Article réservé aux abonnés

LE TOPO

Le style troubadour en 2 minutes

En bref

Né de la redécouverte du Moyen Âge après la Révolution et d’une certaine lassitude vis-à-vis de l’austérité néoclassique, le style troubadour, ou genre anecdotique, est d’abord pictural : les tableaux, de petit format et de facture lisse, tirent leurs sujets de l’histoire de France, du Moyen Âge en particulier, dont ils retiennent les anecdotes. Ce mouvement, apparu sous l’Empire, s’épanouit pendant la Restauration. Dès les années 1820, cependant, il cède la place à la fougue du romantisme, dont il est un précurseur. Simultanément, le style néogothique, venu d’Angleterre, est la continuation du style troubadour dans les arts décoratifs et l’architecture.

Fleury François Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans
voir toutes les images

Fleury François Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans, vers 1802

i

Huile sur toile • 55 × 43 cm • Coll. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg • © Artcurial

« Pendant la Restauration, on assista à un retour marqué vers le Moyen Âge, origine de la monarchie qui venait de reparaître. » Henry Havard

Son histoire, ses idées clés

Premier succès populaire

En 1802, le peintre lyonnais Fleury Richard expose au Salon un petit tableau mélancolique, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans, inspiré par le gisant de la jeune femme, conservé au musée des Monuments français. Il est remarqué par Jacques-Louis David, le maître du néoclassicisme, et rencontre un grand succès populaire.

Une anecdote émouvante

La critique y voit un genre nouveau : le « genre anecdotique », entre la peinture d’histoire et la scène de genre. L’artiste s’inspire non plus de l’Antiquité grecque et romaine mais du Moyen Âge français (englobant alors la Renaissance), dont il choisit de représenter une anecdote émouvante plutôt qu’un épisode célèbre. Les toiles ont aussi la particularité d’avoir une facture lisse et minutieuse, héritée de la peinture de genre hollandaise du XVIIe siècle dont était imprégné Fleury Richard.

Une nouvelle génération de peintres

Dix ans plus tard, Pierre Révoil, François Marius Granet, Alexandre-Évariste Fragonard et Jean-Auguste-Dominique Ingres, tous également anciens élèves de David, adoptent ce nouveau style. Il sera qualifié péjorativement de « troubadour » dans les années 1880, pour moquer la vision idéalisée d’un Moyen Âge de fantaisie.

Les conséquences de la Révolution

C’est le vandalisme et l’athéisme révolutionnaires qui, paradoxalement, suscitent cette curiosité pour l’histoire de France et ses dynasties, des Mérovingiens à Henri IV. Les vestiges de ce passé, notamment des tombes royales de la basilique Saint-Denis, sont exposés à partir de 1795 par Alexandre Lenoir dans le musée des Monuments français, à Paris.

La légitimation de l’Empire et de la royauté

Napoléon Ier lui-même s’y réfère pour légitimer son pouvoir, et Joséphine est l’une des principales commanditaires d’œuvres troubadour sous l’Empire. Le retour des Bourbons en 1814 marque l’apogée de cet art.

En Angleterre, la fascination pour le gothique

Le style troubadour trouve aussi sa source en Angleterre, où paraît dès 1764 le Château d’Otrante d’Horace Walpole, premier roman gothique, puis, à partir des années 1820, les romans historiques de Walter Scott. Walpole y est aussi l’initiateur du style néogothique en architecture, avec son extravagante demeure de Strawberry Hill.

Le style néogothique dans l’architecture française

En France, les arts décoratifs et l’architecture néogothiques se développent dans les années 1820, au moment où la peinture troubadour passe de mode. Il s’agit essentiellement d’un nouveau répertoire décoratif : arcs trilobés, ogives, pinacles, héraldique fantasque et foisonnement végétal habillent façades et mobilier. L’architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui restaure de nombreux châteaux médiévaux et édifices religieux, fait perdurer ce style jusqu’à sa mort, en 1879.

