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Le Caravage, Le Couronnement d’épines, 1603
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Une composition implacable
Trois bâtons de roseau et autant d’obliques assassines. Caravage exploite les instruments de torture – des roseaux à partir desquels est formée la couronne d’épines – pour élaborer une composition vive et brutale, faite de diagonales, de mains enserrées et déterminées, qui témoigne de l’acharnement des deux bourreaux. De surcroît, les regards sont dirigés vers la victime, l’encerclant pour mieux l’accabler de cruauté. Une mise en scène impitoyable !
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Le Christ, de chair et de sang
Sa nuque baignée de lumière laisse entrevoir des nerfs saillants et tendus de douleur, son torse musclé est tâché de sang, son visage a ployé sous la force de ses tortionnaires. Mais son regard endolori n’est pas celui d’un vaincu ou d’un désespéré. Et sa bouche entrouverte ne crie pas pour exulter la souffrance provoquée par ses plaies. Sous le pinceau de Caravage, le Christ conserve son calme et sa dignité alors que des gouttes de sang dégoulinent de sa chevelure, coulent sur ses tempes et jusque sur son ventre.
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Des bourreaux issus du peuple
Ils sont vêtus de tuniques blanches et de culottes nouées autour de la ceinture. L’un a couvert son front d’un bandeau retenant ses cheveux ; l’autre porte un chapeau, le cou et la poitrine rougis par l’effort… Vus de près, ces protagonistes n’ont rien des soldats mentionnés dans l’Évangile. Ils ont plutôt l’air de travailleurs en plein labeur ! L’artiste a-t-il voulu signifier qu’en chacun de nous sommeille un oppresseur ? Une chose est sûre : Caravage se plaît à défier les conventions et apprécie plonger ces scènes bibliques dans une ambiance familière et intime. Ses modèles sont triés sur le volet, recrutés dans la rue ou dans les tavernes romaines qu’il fréquente volontiers. Ivrognes, rustres des champs, prostituées… ses personnages apparaissent ainsi sous les traits profondément humains de ses contemporains.
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Un témoin sadique
À gauche de l’œuvre, un personnage s’est ajouté à la scène, participant à cette impression d’encerclement du torturé. Chapeau à plumes d’autruche, armure métallique : il porte un costume de garde typique du XVIIe siècle, comme ceux que Caravage a sûrement observés de près, lui qui accumule les frasques auprès de la police pontificale ! Mentionné dans l’Évangile comme simple témoin, ce garde se contente de regarder d’un œil satisfait le tragique spectacle, tout en se penchant en avant comme pour s’assurer que la besogne est bien accomplie…
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Un déchirant clair-obscur
On raconte qu’il plaçait un drap noir devant la fenêtre de son atelier, puis fixait une lanterne au mur opposé. Le génie de Caravage réside véritablement dans sa maîtrise du clair-obscur, ce procédé visant à peindre les effets d’une lumière modérée dans une pénombre. Du coin supérieur gauche du tableau, un rayon illumine directement la nuque offerte du Christ dessinant toutes les tensions du corps et nimbant le décor de mystère. La scène, dramatisée par les ombres, plonge le spectateur dans un déroutant réalisme…
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Roi déchu
C’est à peine s’il tient encore le bâton de roseau que lui ont cruellement confié ses tortionnaires. Car Jésus n’a que faire de ces féroces dérisions destinées à l’humilier : il entoure mollement ce faux sceptre d’un seul doigt, l’abaissant par la même occasion. L’outil apparaît alors pour ce qu’il est : une simple tige végétale et non un symbole de pouvoir.
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage, Le Couronnement d’épines [détail], 1603
Une main baladeuse…
Que vient faire la main du garde si près de celle du Christ ? Est-elle là pour narguer celles de la victime, encore liées par une corde ? Le mystère est d’autant plus présent que la main en question est plongée en pleine lumière. Il semblerait que seul Caravage en détienne le secret, en bon Italien expert du langage des mains…
huile sur toile • 127 x 166 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © KHM, Vienne
Le Caravage - Le Bernin. Le baroque à Rome
Du 14 février 2020 au 13 septembre 2020
Réouverture le 1er juin
Rijksmuseum • 1, Museumstraat • 1071 XX Amsterdam
www.rijksmuseum.nl
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Une scène biblique respectée à la lettre
S’il est sûrement le peintre le plus rebelle de l’histoire de l’art, bagarreur invétéré emprisonné à de multiples reprises, Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Caravage (1571–1610), représente ici avec dévotion et respect une scène biblique classique : le couronnement d’épines, issue de l’Évangile selon saint Matthieu. Dans cet extrait, des soldats humilient Jésus parce qu’il a voulu se faire roi. Ils commencent par le déshabiller pour le couvrir d’un manteau rouge, symbole du pouvoir chez les Romains (puisque seuls les empereurs étaient autorisés à en porter). Puis, ils tressent une couronne d’épines qu’ils plantent sur sa tête, ensanglantant son crâne. Enfin, ils glissent un roseau dans sa main droite en proclamant avec dérision : « Salut, roi des Juifs ! » Chacune de ces étapes, qui précèdent le calvaire, est retranscrite fidèlement.