Guido Reni, David contemplant la tête de Goliath (détail), XVIIe siècle
Huile sur toile • 227 x 145,5 cm
Depuis quelques mois, le peintre italien Guido Reni (1575–1642) ne cesse de faire parler de lui. Après que le David contemplant la tête de Goliath du musée des Beaux-Arts d’Orléans, longtemps pris pour une copie, a été réévalué en 2018 comme étant l’original peint avant celui du Louvre – ce qui a fait l’objet d’une exposition en 2024–2025 –, et que le possible original de son célèbre tableau Atalante et Hippomène a été mis au jour en mars 2025 dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Libourne, voilà qu’un autre David contemplant la tête de Goliath, qui serait lui aussi un original de Reni, vient d’être redécouvert ! Ce trésor a été dévoilé par le cabinet Turquin, qui s’est vu confier l’œuvre pour expertise par ses propriétaires.
Guido Reni, à la tête d’un florissant atelier où s’activaient plus de 200 personnes, peignait souvent plusieurs versions d’un même sujet et de nombreuses copies d’un même tableau, réalisées partiellement ou entièrement par des collaborateurs d’après l’original de sa main. L’artiste a ainsi produit plusieurs David contemplant la tête de Goliath que l’on peut classer en deux groupes : ceux de « typologie La Vrillière », qui représentent la tête de Goliath tournée vers David (comme celui du musée des Beaux-Arts d’Orléans), et ceux de « typologie Créquy », où la tête coupée du géant est tournée vers le bord du cadre (comme celui du musée du Louvre).
Guido Reni, David contemplant la tête de Goliath, XVIIe siècle
Huile sur toile • 227 × 145,5 cm • © Artcurial
De très grand format (227 sur 145,5 cm) et en excellent état de conservation, le tableau redécouvert présente la même typologie que celui du Louvre, et que celui qui fut vendu 2 millions de livres sterling en 1985 après avoir été expertisé lui aussi par le cabinet Turquin, avant d’être réattribué à un collaborateur du maître. La quasi-absence de repentirs (signes d’un processus de réflexion de l’artiste dans l’élaboration d’une composition) révélés lors des analyses radiographiques et infrarouges prouve qu’il ne s’agit pas de la toute première version peinte. Cependant, des repentirs ont bien été retrouvés au niveau des pieds du personnage de David.
Selon l’expert Éric Turquin, cet élément est capital : il signifie que le tableau serait une nouvelle version de la scène remaniée par Guido Reni en personne, « peut-être l’une des dernières versions, et donc la plus aboutie aux yeux de l’artiste ». La toile aurait été peinte presque au même moment que celle du Louvre, issue de la collection de Louis XIV et serait, parce qu’elle lui est presque identique mais ne présente aucun repentir, sa copie peinte peu après. Une œuvre avec laquelle elle ferait doublon dans les collections nationales, ce qui rend impossible toute préemption de l’État.
Peinte vers 1605, l’œuvre redécouverte présente un pedigree solide : elle fut acquise auprès de Guido Reni par le duc de Modène François Ier d’Este (1610–1658) puis par Eugène de Savoie (1663–1736), qui l’exposa dans le palais du Belvédère à Vienne. Elle passa ensuite entre les mains de Charles-Emmanuel III, avant celles du général Pierre-Antoine Dupont de l’Étang (qui participa à la conquête de l’Italie au début du XIXe siècle), puis de ses descendants pendant près de 230 ans.
Estimée entre 2 et 4 millions d’euros, la toile sera présentée à l’hôtel Drouot du 16 au 20 septembre, puis voyagera à New York avant d’être mise en vente le 25 novembre en France par les maisons Artcurial et Millon.
Elle s’ajoute au tableau de chasse bien garni d’Éric Turquin, déjà connu pour avoir participé à plusieurs sorties de l’ombre sensationnelles, de la Sainte Françoise romaine de Nicolas Poussin en 1997 (aujourd’hui conservée au Louvre) au Philosophe lisant de Fragonard, réapparu en 2021, en passant par la controversée Judith décapitant Holopherne de Caravage, dénichée en 2014 dans un grenier après avoir disparu durant 400 ans, et La Dérision du Christ de Cimabue, retrouvée en 2019 dans une cuisine de l’Oise et acquise par le Louvre en 2023.
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