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René Lalique est à la fois un bijoutier d’avant-garde au temps de l’Art nouveau, puis un grand maître du verre durant l’entre-deux-guerres. Innovateur, très inventif, Lalique s’est progressivement tourné vers des techniques de production en série afin de rendre la beauté accessible au plus grand nombre. Doté d’un indéniable sens du commerce, il triomphe à l’exposition universelle de 1900, à l’exposition des arts décoratifs de 1925, orne les paquebots transatlantiques de ses créations dans le domaine de l’éclairage et œuvre pour les puissants du monde entier. À la différence d’Émile Gallé, qui a travaillé l’opacité du verre, Lalique lui a restitué sa transparence et sa pureté, jouant de formes géométriques en phase avec l’Art Déco, tout en conservant une émulation venue du monde de la nature et de la faune.
René Lalique
© IanDagnall Computing / Alamy / Hemis
« Mieux vaut la recherche du beau que l’affichage du luxe. »
René Lalique est né en Champagne, à Aÿ, le 6 avril 1860. Sa famille ayant déménagé à Paris, il est d’abord élève au lycée Turgot où il se distingue par ses capacités de dessinateur. Après le décès de son père en 1876, le jeune homme entre en apprentissage dans l’atelier d’un fabricant-bijoutier, Louis Aucoc, tout en suivant des cours à l’École des arts décoratifs. Il étudie pendant deux ans en Angleterre, où il s’illustre dans des concours de composition et de dessin pour la joaillerie. Fort de cette compétence, il travaille pour de grandes maisons telles que Cartier et Boucheron. Son travail est alors pleinement influencé par la mode de l’Art nouveau, le japonisme et l’antiquité.
En 1885, René Lalique reprend l’atelier du joaillier Jules Destape, à Paris. Il s’agit de sa première adresse. Encore méconnu, il expose dans des salons réservé à l’Art nouveau et fait la connaissance du grand verrier Émile Gallé. Lalique est alors un créateur de bijoux de luxe. Fort de son inventivité, qui s’illustre par la création d’un détail ou d’une trouvaille imprévue, mais aussi d’association entre des matériaux aussi divers que l’or, le diamant, la corne, l’ivoire ou l’émail, il est connu des mondaines fortunées (dont Sarah Bernhardt). En 1888, René Lalique dépose son poinçon « RL » et signe ainsi ses créations originales. Mais il commence au début des années 1890 à développer un intérêt pour le travail du verre.
À l’exposition Universelle de 1900, le stand de bijoux de Lalique connait un immense succès. Cette année-là, il est fait Officier de la Légion d’Honneur. Dès lors, le créateur ouvre plusieurs boutiques particulièrement bien placées, notamment place Vendôme ou rue Royale. Son atelier, quant à lui, est installé prés de la forêt de Rambouillet. Lalique vend ses créations dans le domaine de la joaillerie mais aussi ses créations dans le domaine du verre, dans lesquelles il prend progressivement le contre-pied de Gallé et de l’Art nouveau, dont la mode touche à sa fin. Il commence à travailler à l’aide de techniques industrielles, en série, et s’associe à l’univers de la parfumerie en créant des flacons à la fois désirables et abordables.
En 1922, René Lalique met sur pied sa propre verrerie en Alsace, à Wingen-sur-Moder, où sont employés des ouvriers qualifiés. Elle se spécialise dans les arts de la table. Les créations de Lalique triomphent à l’exposition des arts décoratifs de 1925. Il répond à des commandes de prestige à l’image des portes en verre de la résidence du prince Yasuhiko Asaka à Tokyo ou l’aménagement de la salle à manger des premières classes du Paquebot Normandie en 1935. En 1945, René Lalique décède. Son fils Marc lui succède et fait entrer l’entreprise dans la fabrication du cristal. En 2011, un musée consacré à l’œuvre de Lalique est ouvert dans le village de Wingen-sur-Moder.
René Lalique, Pectoral « Libellule », vers 1897–1898
Or, chrysoprase, diamants, pierres de lune, calcédoine et émail • Coll. musée Calouste Gulbenkian, Lisbonne
Typique de l’Art nouveau, ce bijou exceptionnel se porte sur la poitrine, reprenant une tradition remontant à l’Antiquité. Le collectionneur Calouste Gulbenkian acheta cette pièce, qui fut présentée lors de l’exposition universelle de 1900 puis prêtée à la grande tragédienne Sarah Bernhardt. Ce bijou précieux associe des motifs chers à Lalique : la femme, la libellule, le thème de la métamorphose. Il témoigne aussi de l’inventivité de Lalique, capable d’associer avec brio des pierres, de l’or, de l’émail. Ce n’est pas tant la valeur des matériaux qui l’intéresse que l’orchestration de leur éclat et de leurs couleurs.
René Lalique, Vase, 1911
Verre moulé, gravé et patiné • Coll. musée d’Orsay, Paris • © GrandPalais Rmn
Après avoir travaillé dans le domaine de la bijouterie de luxe, Lalique se tourne vers le verre, un matériau ordinaire auquel il confère un aspect précieux. C’est sa pensée qui donne du prix à l’objet davantage que la matière première. Son succès dans le domaine du verre fut immédiat. À l’inverse de Gallé, Lalique ne crée par des formes tourmentées mais simples et géométriques, tout en restant attentif à s’inspirer de la nature. Lalique cherche également à ce que ses créations puissent être accessibles, à abolir les frontières entre les arts décoratifs et les beaux-arts.
René Lalique, Flacon Ambre antique pour Coty, Modèle créé en 1910
Verre soufflé-moulé patiné, bouchon moulé-pressé patiné • Collection musée Lalique, Wingen-sur-Moder • © Studio Y. Langlois, acquisition réalisée avec le soutien du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées (Etat/ Conseil régional d’Alsace) et du Conseil général du Bas-Rhin
Après sa rencontre avec le parfumeur François Coty en 1908, René Lalique se lance dans l’aventure du verre en série. Ses créations, qui sont produites selon un mode industriel (il déposa d’ailleurs certains brevets de fabrication), révolutionnent le domaine du flaconnage et de la parfumerie. Lalique travaille pour de grands noms de la parfumerie de son temps tels que Molinard ou Worth. Ici, il s’agit d’un flacon créé pour François Coty, magnifiant le thème du parfum Ambre antique. Quatre silhouettes de femmes, en faible saillie, ornent ce contenant en verre fin dépoli à l’acide.
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