La restauratrice d’art Sophie Jarrosson montre les détails du tableau « Atalante et Hippomène » possiblement du peintre Guido Reni et son atelier lors d’une présentation à la presse à Libourne, 2025
© Christophe Archambault / AFP
C’est une redécouverte exceptionnelle qui vient d’être dévoilée ! Longtemps considérée comme une simple copie du XIXe siècle du tableau Atalante et Hippomène (1615–1618) du peintre baroque italien Guido Reni (1575–1642), une grande toile de deux mètres sur trois, qui dormait depuis des décennies dans les sous-sols du musée des Beaux-Arts de Libourne, en Gironde, a été identifiée comme un original de l’atelier de l’artiste, possiblement de sa main.
L’œuvre pourrait ainsi être antérieure aux trois copies déjà connues, conservées au musée de Capodimonte à Naples (qui l’avait prêtée au Louvre pour une exposition de ses chefs-d’œuvre en 2023–2024), au musée du Prado à Madrid, et chez un collectionneur de Bologne.
Le tableau représente le jeune Hippomène battant à la course sa compagne Atalante grâce à une ruse : il jette sur son chemin des pommes d’or – confiées par la déesse Aphrodite – que la jeune femme s’empresse de ramasser, lui permettant de la devancer.
Guido Reni et son atelier ?, Atalante et Hippomène, XVIIe siècle
Huile sur toile • Coll. musée des Beaux-arts, Libourne • © Christophe Archambault / AFP
D’une beauté saisissante, la composition frappe par le dynamisme et le mouvement des corps qui se détachent sur fond sombre, accentué par des étoffes virevoltantes et par la grâce du corps longiligne d’Hippomène, dont la jambe gauche tendue en diagonale s’aligne avec son buste svelte, à demi mangé par un effet de clair-obscur.
Lorsque la peinture avait été léguée à la ville par la veuve d’un député à la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle était présentée comme une simple copie réalisée au XIXe siècle. Fin 2022, dans les réserves du musée de Libourne, ce tableau jamais exposé attire toutefois l’attention des équipes. En retirant le film protecteur, ils tombent d’abord sur la main gauche d’Atalante, qui tient une pomme d’or. Sa qualité d’exécution, tant au niveau du volume que de la carnation, les interpelle. La restauratrice indépendante Sophie Jarrosson remarque alors que le tissage sergé de la toile est caractéristique non pas du XIXe mais du XVIIe siècle.
« [Les repentirs] sont des choix qu’on ne fait qu’à la création d’une œuvre, pas à la copie. »
Sophie Jarrosson
Après six mois d’analyses menées à Paris de juillet à décembre 2024 par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) – radiographie, réflectographie infrarouge, spectrométrie de fluorescence X… – le verdict tombe : l’œuvre est issue de l’atelier de Guido Reni. En effet, une dizaine de repentirs (signes de changements d’idées dans l’élaboration de la composition) sont identifiés, notamment au niveau de la jambe d’un des personnages. « Ce sont des choix qu’on ne fait qu’à la création d’une œuvre, pas à la copie », explique à l’AFP Sophie Jarrosson, qui a redonné au tableau ses couleurs d’origine par le biais d’un minutieux décrassage et le restaure actuellement devant le public, jusqu’au 15 juin prochain, au sein de la chapelle du Carmel à Libourne.
Guido Reni et son atelier ?, Dévernissage de la toile « Atalante et Hippomène » conservée au musée de Libourne, 2025
© musée des Beaux-Arts, Libourne
Selon une pratique courante à son époque, Guido Reni produisait dans son atelier, avec l’aide de 200 élèves et collaborateurs, de nombreuses versions et copies d’une même œuvre, comme le souligne l’exposition présentée au musée des Beaux-Arts d’Orléans jusqu’au 25 mars et consacrée justement à cette question dans son œuvre. Quid du tableau de Libourne ? Au vu des repentirs mis au jour et de sa qualité, il pourrait bien avoir été peint par le maître lui-même, avant toutes les autres versions connues. L’enquête est encore en cours, « mais tout concourt à dire qu’on a fait une découverte fabuleuse », s’est réjouie auprès de l’AFP la directrice du musée, Caroline Fillon, pour qui « un tel rebondissement n’arrive qu’une seule fois dans une vie ».
Restauration du tableau de Guido Reni ouverte au public
Jusqu'au 15 juin 2025 dans la chapelle du Carmel à Libourne
Plus d’informations sur le site du musée des Beaux-Arts de Libourne
Dans l’atelier de Guido Reni
Du 30 novembre 2024 au 25 mars 2025
Musée des Beaux-Arts d'Orléans • 1 Rue Fernand Rabier • 45000 Orléans
www.orleans-metropole.fr
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