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Danielle Jacqui, La Maison de celle qui peint, à Aubagne
© Mario del Curto
« Je les ai tous niqués ! » Sur la route qui mène chez elle à Roquevaire, pas loin d’Aubagne, entre les cyprès qui défilent, Danielle Jacqui, bientôt 90 ans, cabotine. « Art naïf », « art brut », « hors-les-normes »… : toutes ces étiquettes qu’affectionne l’histoire de l’art et qu’on pourrait lui coller, elle déteste. Les cases, les conventions, elles les envoient valser. Oui, elle est autodidacte. Oui, elle travaille toutes les techniques, sur tous les supports. Oui, pour elle « l’art est une thérapie ». Osons le dire (mais ne lui répétez pas), Danielle Jacqui est assurément une « artiste singulière ».
Son logis, baptisé « maison de celle qui peint », est l’œuvre d’une vie. Au fil des quarante dernières années, les peintures, sculptures, céramiques, mosaïques, broderies, et les collections à foison de la frénétique Danielle Jacqui ont envahi cette bicoque de Roquevaire. Depuis la rue, on ne peut rater cette façade tape-à-l’œil : la quasi nonagénaire a posé sa patte sur chaque mur, chaque volet, chaque porte, dans une explosion de couleurs. Une version méconnue du Palais idéal du facteur Cheval, au féminin.
Danielle Jacqui, Intérieur de “la Maison de celle qui peint”
Photos Malika Bauwens
« Créer, c’est comme une drogue ».
Danielle Jacqui
« Ça plaît ou ça plaît pas », prévient Danielle Jacqui en poussant la porte. La dame aux longs cheveux est encore échaudée par la remarque d’un journaliste de presse régionale qui a posé le mot de « capharnaüm » pour qualifier les trésors qui se trouvent à l’intérieur de ce musée vivant. Du sol au plafond, il n’y est pas un centimètre qui ait été oublié par Danielle Jacqui qui a emménagé ici en 1985.
Danielle Jacqui devant sa maison en octobre 2023
© Malika Bauwens
« Si je n’avais pas été artiste, j’aurais été jardinière », dit celle qui a assurément la main verte. « Celle qui peint » est aussi « celle qui brode », « celle qui sculpte », qui crée des décors, des costumes de théâtre… Tout n’est pas pour autant figé dans le marbre car, plusieurs fois, la propriétaire a refait l’aménagement. Récemment, elle s’est mise au numérique et à apprendre l’anglais.
Divorcée d’un premier mari, maçon, dans les années 1970, Danielle Jacqui s’est construite en femme libre ayant « beaucoup aimé l’amour » : « je n’avais pas de diplôme, pas de métier, et pas vraiment de culture ! », raconte-t-elle, citant volontiers Simone de Beauvoir et Scarlett O’Hara. Entre l’éducation de ses fils, elle a exercé avec passion le métier de brocanteuse jusqu’à un âge avancé et ne cesse de créer chaque jour, même alitée, car « c’est comme une drogue ».
La reconnaissance est venue. À partir de 1973, elle est invitée en résidence et expose en Pennsylvanie, à Baltimore, New York, où son œuvre figure dans les collections de l’American Folk Art Museum. En 2015, la Suisse a accueilli, à la Ferme des tilleuls de Renens, près de Lausanne, un colossal projet constitué de 36 tonnes de céramiques émaillées (ORGANuGAMME) et imaginé à l’origine en 2006 pour décorer la gare d’Aubagne (projet abandonné par la mairie, ill. ci-dessous).
Danielle Jacqui, Projet ORGANuGAMME en juillet 2023
© Mario Del Curto et Danielle Jacqui
Dans les années 1990, elle lance le festival international d’art singulier à Aubagne, elle commence à exposer en Europe et même au Japon. Danielle Jacqui côtoie les représentants de « l’art singulier » qu’elle collectionne et qu’elle prend aujourd’hui soin d’étiqueter soigneusement dans chaque pièce de sa maison, histoire de mieux les identifier quand viendra sa succession.
Intérieur de la chapelle Saint-Sauveur, sur les hauteurs de Draguignan, Var.
© Mario del Curto
« Celle qui peint » est aussi « celle qui écrit », en fait foi le beau livre publié en 2022 par la prestigieuse maison helvète des éditions Noir sur blanc, où l’artiste se raconte joliment par fragments. Enfin, depuis 2019, 150 de ses œuvres, créées entre 1982 et 2005, ont trouvé un salut dans la chapelle Saint-Sauveur, sur les hauteurs de Draguignan, dans le Var [ill. ci-contre].
Danielle Jacqui pense à demain. Ce qu’elle aimerait ? Que sa maison soit un jour inscrite aux monuments historiques, comme le Palais idéal de Ferdinand Cheval ou encore la maison Picassiette de Raymond Isidore à Chartres, et ouvre au public. On se prend à rêver d’un « musée de celle qui peint »…
La Maison de celle qui peint
Renseignements par téléphone au 06 70 33 46 53
12 Chemin Départemental du Pont de l'Étoile • 13360 Roquevaire
À lire
"Le Roman de celle qui peint", par Danielle Jacqui
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