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S’il ne se revendique pas comme un peintre surréaliste, Paul Delvaux est communément rattaché à ce mouvement. Admirateur de Giorgio de Chirico, ami de René Magritte, le peintre belge explore le monde mystérieux des rêves, des apparitions, de l’imaginaire de l’enfance et du rapport amoureux. La femme, obsédante, séduisante et insaisissable, est un motif récurrent dans son œuvre. S’agit-il de tableaux à clés, de rébus, d’énigmes à déchiffrer ? Selon Delvaux, son univers n’appelle pas une lecture symbolique mais purement poétique.
Paul Delvaux dans son atelier à Bruxelles (à l’arrière plan, la peinture « L’Acropole »), 1967
© Daniel Frasnay / akg-images
« Le récit que le tableau peut suggérer n’a pas véritablement d’intérêt. Seule compte pour moi la fixation de l’image sur la toile. »
Enfance et formation en Belgique
Paul Delvaux est né à Antheit le 23 septembre 1897. Son père est avocat à la cour d’appel de Bruxelles. L’enfance de l’artiste se déroule dans un milieu bourgeois, au côté d’une mère particulièrement protectrice. Déjà, le jeune garçon est fasciné par le monde fantastique de Jules Verne. En 1917, Delvaux débute des études d’architecture à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Mais en 1919, il se tourne vers la peinture et étudie sous la direction de Constant Montald, spécialiste de peinture monumentale, puis du peintre symboliste Jean Delville. Delvaux est d’abord marqué par les tendances postimpressionnistes et expressionnistes qui ont cours en Belgique (Constant Permeke, James Ensor).
Rencontre avec le surréalisme
En 1929, Paul Delvaux est marqué par sa visite, à la foire de Bruxelles, de la baraque du musée Spitzner, spécialisé dans les curiosités anatomiques. En 1934, nouveau choc : il découvre le surréalisme lors de l’exposition « Minotaure » organisée à Bruxelles, et plus particulièrement les œuvres mélancoliques de Giorgio de Chirico. Il se rapproche aussi de René Magritte, et expose à ses côtés en 1936. En 1938, Delvaux participe à l’Exposition internationale du surréalisme organisée par André Breton et Paul Éluard à Paris. À la fin des années 1930, le peintre voyage en Italie.
Delvaux et le décor
Après la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle il refuse d’exposer, Paul Delvaux est nommé professeur de peinture monumentale à l’École nationale supérieure des arts visuels de Bruxelles en 1950. À cette époque, il se passionne pour le thème des trains, des gares, de la forêt. Depuis quelques années, il se voit en effet confier des commandes pour le théâtre, mais aussi pour des lieux publics (par exemple la salle de jeux du Casino-Kursaal d’Ostende) voire la station du métro bruxellois « Bourse » en 1978.
Une réception mitigée
Considérée comme à connotation érotique (l’artiste aimant mettre en scène des femmes nues, des courtisanes), l’œuvre de Delvaux est parfois jugée subversive. En 1962, une rétrospective consacrée à son travail par le Stedelijk Museum voor Schone Kunsten d’Ostende est interdite aux mineurs. Les femmes qu’il peint ne sont toutefois pas systématiquement nues ; elles portent souvent des vêtements à la mode du début du XXe siècle dans des intérieurs ou des lieux qui évoquent le passé. D’une manière générale, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, Delvaux confère à ses personnages une position d’objets, ce qu’il admet bien volontiers.
Le musée Delvaux et mort de l’artiste
Reconnu mondialement dans les années 1960, Delvaux est honoré par de grandes expositions internationales (Tokyo, Bruxelles, São Paulo…). Il concrétise même un rêve : la création d’un musée à son nom, ouvert à Saint-Idesbald en 1982. Après la mort de son épouse en 1989, Delvaux cesse de peindre et décède chez lui, à Furnes, en 1994.
Paul Delvaux, Les Nœuds roses, 1937
Huile sur toile • 121,5 × 160 cm • Coll. musée royal des Beaux-Arts, Anvers • © Fondation Paul Delvaux, Bruxelles, Belgique / ADAGP, Paris 2024 / Photo Rik Klein Gotink, Royal Museum of Fine Arts Antwerp – Collection Flemish Community (domaine public))
Les Nœuds roses, 1937
Dans un décor nocturne, une ville imaginaire faite de palais anciens et de ruines sur fond de grands terrils, des femmes nues et mystérieuses se déplacent. Un squelette apparaît sous l’arcade de la galerie du palais italien tandis que deux courtisanes, thème cher à Delvaux, occupent le devant de la scène. L’une de ces belles de nuit se tient à l’image d’une statue, souveraine, aussi immobile qu’un simulacre, tel un fantasme.
Paul Delvaux, Les Phases de la Lune I, 1939
Huile sur toile • 139,5 × 160 cm • Coll. MoMa, New York • © Fondation Paul Delvaux, Bruxelles, Belgique / ADAGP, Paris 2024 / © Scala
Les Phases de la Lune I, 1939
À l’arrière-plan, un jeune flûtiste conduit un cortège de femmes nues qui semblent venir des montagnes. Devant cette procession se tient une bâtisse et plusieurs personnages : deux savants et une courtisane. Entre eux, une caisse de bois sert de socle à un vestige de météorite. Comme d’habitude chez Delvaux, les personnages semblent s’ignorer et ne pas tenir compte de leur environnement. L’un des professeurs, qui ressemble un peu au peintre, examine un éclat de pierre. Ces hommes sont indifférents à la pose tout en séduction de la courtisane. Delvaux semble ici exprimer le thème des passions juxtaposées (la science, la femme nue, la nature).
Paul Delvaux, La Vénus endormie, 1944
Huile sur toile • 173 × 199 cm • Coll. Tate, Londres • © Fondation Paul Delvaux, Bruxelles, Belgique / ADAGP, Paris 2024 / © GrandPalais Rmn
La Vénus endormie, 1944
Dans un paysage nocturne imaginaire, Delvaux convoque des temples antiques et l’entrée du Cirque de Bruxelles. Autour d’une femme couchée sur un lit doré, plusieurs femmes s’appellent et se répondent. Ce tableau fut peint par Delvaux pendant les bombardements de Bruxelles en 1944, situation mortifère évoquée ici par le squelette. L’artiste convie tout à la fois la mort, le mystère, l’antique et l’érotisme dans cette scène. Bien que surchargé, ce monde fantastique semble vide et silencieux.
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