Œuvres clés

Pierre Révoil, Le Tournoi
voir toutes les images

Pierre Révoil, Le Tournoi, 1812

i

Huile sur toile • 133 × 174 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts, Lyon • © Wikimedia Commons

Pierre Révoil (1776–1842), Le Tournoi, 1812

Œuvre la plus célèbre du peintre lyonnais Pierre Révoil, ami de Fleury Richard, cette toile illustre un épisode de la légende de Duguesclin : participant à un tournoi sans l’autorisation de son père, son adversaire, vaincu, aurait révélé son identité. Thème inspiré d’un récit de chevalerie, minutie de la reconstitution historique et pittoresque des scènes animées, à l’arrière-plan : toutes les caractéristiques du style troubadour sont ici réunies.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paolo et Francesca
voir toutes les images

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paolo et Francesca, 1819

i

Huile sur toile • 48 × 39 cm • Coll. Musée de Beaux-Arts, Angers • © RMN Grand-Palais / Benoît Touchard

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780–1867), Paolo et Francesca, 1819

Parti en Italie en 1806 après l’obtention du Prix de Rome, Ingres y reste jusqu’en 1824 et envoie ses productions à Paris. Il exécute une série de tableaux figurant les amants Paolo et Francesca, surpris par l’époux de Francesca qui s’apprête à les tuer, d’après un épisode de L’Enfer, dans la Divine Comédie. Ingres représente le moment de l’histoire le plus dramatique, il reconstitue les décors et costumes avec soin et privilégie les couleurs vives, en particulier le rouge.

François Honoré Georges Jacob-Desmalter, Chaise du cabinet gothique de la Comtesse d’Osmond
voir toutes les images

François Honoré Georges Jacob-Desmalter, Chaise du cabinet gothique de la Comtesse d’Osmond, entre 1817 et 1820

i

Bois et dorure • Coll. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris • © CC0 Paris Musées / Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter (1770–1841), chaises du cabinet gothique de la comtesse d’Osmond

L’ébéniste Jacob-Desmalter, principal fournisseur de meubles pour les palais impériaux, dans le style néoclassique prisé par Napoléon Ier, s’adapte au style néogothique à la chute de l’Empire. Cette paire de chaises était destinée au cabinet gothique de la comtesse d’Osmond, aménagé dans son hôtel particulier parisien. Leur haut dossier évoque la façade d’une église gothique, soutenue par deux licornes dressées de part et d’autre d’un écu aux armoiries de la famille d’Osmond. Il s’agit de l’un des premiers exemples du style « à la cathédrale », en vogue pendant la Restauration.

Manufacture de Sèvres, d’après les dessins de l’ornemaniste Charles-François Leloy, Coffret à bijoux de la duchesse de Berry
voir toutes les images

Manufacture de Sèvres, d’après les dessins de l’ornemaniste Charles-François Leloy, Coffret à bijoux de la duchesse de Berry, 1829

i

Bronze, doré et porcelaine • Coll. Musée du Louvre, Paris • © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Fuzeau

Manufacture de Sèvres, d’après les dessins de l’ornemaniste Charles-François Leloy, coffret à bijoux de la duchesse de Berry, 1829

Ce coffret en forme de châsse gothique est orné en son centre d’un portrait sur porcelaine de la duchesse de Berry, belle-fille de Charles X et grande amatrice de style néogothique. Il présente un échantillon presque complet de ce répertoire décoratif : frise d’arcatures à la base, encadrement du portrait en ogive avec trilobes dans les écoinçons, scansion du coffret par de fines colonnes ciselées, fleurons, pinacles et clochetons en bronze doré, serrure en forme d’écu fleurdelysé flanquée de sirènes à double queue.

Eugène Viollet-le-Duc, Château de Pierrefonds dans l’Oise
voir toutes les images

Eugène Viollet-le-Duc, Château de Pierrefonds dans l’Oise, 1858–1885

i

Architecture de style médiéval • © Alamy / Hemis / Yann Avril

Eugène Viollet-le-Duc (1814–1879), château de Pierrefonds, 1858–1885

Viollet-le-Duc est déjà célèbre pour les restaurations de la basilique de Vézelay, la cathédrale Notre-Dame de Paris et la cité de Carcassonne quand Napoléon III lui confie le château de Pierrefonds, daté du XIVe siècle. Afin d’en faire une résidence impériale, il le reconstruit intégralement ou plutôt le réinvente selon l’image idéale d’un château fort médiéval : il mêle divers styles médiévaux, y compris des emprunts à la Renaissance, en un éclectisme assumé. Il réalise non seulement l’élévation extérieure, à grands renforts de structures métalliques modernes, mais aussi le décor polychrome intérieur et l’ameublement néogothique.

Par • le 29 mai 2023

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi