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La peinture académique en 3 minutes

En bref

Souvent qualifiée d’art pompier, la peinture académique française du XIXe siècle (incarnée notamment par Jean-Léon Gérôme, William Bouguereau, Alexandre Cabanel et Fernand Cormon) est synonyme d’art officiel. Elle est le fruit de l’enseignement prodigué à l’École des Beaux-Arts de Paris, héritière du modèle de l’Académie royale de peinture et de sculpture fondée sous Louis XIV. Reprenant à l’envi des thèmes gréco-romains et d’histoire ancienne, chérissant l’idéalisation, elle a montré une certaine incapacité à se renouveler à l’heure de l’éclosion des premiers courants modernes (symbolisme, impressionnisme…). Il serait néanmoins réducteur d’en faire un courant sans intérêt. Les œuvres, souvent spectaculaires, sont représentatives des goûts dominants entre 1850 et 1914 et ont joué un rôle notable dans la naissance de l’orientalisme et du réalisme, sans compter une certaine influence sur le cinéma.

William-Adolphe Bouguereau, La Naissance de Vénus
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William-Adolphe Bouguereau, La Naissance de Vénus, 1879

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Huile sur toile • 300 × 215 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images / Leemage

Histoire du mouvement

L’académisme est d’abord une peinture d’atelier, celle qui s’enseigne et se pratique à l’École des Beaux-Arts, puis s’accroche au Salon. De 1817 à 1863, les Beaux-Arts représente le principal mode de formation des artistes, dont la carrière officielle se dessine à la grâce des concours dont le plus prestigieux est le prix de Rome. C’est un système vertical relativement rigide où l’innovation n’a guère de place. L’art académique repose sur des principes hérités du XVIIe siècle : le primat de la ligne sur la couleur, l’exemple des anciens, le canon de beauté idéal.

On qualifie souvent cette école d’art pompier, un mot péjoratif dont l’origine est incertaine. Peut-être est-ce une raillerie de l’école néoclassique (faisant référence aux casques des Grecs et Romains dans les tableaux d’histoire) ? Le mot entretient aussi une proximité avec le terme de « pompeux ». Quoiqu’il en soit, il témoigne du goût de l’art académique pour le grand format, le respect de la hiérarchie des genres (qui valorise la peinture d’histoire), le soin du détail, les scènes spectaculaires et une certaine dramaturgie. C’est une peinture morale, finie, qui prend ses racines dans le néoclassicisme de Jean-Auguste-Dominique Ingres et le romantisme.

Plusieurs artistes incarnent la peinture académique dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’un des plus célèbres est Jean-Léon Gérôme, peintre d’histoire, professeur à l’École des Beaux-Arts et chef de file des néo-grecs dans les années 1850. Le portrait connaît aussi un succès considérable car il fait partie de ces genres appréciés par les collectionneurs, des grands bourgeois. Les artistes peuvent se prévaloir d’une carrière à succès, cumulant les honneurs officiels à l’exemple d’Alexandre Cabanel : prix de Rome, chevalier de la Légion d’honneur en 1855, membre de l’Académie des Beaux-arts en 1863, professeur et chef d’atelier à l’École des Beaux-Arts en 1864, 17 fois membre du jury du Salon entre 1868 et 1888.

Gérôme, comme Cabanel et Bouguereau, ont combattu les courants novateurs émergents, en particulier l’impressionnisme, qu’ils qualifiaient de décadence de l’art français. Pour autant, certains peintres se situent dans un véritable entre-deux, à la croisée de l’académisme et de la modernité, à l’exemple d’Henri Gervex, peintre de la vie moderne, ami des impressionnistes mais dont la technique était proche des peintres de l’académie, et notamment de son maître Cabanel.

L’académisme repose sur le principe de l’idéalisation du corps, très bien exprimé dans la Naissance de Vénus (1863) d’Alexandre Cabanel, toile exposée au Salon de 1863 et acquise par Napoléon III. C’est une œuvre très sensuelle mais dont l’audace est temporisée par le recours à un sujet mythologique et la beauté idéale du corps de la vénus, sans défaut. Elle est souvent opposée à Olympia (1863) d’Édouard Manet, une toile réaliste qui représente une prostituée.

Depuis l’ouverture du musée d’Orsay en 1986, l’historiographie de l’art du XIXe siècle a connu un profond renouvellement qui a conduit à la réévaluation des peintres que l’on qualifiait naguère de pompiers.

Des œuvres clés

 

Jean-Léon Gérôme, Jeunes Grecs faisant battre des coqs dit aussi Un combat de coqs
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Jean-Léon Gérôme, Jeunes Grecs faisant battre des coqs dit aussi Un combat de coqs, 1846

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Huile sur toile • 143 × 204 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Akg-images / Laurent Lecat

Jean-Léon Gérôme, Jeunes Grecs faisant battre des coqs dit aussi Un combat de coqs, 1846

Pompier, Jean-Léon Gérôme ? Sans aucun doute, ce peintre est l’une des stars de l’art officiel sous la Restauration et le Second Empire. Ses tableaux d’histoire souvent très spectaculaires mettent en scène des gladiateurs, des empereurs romains cruels et des scènes orientales, pittoresques ou empreintes de dramaturgie. Ici, il prend le prétexte d’un combat de coqs pour représenter les corps jeunes et parfaits de deux adolescents dans le cadre d’une Grèce antique fantasmée. Cette toile, qui se veut autant une réflexion sur la vie et la mort qu’une démonstration de virtuosité, fit sensation au Salon de 1847.

Alexandre Cabanel, Naissance de Vénus
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Alexandre Cabanel, Naissance de Vénus, 1863

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Huile sur toile • 130 × 225 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © akg-images / Erich Lessing

Alexandre Cabanel, Naissance de Vénus, 1863

Si l’on en croit les contemporains de Cabanel, ses nus féminins seraient d’une honnête pudeur. Cette figure mythologique à la perfection glacée cultive pourtant un certain érotisme, mais ne renie pas le modèle de la beauté antique et sculpturale. Naissante sur l’écume des vagues, Vénus paraît ignorante de sa nudité mais présente toutes les caractéristiques de la lorette selon Émile Zola : très sexuelle, la poitrine exquise, la taille marquée par le corset, une chute de reins qu’on imagine renversante. Cet équilibre – pour ne pas dire ambiguïté –, entre réalisme et académisme, a fait le succès de Cabanel.

Jules-Alexandre Grün, Un vendredi au Salon des artistes français
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Jules-Alexandre Grün, Un vendredi au Salon des artistes français, 1911

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Huile sur toile • 360 × 616 cm • Coll. musee des Beaux Arts, Rouen • © Photo Josse/Leemage

Jules-Alexandre Grün, Un vendredi au Salon des artistes français, 1911

Dans cette « grande machine » (terme qui désigne les grandes toiles académiques), Grün restitue l’ambiance toute proustienne du Salon officiel à la fin de la Belle Époque. Les hommes, en haut-de-forme et gants beurre frais, les femmes en larges chapeaux et robes chamarrées, discutent dans la nef du Grand Palais peuplée de statues académiques. Les groupes conversent, les personnages fument ou s’épongent le front, sourient et échangent des amabilités. C’est une représentation saisissante de cette grand messe de l’art académique, à l’heure de l’éclosion des avant-gardes encore décriées.

Par • le 14 mars 2020

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