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Musée international d’art naïf – Nice

Anatole Jakovsky, l’ami des avant-gardes devenu grand défenseur de l’art naïf

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Publié le , mis à jour le
Il y a quarante ans exactement, le château Sainte-Hélène à Nice ouvrait les portes de sa vaste collection d’art naïf. Accumulée par Anatole Jakovsky au fil de plusieurs décennies, celle-ci reflète toujours aujourd’hui l’amour de ce critique singulier pour les « peintres de l’éternel dimanche », comme il aimait à les appeler. Récit.
Dimitri Yordanov, Portrait d’Anatole Jakovsky
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Dimitri Yordanov, Portrait d’Anatole Jakovsky, 1968

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Huile sur toile • Coll. Musée international d'art naïf Anatole Jakowsky, Nice • © Ville de Nice / Photo Muriel Anssens

À droite, le portrait d’Anatole Jakovsky peint par Jacqueline Benoit en 1965
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À droite, le portrait d’Anatole Jakovsky peint par Jacqueline Benoit en 1965

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Coll. Musée international d’art naïf Anatole Jakowsky, Nice • © Ville de Nice

Un portrait parmi d’autres : chauve comme un œuf, Anatole Jakovsky (1907–1983) regarde ailleurs, rêveur. Dans ses bras, un gros chat gris, les yeux braqués sur nous. Dans sa main, une pipe – il en avait la passion, raconte Anne Devroye-Stilz, historienne et conservatrice du musée durant plus de trente ans. Sur un fond brun étoilé de fleurs, ce merveilleux portrait de l’artiste naïve Jacqueline Benoit trône dans la première salle de l’exposition « Dont acte », qui réunit pêle-mêle, avec une générosité qui va du sol au plafond, les plus belles pièces de la collection du sympathique bonhomme songeur. Le titre a été piqué à la préface d’Anatole Jakovsky pour le premier catalogue raisonné du musée, établi à l’occasion de son ouverture : « Mais où si ce n’est à Nice, au bord de la baie des Anges, si bien nommée, que les naïfs vilipendés, trahis et incompris pendant si longtemps, trouveront, enfin réunis, le meilleur, le seul havre de grâce qui leur sied, afin d’y répéter, tous en chœur, dans les siècles à venir, ces vers d’Apollinaire qui fleurent bon le mimosa, le romarin et la mer : « Un tout petit oiseau / Sur l’épaule d’ange / Ils chantent la louange / Du gentil Rousseau. » Dont acte. »

Rien ne prédestinait pourtant l’homme à prendre ainsi part à l’aventure de l’art naïf. Né en 1907 à Kichineff en Russie (Chișinău, actuelle capitale de la Moldavie), élevé par sa mère et différents précepteurs, Anatole Jakovsky est le dernier descendant d’une lignée aristocratique. Étudiant en 1930 à l’École polytechnique de Prague, il y rencontre l’écrivain et critique André Salmon, qui l’invite à venir à Paris. Sa mère, horrifiée, l’en empêche fermement… mais meurt peu de temps après, le laissant libre de tout lien. Il arrive ainsi en France un 14 juillet, jour symbolique, mais malheureux : le jeune polytechnicien se fait voler tous ses papiers et les rares souvenirs qu’il possède à la gare de l’Est. Tant pis ! Il n’en sera que plus neuf pour se fondre dans la vie parisienne. Très vite, il rencontre ainsi la folle faune des artistes de Montparnasse, apprend en deux ans à parler un français parfait, et s’emploie à écrire des textes critiques sur les peintres et sculpteurs abstraits qui le passionnent : Jean Arp, Alexander Calder, Robert Delaunay

Thérèse Pouget, « Le Musée International d’Art Naïf » peint peu après son inauguration
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Thérèse Pouget, « Le Musée International d’Art Naïf » peint peu après son inauguration, 1986

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Acrylique sur toile • 60 × 73 cm • Coll. Musée international d’art naïf Anatole Jakowsky, Nice • © Ville de Nice

En 1936, Giorgio de Chirico réalise son portrait, et il sympathise avec Marcel Duchamp.

