Peintre allemand d’envergure internationale, Gerhard Richter a réaffirmé à partir des années 1960 la place de la peinture au sein d’un art contemporain de plus en plus protéiforme. Figuratif autant qu’abstrait, l’artiste fait fi des dogmes esthétiques et revendique une totale liberté. De son enfance et son adolescence marquées par la Seconde Guerre mondiale et le climat régnant en Allemagne de l’Est, Richter interroge l’histoire du XXe siècle, sa mémoire, ses bourreaux et ses victimes, sans imposer de parti pris idéologique. Il est notamment célèbre pour ses photos-peintures, des toiles réalisées d’après des photographies.
Gerhard Richter dans son atelier en 1972
© Gerhard Richter
« Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. J’aime l’incertitude, l’infini et l’insécurité permanente. »
Gerhard Richter est né à Dresde en 1932, d’un père enseignant et d’une mère libraire, qui transmet à son fils sa passion pour le piano et la lecture. La famille quitte Dresde en 1935 et se trouve relativement à l’abri pendant la Seconde Guerre mondiale. Le père, toutefois, est incorporé dans l’armée allemande puis fait prisonnier par les Américains. Ses deux oncles sont tués au combat. Sa tante, quant à elle, a été assassinée par les nazis dans le cadre de leur campagne d’euthanasie des malades.
Au début des années 1950, Gerhard Richter revient à Dresde et y mène des études artistiques. À l’Académie des beaux-arts, il apprend le réalisme socialiste et à héroïser les travailleurs communistes. Mais le climat de l’Allemagne de l’Est est étouffant. En 1961, ayant découvert les mouvements d’avant-garde, il passe à l’Ouest et s’inscrit à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf. Richter noue des amitiés avec Sigmar Polke et Georg Baselitz. Dans les années 1960, il peint des œuvres inspirées de photographies qui connaissent un succès immédiat. Ses sujets ne sont pas neutres : portraits d’intellectuels, de victimes de tueurs en série, de terroristes… Richter ne se tient jamais loin de l’histoire. L’artiste renonce à tout dogme et s’autorise à peindre de manière plus abstraite.
Dans les années 1970, Richter se tourne vers l’abstraction géométrique et lyrique. Ses grilles colorées cohabitent avec des monochromes ou des toiles mettant en exergue la gestualité du peintre. Liberté, gestuelle et géométrie ne sont pas antinomiques et peuvent trouver à coexister à l’intérieur d’une œuvre. Durant cette décennie, comme dans les années 1980, Richter ne délaisse pas pour autant l’art figuratif, le retour aux grands maîtres et les rapports entre peinture et image mécanique. Lui-même photographie et peint parfois directement sur ses prises de vue. Il fait également photographier ses œuvres emblématiques et les publie sous forme d’éditions.
En 1997, Richter est honoré d’un Lion d’or lors de la Biennale de Venise. En 2007, il réalise un grand vitrail pour la cathédrale de Cologne. En ce début du XXIe siècle, Richter s’intéresse aussi à l’image numérique, générant des compostions par ordinateur ou travaillant à des impressions numériques de certaines de ses œuvres abstraites.
Gerhard Richter, Uncle Rudi, 1965
Huile sur toile • 87 × 50 cm • Coll. Lidice Gallery • © Gerhard Richter
Réalisé d’après une photographie familiale, ce tableau peint dans les tonalités d’un cliché en noir et blanc met en scène un oncle de Richter, officier de la Wehrmacht, souriant. Rien ne le désigne comme un monstre mais rien ne vient non plus tempérer cette impression angoissante que laisse l’image floue, comme la réminiscence d’un souvenir, entre rêve et cauchemar. Dans le contexte d’une Allemagne déchirée, humiliée, divisée, honteuse de son histoire, de nombreux artistes allemands tels que Richter ont exploré d’une façon nouvelle, introspective, la mémoire de ce passé nazi.
Gerhard Richter, 1024 Farben (350–3), 1973
Laque sur toile • 254 × 478 cm • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © Gerhard Richter
Immense nuancier rectangulaire, cette œuvre spectaculaire de Richter interroge le système des couleurs. L’artiste est parti des trois couleurs élémentaires, ainsi que du gris, pour composer des teintes plus complexes et subtiles. Leur variété ouvre le regard du spectateur sur les principes du hasard et de l’infini. En effet, à la différence d’un nuancier classique, les couleurs sont réparties ici de manière aléatoire. La beauté de l’œuvre n’est pas attachée à son sens ou sa signification mais à la seule présence.
Gerhard Richter, Betty, 1988
Huile sur toile • 102 × 72 cm • Coll. Saint-Louis Art Museum • © Gerhard Richter
Le gracieux portrait de Betty est révélateur du jeu entre photographie et peinture au cœur de la démarche picturale de Richter. À la différence d’un portrait classique, le modèle tourne la tête au spectateur. Son visage échappe à notre regard. La chevelure, les textiles et les motifs sont figurés avec une précision illusionniste. Betty est proche et lointaine, inaccessible. Son portrait est à la fois mélancolique et mystérieux.
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