière de représenter de façon plus viscérale la plaie, la douceur de la chair, une douceur violente. »

Les filaments qui apparaissent sont eux aussi liés à cette idée de lésion ; ils sont peints par l’artiste « pour recoudre, soigner » ; et d’expliquer ici ce « rapport à l’inéluctabilité de la souffrance », qui fait qu’on a « besoin d’elle pour la vie ». L’art est, pour le jeune artiste, une synthèse de la vie ; et c’est pourquoi il y met de la tendresse, c’est pourquoi aussi il aime à représenter des personnages en groupe, car « on doit faire corps, faire vie, faire société ». Si ses figures apparaissent toutefois dans des espaces dépouillés, c’est parce qu’elles s’inscrivent dans des « déserts », lesquels témoignent de « la difficulté de l’existence ».

Les filaments sont peints par l’artiste « pour recoudre, soigner » et expliquer ce « rapport à l’inéluctabilité de la souffrance ».
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Les filaments sont peints par l’artiste « pour recoudre, soigner » et expliquer ce « rapport à l’inéluctabilité de la souffrance »., 2024

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© Johanna Leijns pour BeauxArts.com

Installé désormais à Marseille, où il travaille dans un atelier niché au cœur d’une ancienne antenne de Pôle emploi transformée en vivier d’artistes (il expose en ce moment avec une dizaine d’entre eux à la Friche la Belle de Mai), l’artiste cite  le philosophe Edmund Burke et conclut : « J’aime essayer de faire en sorte que mes peintures soient sur la ligne de crête entre le beau et le sublime. » Entre ce qui séduit et ce qui fascine, hypnotise, intrigue, étonne, captive. À l’heure des attentions flottantes, c’est plutôt une belle ambition.

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Théo Viardin. Enigma

Du 27 juin 2024 au 27 juillet 2024

galeriepact.com

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Artists – Run space

Du 21 juin 2024 au 8 septembre 2024

www.lafriche.org

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