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Ami de Pablo Picasso, Juan Gris (1887 – 1927) était un Espagnol de l’école de Paris. Adepte du cubisme, c’est l’un des peintres préférés du marchand Daniel-Henry Kahnweiler. À la différence de Picasso, son œuvre n’a pas évolué en dehors du cubisme, qu’il a élevé à un haut degré de classicisme, à l’instar de Georges Braque. Le thème des natures mortes a eu sa préférence sur les autres sujets.
Georges Duthuit, Juan Gris, 1926
© akg-images
« Le style n’est que le parfait équilibre entre l’esthétique et la technique. »
Né à Madrid, Juan Gris s’installe à Paris en 1906 après avoir mené des études de dessinateur industriel. Il intègre tout de suite le milieu de la bohème de Montmartre et s’installe au Bateau-Lavoir. Il est l’ami de Fernand Léger, de Braque et surtout de Picasso, son compatriote espagnol qui représente pour lui un mentor (et parfois un rival). Dès 1910, il devient l’un des adeptes du cubisme.
Gris a régulièrement contribué à l’illustration de presse dans des journaux tels que Le Cri de Paris et L’Assiette au beurre qui ménagent une place importante aux caricaturistes et dessinateurs.
Sa vie a été de courte durée, ce qui explique peut-être que son œuvre ait peu évolué en dehors du cubisme qu’il aborde d’abord dans l’esprit analytique puis synthétique, suivant les deux meneurs du mouvement, Picasso et Braque. Il participe au Salon des Indépendants et au Salon de la Section d’Or qui réunit des peintres cubistes.
Tout comme Picasso, Juan Gris échappe à la Grande Guerre car il est espagnol, donc de nationalité neutre. Il s’installe dans les Pyrénées puis en Touraine, dans la région natale de sa femme. Le marchand d’origine allemande Kahnweiler, qui le soutient, étant réfugié en Suisse pendant la guerre, l’artiste se tourne vers le marchand Léonce Rosenberg.
Peintre théoricien, travailleur acharné, Juan Gris est empêché par ses problèmes de santé. Souffrant de troubles pulmonaires, il décède en 1927, à l’âge de 40 ans.
Juan Gris, Le Livre, 1911
Huile sur toile • 55 × 46 cm • Coll. centre Pompidou, MNAM, Paris • © RMN-GP
Le Livre, 1911
Au Bateau-Lavoir où il habite, Juan Gris est plongé au cœur du cubisme. Proche de Picasso, il adopte cette manière et réalise ses premières toiles dès 1910. Cette nature morte classique, peinte dans des tons restreints et sourds, représente des objets du quotidien. L’artiste montre qu’il a bien compris la leçon de Paul Cézanne et se distingue de ses camarades par la méticulosité de son travail pictural. Kahnweiler appréciait particulièrement la modestie et la simplicité du cubisme de Gris.
Juan Gris, La Guitare, 1913
Huile sur toile • 61 × 50 cm • Coll. centre Pompidou, MNAM, Paris • © RMN-GP
La Guitare, 1913
Tout comme Braque et Picasso, Gris a fait usage de la technique des papiers collés, intégrant dans ses toiles cubistes des morceaux empruntés au réel. Le thème de la nature morte était son sujet de prédilection. Ici, il représente de manière frontale une guitare fragmentée – les instruments de musique sont fréquents dans l’iconographie cubiste – dans un espace clos, peut-être un intérieur. Gris a intégré à sa composition une gravure collée qui donne à cette œuvre cubiste une dimension romantique.
Juan Gris, Arlequin assis à la guitare, 1919
Huile sur toile • 116 × 89 cm • Coll. centre Pompidou, MNAM, Paris • © akg-images
Arlequin assis à la guitare, 1919
Cubiste mais classique, cette œuvre participe au mouvement du rappel à l’ordre. Après la Grande Guerre, les modernes aiment revenir vers les sources classiques et les maîtres anciens. Gris compose ici sur un thème cher à Picasso, celui des arlequins, emprunté au monde de la commedia dell’arte. L’artiste cultive un style cubiste dit synthétique, revenu vers une palette moins austère, un synthétisme formel, une architecture solide et puissante qui relègue au second plan la dimension narrative de son sujet.
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