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LE TOPO

George Grosz en 2 minutes

En bref

Peintre majeur de l’avant-garde allemande, très marqué par la Grande Guerre, George Grosz (1893–1959) est un homme atypique. Proche de l’esprit Dada, caricaturiste (et grand dessinateur), peintre, pamphlétaire, Grosz ne craint pas de choquer… quitte à affronter la justice. Volontiers cynique, l’artiste est aussi profondément réaliste quant à la brutalité du XXe siècle. C’est à ce titre qu’il appartient au courant de la Nouvelle Objectivité, qui réunit Max Beckmann ou Otto Dix.

Portrait de George Grosz dans son atelier
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Portrait de George Grosz dans son atelier, années 1920

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© Alamy / Hemis / World History Archive © Succession de George Grosz, ADAGP 2023, Paris

Il a dit

« Je veux tenir le miroir devant la gueule de mes contemporains pour qu’ils y voient leur grimace. »

Sa vie

Un dessinateur prodige

Né à Berlin, le jeune Georg Ehrenfried Groß montre très jeune des prédispositions pour le dessin. Il entre à l’Académie de Dresde et suit des cours jusqu’en 1912. Il se décrit, à cette époque, comme romantique et idéaliste. Une bourse lui permet de retourner à Berlin continuer ses études dans le domaine de l’illustration.

Un pacifiste mobilisé pendant la Grande Guerre

En 1914, la Grande Guerre éclate et le jeune homme de 21 ans est mobilisé. Ouvertement pacifiste, et esprit déjà frondeur, Grosz américanise son nom pour marquer son rejet de l’Allemagne militariste en 1916. Il ne voit jamais le front, ayant été déclaré inapte après une infection au sinus. Il est définitivement réformé en 1917.

Un style « tranchant comme un couteau » qui fait scandale

Grosz produit intensément pendant les années de la guerre, notamment des dessins à la plume d’un style vif et enlevé. L’artiste adopte une « dureté grotesque », s’inspire des dessins d’enfant, se construit un style « tranchant comme un couteau ». Il fait paraître plusieurs recueils satiriques sujets au scandale.

La première foire internationale Dada

Proche des communistes, finissant par énerver le pouvoir, Grosz a l’interdiction de diffuser ses dessins, et encaisse un procès. Il s’en prend particulièrement à la figure de la bourgeoisie, celle justement qui soutient la guerre. Néanmoins, il continue son activisme et participe à la première foire internationale Dada, à Berlin, en 1920.

Un monde malade et fou croqué sans fard

Grosz adopte pour modèles des artistes tels que Goya et Daumier. Il cherche la contradiction, observe et peint un monde qu’il estime malade et fou. Aucun sujet délicat ou polémique ne lui échappe : les invalides de guerre laissés pour compte, les prostituées avachies, les profiteurs de guerre, les industriels ventrus ou les gros financiers. Il peint des types qui n’ont rien d’idéal. La sexualité joue un rôle important dans son œuvre, mais les corps sont généralement ravagés par le lucre et la débauche.

Enseignant aux États-Unis

Grosz a toujours idéalisé les États-Unis, qu’il considère comme le pays de la liberté. En 1932, il part pour New York et y séjourne durablement jusqu’en 1955, enseignant l’art auprès d’étudiants. Il obtient d’ailleurs la citoyenneté américaine en 1938.

Chute et mort à Berlin

En 1959, l’artiste revient à Berlin et s’éteint quelques mois plus tard, victime d’une chute dans les escaliers sous l’emprise de l’alcool.

Ses œuvres clés

George Grosz, Metropolis
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George Grosz, Metropolis, 1916

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Huile sur toile • 100 × 102 cm • Coll. Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid • © Succession de George Grosz, ADAGP 2023, Paris

Metropolis, 1916

Rougissante est la ville, comme aux prises d’un incendie imaginaire qui est aussi une métaphore du cataclysme de la Grande Guerre. Dans cette vision anxiogène de Berlin, Grosz représente une foule malade, pressée, fuyante, hostile. La composition, aux accents futuristes, montre à la fois la modernité de la ville et sa nature machiniste, quasi inhumaine.

George Grosz, Suicide
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George Grosz, Suicide, 1916

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Huile sur toile • 100 × 75 cm • Coll. Tate Britain, Londres • © Succession de George Grosz, ADAGP 2023, Paris / Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / Tate Photography

Suicide, 1916

Exprimant sa haine, sa désillusion face à la société de son temps, Grosz livre une vision sinistre de la nuit berlinoise. Sous une lumière rouge foncé, qui renvoie au crime, à la mort, à la débauche, le peintre représente un suicidé abandonné sous le regard indifférent d’une prostituée grotesque, de chiens errants, de passants sans âme. Chaque être semble enfermé dans une solitude sans borne, qui confine à l’inhumanité.

George Grosz, Les Piliers de la société
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George Grosz, Les Piliers de la société, 1926

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Huile sur toile • 200 × 108 cm • Coll. Staatliche Museum, Berlin • © Succession de George Grosz, ADAGP 2023, Paris © Staatliche Museum Zu Berlin

Les Piliers de la société, 1926

Satire habituelle sous le pinceau de Grosz, les puissants apparaissent comme les fossoyeurs de la société. Encourageant le nazisme, ils semblent creuser la propre tombe de l’Allemagne. Qu’il s’agisse de l’Église ou du monde des affaires, aucun homme de pouvoir n’est épargné. Grâce à ses talents de caricaturiste, Grosz souligne leur absurdité, leur monstruosité, leur folie, leur laideur intérieure comme extérieure.

Par • le 31 juillet 2023

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