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L’objectivité est-elle possible ? C’est la question que pose la straight photography, ou photographie pure, mouvement émergeant aux États-Unis dans les années 1910 et dont l’influence se ressent jusque dans les années 1970. Paul Strand et Alfred Stieglitz (dans la dernière partie de sa carrière) en sont les visages les plus connus. Les images ambitionnent d’être directes, riches en détails, et sans manipulation. Il s’agit également de montrer que l’appareil photographique est le médium le plus sûr pour représenter d’une manière franche la réalité.
Une réponse au pictorialisme
Né en réaction au pictorialisme, le courant de la photographie pure prend ses racines aux États-Unis. Après avoir été adepte de la première manière, Alfred Stieglitz s’en détourne vers 1910 pour représenter la réalité d’une manière descriptive, presque documentaire. Son œuvre, telle The Steerage (1907), est ainsi considérée comme l’un des emblèmes de cette nouvelle sensibilité. Stieglitz parla d’un véritable revirement dans son processus créatif, d’une prise de conscience spontanée. Il ne voulait plus interpréter, cultiver une esthétique picturale, mais représenter et décrire le réel.
Le regard de Paul Strand
Si Stieglitz incarne les débuts de la photographie pure, Paul Strand personnalise son évolution. Cet ami de Stieglitz développe une approche plus sociétale et une esthétique plus graphique. Selon lui, le monde est un vivier toujours ouvert de sujets. Il lui suffit de franchir le pas de sa porte. Ses sujets sont souvent ordinaires, mais prennent une connotation politique et sociale lorsque Strand documente la vie des oubliés de la société. La photographie engage ainsi le spectateur, l’implique en quelque sorte dans le sujet.
Le quotidien comme inspiration
D’autres photographes américains recourant à cette conception se sont rendus célèbres, tels Ansel Adams, Edward Weston, Berenice Abbott. La plupart vivent sur la côte ouest des États-Unis, à l’exemple d’Adams qui consacre son œuvre aux grande espaces naturels. Ce dernier est l’un des fondateurs du groupe f/64 (nom qui renvoie à la plus petite ouverture sur un objectif de chambre photographique de grand format) qui fédère plusieurs photographes de San Francisco. Les acteurs de la photographie pure recherchent souvent une grande profondeur de champ. Selon eux, les limites d’une image ne sont dictées que par les contraintes même du matériel photographique. Les sujets sont généralement liés à la ville, à la nature, aux objets banals du quotidien.
Des résonances en Europe
Le courant de la photographie pure est contemporain d’autres mouvements qui prônent également un regard objectif et fonctionnaliste, tels que la Nouvelle Objectivité ou le Bauhaus en Allemagne. En France, certains photographes partagent aussi cette vision d’une pratique radicale, honnête et sans trucage du médium, à l’image d’Emmanuel Sougez dans les années 1930. Selon lui, « la photographie est le plus puissant et le plus sincère des moyens d’expression graphique. »
Paul Strand, Central Park, New York, 1915
Impression platine • 25,8 × 32,6 cm • MoMA • © Aperture Foundation Inc., Archives de Paul Strand / Don de l’artiste
Paul Strand, Central Park, New York, 1915
« Brutalement direct ». C’est ainsi qu’Alfred Stieglitz qualifie le style, l’œil, de son ami Paul Strand. Sans astuce, ni manipulation, Strand considère que l’image doit être nette et honnête. Le photographe prend généralement pour modèles des anonymes, qu’il saisit sans qu’ils le sachent. L’architecture joue également un grand rôle dans son travail. Les formes montrent souvent une forme d’oppression qu’exerce la ville sur les individus, et ses images se singularisent par des compositions graphiques d’une grande pureté.
Alfred Stieglitz, Pommes et pignon, Lac George, 1922
Épreuve à la gélatine argentique • 11,5 × 9,2 cm • MoMA département photographie • © 2023 Estate of Alfred Stieglitz / ADAGP, New York / Don anonyme
Alfred Stieglitz, Pignon et pommes, 1922
Après avoir défendu le pictorialisme, Alfred Stieglitz embrasse une esthétique totalement différente à partir des années 1910. Le photographe ne recadre plus ses images, redécouvre la nature et la ville. Il est attiré par la dimension géométrique et graphique des motifs, que ce soient des gratte-ciels, des maisons, des arbres ou des fruits. Ses clichés présentent une dimension iconique, brute et intellectuelle. Stieglitz est par ailleurs un homme très influent, galeriste et éditeur, qui fédère autour de lui de nombreux acteurs de l’art moderne.
Edward Weston, Poivron n.30, 1930
Épreuve à la gélatine argentique • 24 × 19 cm • MoMA département photographie • © Center for Creative Photography, Arizona Board of Regents / ADAGP, New York
Edward Weston, Poivron n°30, 1930
Photographe californien, Edward Weston réalise des images nettes et austères ayant pour sujet des paysages de l’ouest américain, mais aussi des nus, des coquillages, des légumes… Ses clichés, très purs et radicaux, frisent souvent l’abstraction formelle. Weston cultive un culte pour la précision des détails, à tel point que son style est parfois qualifié de précisionniste. Il cherche, selon ses propres mots, à « rendre le banal inhabituel ».
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