De Delaunay, il est même très proche, et conçoit avec lui un livre de poèmes illustré de plaques de rhodoïd fluorescent, ce qui en fait le « premier livre en plastique » selon Anne Devroye-Stilz ! C’est aussi grâce à Delaunay qu’il découvre le travail du Douanier Rousseau, dont l’artiste a fait le portrait en 1914 et possède manuscrits, pièces de théâtre et archives. Mais l’heure de l’art naïf n’a pas encore sonné pour Anatole Jakovsky, qui poursuit son exploration de l’art des avant-gardes. En 1936, Giorgio de Chirico réalise son portrait, et il sympathise avec Marcel Duchamp. « Les deux célèbres fumeurs de pipe, dit encore Anne Devroye-Stilz, partageaient ainsi leur passion des jeux d’échec et l’on peut être assuré que les parties devaient être sans merci. » Mais la guerre arrive, coup de tonnerre dans le ciel joyeux des années 1930. Les peintres sont mobilisés, l’art abstrait qualifié de « dégénéré » par l’Allemagne nazie. Anatole Jakovsky ne peut plus consacrer sa vie à la critique…

Jean Fous, Les Puces des Lilas
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Jean Fous, Les Puces des Lilas, 1945

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51 × 73 cm • Coll. Musée international d’art naïf Anatole Jakowsky, Nice • © Ville de Nice / © Adagp, Paris, 2022 / Photo Muriel Anssens

Il change donc de casquette, et se met à traîner aux Puces dans l’idée d’y trouver des ouvrages rares pour les revendre ensuite. « Il achetait alors ce qui n’intéressait personne : les cartes postales, par exemple, dont il constitua dès cette époque une collection inestimable qui permet aujourd’hui de retracer l’histoire de la tour Eiffel, du métro, des bains de mer, de la machine à coudre, etc. » Entre les déballages bordéliques de Montreuil, il rencontre Jean Fous, peintre maladroit qui rappelle à l’œil avisé de Jakovsky le style du Douanier Rousseau. Éblouissement ! C’est désormais décidé, il défendra l’art naïf. De toute façon, la fin de la guerre et l’émergence de New York le lui confirme : l’émulation parisienne de l’entre-deux-guerres est bel et bien terminée. Il multiplie au fil des années 1940 puis 1950 et 1960 les préfaces et les articles, organise des expositions. En plus des œuvres, il entame une collection très spéciale d’objets sans valeur, comme des cannes, des tours Eiffel, ou des robots qu’il présente chez lui face à des éditions originales de Jules Verne, comme deux faces d’une même pièce… Un précurseur des « arts modestes » théorisés par Hervé di Rosa !

Séraphine de Senlis (dite), Corbeille de fleurs
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Séraphine de Senlis (dite), Corbeille de fleurs, Non daté

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Huile sur toile • 47 × 61 cm • Coll. Musée international d’art naïf Anatole Jakowsky, Nice

Il s’intéresse à ses contemporains, il tâche également de faire remonter ses recherches jusqu’au XVIIIe siècle, pour consolider l’histoire de l’art naïf.

Jakovsky, détaille Anne Devroye-Stilz, a voulu « définir l’art naïf comme un état de grâce, donné à certains êtres doués d’une vision intacte, susceptibles de faire rejaillir de leur inconscient créatif les prémices d’une mémoire collective. » Car s’il s’intéresse à ses contemporains, il tâche également de faire remonter ses recherches jusqu’au XVIIIe siècle, pour consolider l’histoire de l’art naïf. Petit à petit, sa mission se fait connaître et les artistes viennent directement à sa rencontre, lui offrent des œuvres, font son portrait. En 1967, il entreprend la rédaction du premier Dictionnaire des peintres naïfs du monde entier. Il a aussi l’idée tenace de mettre en valeur sa collection à travers un musée historique : c’est Nice qui, finalement, hérite du projet, et offre au critique un château de 1860. Il inaugure en 1982 sa collection, et meurt l’année suivante, laissant orphelins les artistes qu’il a largement contribué à rendre célèbres – dont Gaston Chaissac, peintre à la frontière de l’art brut et de l’art naïf, dont il a fait paraître le premier livre.

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Dont acte. 1982 – 2022 : le Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky, quarante ans d’un parcours

Du 5 mars 2022 au 31 décembre 2022

www.nice.fr

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