Carl Andre posant à coté de Cedar Piece, 1964
© Keystone Press / Alamy / Hemis
Figure de l’art minimaliste américain, le sculpteur Carl Andre est mort ce mercredi 24 janvier dans un hôpital de Manhattan à l’âge de 88 ans. Confirmée par la galerie Paula Cooper, qui le représentait depuis 1964, l’information suscite des réactions en demi-teinte. Car l’homme, connu pour sa barbe fournie et ses salopettes d’ouvrier, laisse derrière lui une œuvre radicale, mais aussi des doutes quant à son innocence dans l’affaire de la mort de l’artiste Ana Mendieta…
Né en 1935 à Quincy dans le Massachusetts, ce fils d’un menuisier de chantiers navals, formé à l’art à la Phillips Academy d’Andover, vivait à New York depuis 1957. Inspiré par les pierres levées mégalithiques, l’architecture ferroviaire (qu’il a observée en tant que mécanicien de chemin de fer au début des années 1960), les sculptures de Constantin Brancusi (1876–1957) et le minimalisme de son ami peintre Frank Stella (dont il a partagé l’atelier), il est devenu célèbre dans les années 1960–1970 pour ses sculptures faites de formes géométriques élémentaires en matériaux bruts : des poutres, de grands cubes en bois et des briques, posés et empilés à même le sol ou des plaques de métal carrées alignées sur lesquelles les visiteurs étaient invités à marcher.
Carl Andre, Vue de l’exposition « Sculpture as Place, 1958–2010 » à la Hamburger Bahnhof – Museum fur Gegenwart, Berlin, 2016
© rené Matts / hémis
Il laisse derrière lui 2 000 sculptures et autant de poèmes, tout aussi minimalistes.
L’artiste a ainsi redéfini de façon provocatrice la notion même de sculpture, réduite chez lui à un agencement dans l’espace de formes déjà produites industriellement et, pour certaines, plates et horizontales, presque sans volume. Le tout avec une telle économie de moyens que ses 120 briques réfractaires, simplement arrangées en rectangle (Equivalent VIII, 1966), firent scandale lors de leur acquisition par la Tate de Londres en 1972.
Mais sa mémoire demeure ternie par son rôle trouble dans la mort de sa troisième épouse, la talentueuse artiste cubaine Ana Mendieta, décédée le 8 septembre 1985 à l’âge de 36 ans suite à une chute de trente-quatre étages depuis une fenêtre de leur appartement new-yorkais, alors que le couple se disputait. Inculpé, l’artiste fut finalement acquitté en 1988 faute de preuves et de témoins oculaires, à la suite d’un procès très médiatisé. Malgré la persistance de lourds soupçons, et plusieurs manifestations féministes réclamant justice, il avait continué à exposer et demeure en bonne place dans les collections des plus grands musées du monde, dont le Museum of Modern Art (MoMA), le Metropolitan Museum et le Guggenheim de New York, ainsi que le Centre Pompidou. Il laisse derrière lui 2 000 sculptures et autant de poèmes, tout aussi minimalistes.
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