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Mort prématurément à l’âge de 28 ans, Frédéric Bazille (1841–1870) n’eut pas la possibilité de participer à la première exposition des impressionnistes en 1874. Sans doute, cet ami de Renoir et Monet aurait-il participé à ce mouvement clé du XIXe siècle. Adepte du plein-air, le jeune artiste peint des scènes pleines de vérité qui mettent ses proches au premier plan. Il peint souvent dans la région de Montpellier, dont il est originaire, dans un cadre bourgeois et lumineux. Connu comme un garçon particulièrement aimable et cultivé, Bazille a laissé quelques chefs-d’œuvre prometteurs.
Frédéric Bazille, Autoportrait, 1865–1866
Huile sur toile • 108,9 × 71,1 cm • Institut d’art de Chicago • © Artvee
« De tous les jeunes gens que j’ai connus, Bazille était le plus doué, le plus aimable. » Edmond Maître
Une vocation née à Montpellier
Frédéric Bazille naît dans une riche famille protestante de Montpellier. Son père, propriétaire terrien, y exerça des responsabilités politiques. Très jeune, Frédéric Bazille découvre la peinture des grands maîtres grâce à la collection d’un ami de ses parents. Il décide qu’il sera lui-même artiste, mais s’engage tout de même dans des études de médecine pour ne pas froisser son père.
À Paris, entre enseignement académique et peinture de plein-air
En 1862, Bazille s’installe à Paris. Délaissant la médecine, il entre dans l’atelier du peintre académique Charles Gleyre où il rencontre Monet, Renoir et Sisley. Avec le premier, Bazille part travailler sur le motif dans la forêt de Fontainebleau. Les deux jeunes hommes sont plus attirés par les peintres de Barbizon, adeptes du paysage naturaliste, que par les leçons de Gleyre, qui leur conseille d’idéaliser et de se référencer aux antiques. Tous les deux affectionnent la peinture de plein-air, aiment sortir de l’atelier pour peindre directement dans la nature.
Une amitié fondatrice avec Monet
Monet et Bazille sont des amis très proches. Ils partagent un atelier à Paris, et Bazille pose pour Monet qui conduit alors un grand projet : peindre un Déjeuner sur l’herbe avec des personnages grandeur nature vêtus de costumes contemporains au milieu d’un sous-bois. L’hommage à Manet est à peine voilé.
De grands portraits de famille
Retournant à Montpellier voir ses parents, Bazille en profite pour séjourner sans la propriété familiale de Méric. C’est là qu’il réalise quelques grandes toiles, d’ambitieux portraits familiaux. De retour à Paris, il partage cette fois-ci son atelier avec Monet et Renoir. L’ambiance est joyeuse, et Bazille – le plus fortuné des trois – aide ses compagnons en leur achetant des toiles. De plus, Bazille est un garçon cultivé, qui apprécie grandement la musique, le théâtre et l’opéra. Les trois amis artistes espèrent exposer au Salon, et leurs tableaux sont parfois reçus, parfois refusés. Ils incarnent l’école nouvelle.
Un engagement fatal dans la guerre franco-prussienne
La guerre franco-prussienne suscite chez les nouveaux peintres un élan patriotique. Bazille, fervent républicain, s’engage dans l’armée, contre l’avis de ses parents, lorsque les troupes prussiennes envahissent la France. Il meurt cette année-là, en novembre 1870, sur le champ de bataille de Beaune-la-Rolande, en essayant de protéger des femmes et des enfants.
Sa mort, un choc pour les impressionnistes
Sa mort à l’âge de 28 ans est un choc pour tous ses amis. L’artiste n’aura peint au cours de sa courte carrière qu’environ 70 œuvres.
Frédéric Bazille, La Robe rose, 1864
Huile sur toile • 147 × 110 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Artvee
La Robe rose, 1864
La cousine du peintre a posé pour ce portrait qui la représente de dos, dans la propriété familiale de Méric, regardant vers le village de Castelnau-le-Lez. Comme Monet, Bazille s’intéresse à la problématique de l’insertion de personnages dans des scènes paysagères. Ici, il y parvient remarquablement, créant une connivence entre le calme de la jeune fille et la sérénité du paysage qu’elle domine. Les arbres, autour d’elle, forment comme un écrin protecteur qui mettent en valeur la qualité de la lumière.
Frédéric Bazille, Réunion de famille, 1867
Huile sur toile • 152 × 230 cm • Musée d’Orsay, Paris • © Wikimedia Commons
Réunion de famille, 1867
Tel une photographie de famille, ce grand tableau est peint par Bazille dans la propriété familiale de Méric. Ses proches tournent leur regard vers l’artiste, posant avec une certaine solennité. Bazille se représente lui-même à gauche de la scène. Il est facilement identifiable en raison de sa haute taille. Ce grand portrait de famille est à l’image de la bourgeoisie dont Bazille est issu. Les robes des femmes apportent une touche de gaieté, et l’artiste joue une nouvelle fois du contraste entre les arbres sombres et la puissante lumière du Midi. L’œuvre est exposée au Salon de 1868 où Zola l’admire.
Frédéric Bazille, Le Pêcheur à l’épervier, 1868
Huile sur toile • 134 × 83 cm • Musée d’Art contemporain de Rolandseck • © Wikimedia Commons
Le Pêcheur à l’épervier, 1868
Le Pêcheur à l’épervier représente un nu puissamment réaliste, viril, dans un univers de plein air. Il s’agit d’une scène de pêche au filet, telle qu’on la pratiquait dans la région de Montpellier. Le personnage principal est de dos, exhibant un fessier d’acier. Certes, les attributs sexuels ne sont pas visibles pour le spectateur mais ils le sont sans aucun doute pour le second personnage masculin assis dans l’herbe, occupé à retirer ses chaussettes, comme s’il s’apprêtait à se baigner. Cette scène de pêche entre hommes nus, dans une nature idyllique, suggère l’expression d’un certain homo-érotisme. L’œuvre fut refusée au Salon de 1869 pour cause d’indécence.
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