Considéré comme le père de l’affiche artistique moderne, Jules Chéret est un pionnier de l’art lithographique en grand format. Son style libre et séduisant, sa prodigalité lui ont valu le surnom de « Tiepolo des boulevards » et de « Watteau des carrefours ». À la Belle Époque, les affiches publicitaires de Chéret couvrent les murs de la ville de couleurs vibrantes. Vantant des spectacles, des produits cosmétiques ou pharmaceutiques, elles mettent généralement en scène une « chérette », stéréotype de la Parisienne légère, élégante et éternellement jeune. En réalisant plus d’un millier d’affiches au cours de sa carrière, Jules Chéret a ouvert la voie à l’âge d’or de l’affiche illustrée en couleurs entre les années 1870 et 1900. Son influence est immense sur les artistes de son temps, tels que Henri de Toulouse-Lautrec, Georges Seurat, Pierre Bonnard ou Édouard Vuillard.
Nadar, Jules Chéret, 1910
CC0 BnF, Paris
« Du jour où j’ai eu l’idée de faire de l’affiche, c’est en couleurs que je la voyais. Ce devait être un appel, un coup de clairon, une joie pour l’œil. »
Fils d’ouvriers parisiens très modestes, Jules Chéret débute sa carrière comme ouvrier lithographe, suivant les traces de son père. Simple apprenti, le jeune homme travaille dans une maison d’imageries religieuses et fréquente les cours du soir de la Petite École, future École des arts décoratifs. Le dimanche, il réserve ses promenades au Louvre. Chéret connaît ainsi la pauvreté avant d’entamer une carrière prolifique d’artiste.
Après avoir réalisé ses premières affiches, dont une remarquée pour une opérette d’Offenbach, Jules Chéret s’installe à Londres à la fin des années 1850. Il demeure sept ans dans cette capitale à la pointe de la modernité. Ami d’un chimiste, il se familiarise avec les procédés de fabrication industrielle de la lithographie en couleurs. Le jeune homme visite aussi avec passion les musées, admirant William Turner et John Constable, et commence à construire son réseau.
De retour à Paris, et grâce à l’acquisition d’une imprimerie lithographique financée par un mécène, Chéret ouvre son propre atelier en 1866. Il commence à produire des images en grand format qui deviendront les premières affiches publicitaires illustrées. Loin d’être purement commerciales, elles sont également des œuvres d’art. Chéret est un brillant dessinateur et un grand technicien. Ses affiches mettent généralement en scène des femmes aériennes, modernes Colombines aux attitudes vives, que l’époque a qualifiées de « chérettes ». Grand coloriste, ses sources d’inspiration sont principalement les estampes japonaises mais aussi les grands maîtres de la peinture, tels que Antoine Watteau.
Peintre, pastelliste et décorateur dans le même temps, Jules Chéret réalise des décors peints pour des intérieurs de commanditaires fortunés mais répond aussi à la commande publique. De 1893 à 1920, il travaille ainsi pour l’hôtel de ville de Paris et pour la préfecture de Nice. Il livre également des modèles peints pour des objets d’arts décoratifs, des tapisseries, trouvant le soutien de mécènes puissants, à l’instar du baron Vitta.
À partir de 1889, Chéret est comblé d’honneurs. Médaillé lors des Expositions universelles, il est élevé au plus haut grade de la Légion d’honneur en 1926. Installé durant ses dernières années à Nice, sur les bords si lumineux de la Méditerranée, Chéret est frappé cruellement par la cécité. Il s’éteint à l’âge de 96 ans. En hommage à ce talent si singulier, le musée des Beaux-Arts de Nice porte son nom.
Jules Chéret, Orphée aux enfers, 1874
Lithographie • 121 × 85 cm • CC0 BnF, Paris
Réalisée juste avant son départ pour Londres, cette affiche vante une opérette d’Offenbach, satire du mythe antique d’Orphée dont la première représentation a lieu au théâtre des Bouffes-Parisiens en 1858. La composition, assez complexe, n’a pas encore la lisibilité, l’éclat et l’efficacité des affiches des années 1900. Celle-ci constitue néanmoins le premier succès de Chéret dans le domaine de l’affiche.
Jules Chéret, Folies-Bergères, La Loïe Fuller, 1893
Lithographie • 124,2 × 87,2 cm • Coll. Musée Carnavalet, Histoire de Paris • CC0 Paris Musées Collection
Égérie de la Belle Époque, la danseuse Loïe Fuller a posé pour Chéret qui lui vouait une grande admiration. Il la magnifie dans cette affiche destinée à promouvoir son spectacle aux Folies Bergère, célèbre salle parisienne. Chéret l’immortalise exécutant sa « danse serpentine », tourbillonnant dans ses voiles. Presque transparents, ils laissent deviner son corps libre et sensuel. Le jaune, symbole de l’énergie et de la joie, est une couleur fétiche dans les œuvres de Chéret. Elle a contribué au succès de ses affiches.
Jules Chéret, Saxoléine, 1894
Lithographie • 59,6 × 41,3 cm • Coll. Musée Carnavalet, Histoire de Paris • CC0 Paris Musées Collection
Chéret met son talent au service de la promotion de produits commerciaux qui incarnent la modernité. La Saxoléine est en effet une huile de pétrole destinée à l’éclairage des intérieurs. Vêtue de jaune, la « chérette » – cette Parisienne tout en légèreté, en élégance et en décolleté – incarne une véritable fée de la lumière, apportant avec elle joie et chaleur.
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