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Faith Ringgold, éclatante figure de l’art afro-américain et de la lutte contre le racisme, est morte

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Faith Ringgold lors de son exposition à la Serpentine Gallery de Londres
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Faith Ringgold lors de son exposition à la Serpentine Gallery de Londres, 2019

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© Guy Bell / REX / SIPA

Le milieu de l’art afro-américain vient de perdre l’une de ses figures les plus flamboyantes et les plus aimées : l’artiste et militante Faith Ringgold (1930–2024) est décédée samedi 13 avril à son domicile d’Englewood (New Jersey) à l’âge de 93 ans. Cette personnalité solaire laisse derrière elle un parcours extraordinaire qui a triomphé de tous les obstacles, ainsi que des œuvres militantes, puissantes et fières, qui auront donné des ailes à plusieurs générations d’artistes confrontés au racisme et au sexisme.

Fille d’une couturière et d’un conducteur de camions à benne, Faith Ringgold (née Faith Willi Jones) voit le jour en 1930 à Harlem, à l’époque où ce quartier populaire de New York est l’épicentre bouillonnant du renouveau de la culture afro-américaine. Confrontée de plein fouet à la ségrégation raciale et au sexisme, elle doit se contenter d’une formation d’enseignante au City College de New York pour devenir professeure d’arts plastiques, la section beaux-arts y étant encore interdite aux femmes.

Faith Ringgold, The American People Series #18, The Flag is Bleeding
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Faith Ringgold, The American People Series #18, The Flag is Bleeding, 1967

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Huile sur toile • 182,9 × 243,8 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington • Courtesy ACA Galleries, New York / ADAGP, Paris, 2024 / © Faith Ringgold

En 1950, elle épouse le pianiste de jazz Robert Earl Wallace, père de ses deux enfants, mais dont elle divorce en 1954 en raison d’une addiction à l’héroïne qui finira par le tuer en 1964. En 1962, elle se remarie avec Burdette Ringgold (1929–2020). Tout en enseignant l’art dans des collèges publics de Harlem et du Bronx, elle se met à créer de vibrants tableaux figuratifs et narratifs aux aplats de couleurs intenses…

Une tradition de ses ancêtres esclaves pour interroger les stéréotypes racistes

Mettant en scène de nombreux personnages, ces derniers mélangent pour certains peinture sur toile ou sur tissu et patchworks de tissus imprimés aux couleurs vives – ses fameux quilts (« courtepointes ») qui reprennent une tradition de ses ancêtres esclaves pour interroger les stéréotypes racistes (notamment la figure de « tante Jemima », mascotte d’une marque de farine à pancakes, un équivalent féminin de « l’oncle Ben’s ») et la place des femmes et des personnes noires dans la société américaine. Ses « American People Series », commencées en 1963, dépeignent les travers sanglants de la société américaine de son époque, gangrenée par le racisme, la violence, les injustices et l’hypocrisie sociales. Mais l’artiste sublime aussi, avec des images positives et fières, ses racines africaines.

Une œuvre prolifique et engagée

Faith Ringgold, Early Works #25: Self-Portrait
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Faith Ringgold, Early Works #25: Self-Portrait, 1965

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Huile sur toile • 127 × 101,6 cm • Coll. Brooklyn Museum, New York • Courtesy ACA Galleries, New York / ADAGP, Paris, 2024 / © Faith Ringgold

Ses œuvres au style graphique et percutant expriment toute sa ferveur de militante engagée dans le mouvement des droits civiques (activisme qu’elle poursuivra plus tard avec Black Lives Matter), ainsi que dans la lutte pour les droits des femmes à travers sa participation à la création du Ad Hoc Committee of Women Artists en 1970. D’une créativité débordante, Faith Ringgold signe également des sculptures, des performances, des installations et des livres pour enfants qui inspirent leurs petits lecteurs en les incitant à se dépasser et poursuivre leurs rêves.

Une exposition au musée Picasso à Paris en 2023

L’artiste a reçu de nombreuses récompenses dont le prix Candace (1984), la bourse Guggenheim (1987), la médaille Caldecott (1992), le Women’s Caucus for Art Lifetime Achievement Award (1994) et la médaille d’or de l’Académie américaine des arts et des lettres (2023). En 2019, le MoMA de New York accrochait l’une de ses œuvres, The American People Series #20: Die (1967), représentant les révoltes raciales aux États-Unis, juste à côté des Demoiselles d’Avignon (1907) de Pablo Picasso, qui figure parmi ses inspirations – Faith Ringgold a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition au musée Picasso à Paris en 2023, qui fut pour beaucoup de Français l’occasion de la découvrir. D’importantes commandes publiques, notamment des mosaïques murales dans le métro de Harlem, représentant des figures comme le boxeur Sugar Ray Robinson ou Malcolm X, ont également marqué la reconnaissance officielle de cette très grande artiste.

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