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La résidence Hauser & Wirth Somerset et l’œuvre “Sans titre” de Subodh Gupta (2008)
© Alamy / Hemis / Victor Watts
La Villa Médicis, la Villa Arson, la fondation d’entreprise Hermès, la fondation Fiminco… mécènes et institutions accueillent régulièrement des artistes en résidence. Depuis quelques années, une poignée de galeries étrangères – de Hauser & Wirth (Londres et Minorque) à Thomas Dane (Londres et Naples), en passant par Nara Roesler (São Paulo et New York) et Catinca Tabacaru (Roumanie et Zimbabwe) – en font de même, non seulement pour se distinguer de la concurrence mais aussi et surtout pour donner à leurs protégés le temps et l’espace nécessaires à la réflexion, l’expérimentation, la création. Depuis près d’un an, la France s’inscrit dans le mouvement.
Izumi Kato, Untitled, 2023. Cette œuvre a été réalisée lors de la résidence Perrotin à l’été 2023
Huile sur toile • 66 × 41 cm • Courtesy the artist and Perrotin • © Izumi Kato 2023 / Claire Dorn
L’été dernier, Emmanuel Perrotin a ouvert les portes de sa maison secondaire, au Cap Ferret, à GaHee Park, Genesis Belanger et Danielle Orchard ; et en avril, à Izumi Kato. Un rêve de longue date, rendu possible par l’acquisition et la rénovation de dépendances, dont une avec vue sur la mer. Au début de l’année, la 193 Gallery et AFIKARIS (dont le site internet est le seul à comprendre l’onglet « Résidence », ndlr), tous deux spécialisés dans l’art africain, ainsi que Bigaignon, qui croise la photographie avec d’autres disciplines, lui emboîtaient le pas. En mars, la galerie Antoine Dupin, inaugurée il y a un an, non loin de Cancale et de Saint-Malo, invitait Olivier Masmonteil à renouer avec la peinture en plein air, au cœur de la nature bretonne.
Ce modèle permet aux marchands de tirer leur épingle du jeu. Si Antoine Dupin, qui a fait ses armes chez Sotheby’s et Christie’s, a finalement jeté l’ancre à Saint-Méloir-des-Ondes, c’est pour mieux échapper à la logique du white cube foudroyé de l’intérieur par des néons. « Je ne voulais pas acheter une boutique. Les collectionneurs accrochent leurs acquisitions chez eux, je ne vois pas pourquoi je devrais leur présenter des pièces dans un lieu sans âme. »
« Il est essentiel, à mes yeux, de passer du temps avec mes artistes. Un galeriste, ce n’est pas qu’un marchand »
Clémence Houdart
Convier les artistes à créer in situ ou à proximité d’un espace d’exposition offre la possibilité de diminuer considérablement le coût des transports. Un avantage que confirme Clémence Houdart, cofondatrice de la galerie 31 PROJECT avec Charles-Wesley Hourdé, qui a toujours pris en charge les billets d’avion, le logement, le matériel de ses hôtes venus, presque exclusivement, du continent africain. De l’économie à l’écologie, il n’y a qu’un pas. Pour Emmanuel Perrotin, limiter les trajets, les distances, c’est également une façon de réduire l’empreinte carbone de tout convoyage.
« Le Cellier », lieu de résidence de la galerie Antoine Dupin
© Studio Olivier Masmonteil
Les structures les plus petites ont besoin de vendre pour maintenir un équilibre financier mais leurs invitations ne débouchent pas nécessairement sur une exposition. La plupart en profite pour collaborer avec des artistes qu’ils ne représentent pas. Florian Azzopardi, fondateur d’AFIKARIS, refuse par exemple de fixer des règles, des contraintes. Son quadruple atelier doublé d’un logement à Montreuil n’est pas réservé à des talents étrangers, loin de là. « Hyacinthe Ouattara vit à Paris mais son studio n’est pas propice à la réalisation de grands formats », explique Mary-Lou Ngwe-Secke, responsable des expositions et artist liaison à la 193 Gallery, laquelle propose deux formules complémentaires. Aux résidences parisiennes dites de production – entre deux semaines et un mois, selon l’envergure du projet – répond, sur l’île de Paros, en Grèce, une résidence que l’on pourrait qualifier « de repos », destinée aux créateurs à bout de souffle, voire en panne d’inspiration. C’est là que Thandiwe Muriu est allée, la première, se ressourcer après une tournée intensive de foires. La photographe sera à l’affiche du 24 rue Béranger, dans le 3e arrondissement, à partir du mois d’octobre.
Au-delà de l’aspect pratique, le facteur humain entre en ligne de compte. Tous s’accordent à vouloir se rapprocher de leurs artistes. « J’apprends beaucoup en les regardant travailler. Nous prenons des verres ensemble, de manière informelle, en fin de journée. Ainsi se renforcent nos liens », assure Florian Azzopardi, qui destine un « onboarding pack », un kit de bienvenue à ceux dont ce serait la première fois à Paris. Pass Navigo, forfait téléphonique, tuto Google Maps, vêtements, s’il le faut… tout y est ! « Il est essentiel, à mes yeux, de passer du temps avec mes artistes. Un galeriste, ce n’est pas qu’un marchand », ajoute Clémence Houdart, soucieuse d’initier ses protégés à l’effervescence de la scène artistique parisienne. Elle les emmène, le temps de leur séjour, partout avec elle (dîners, vernissages, expositions…).
L’artiste Emma Odumade peignant son œuvre « Across, Over or Throught ? » (2023) à la résidence AFIKARIS
Fusain, acrylique, thé noir et photos anciennes sur toile • diamètre de 100 cm • Courtesy of AFIKARIS Gallery
Il s’agit de faciliter au maximum la vie des artistes, en les dispensant de toute démarche administrative.
La cohabitation est bien souvent source d’émulation. « Mon rôle est de promouvoir la créativité elle-même », explique Thierry Bigaignon. « J’ai voulu recréer, dans l’Atelier B, l’atmosphère communautaire des années 1960. Il en ressort une véritable perméabilité. Les uns expérimentent, au contact des autres, des techniques qu’ils ne maîtrisent pas. » C’est précisément ce qui s’est produit durant la première résidence Perrotin : la sculptrice Genesis Belanger a repris les pinceaux sous le regard bienveillant de GaHee Park et de Danielle Orchard.
À gauche, “Vegetable Feast” de GaHee Park (2022). Au centre, “Finger Bang” de Genesis Belanger (2022). À droite, “Tan Lines” de Danielle Orchard (2022), Ces œuvres ont été réalisées lors de la résidence Perrotin à l'été 2022
© Fine Art Documentation for Perrotin / Claire Dorn
Si ces résidences garantissent, sans exception, un atelier de travail – à partager occasionnellement avec d’autres –, elles ne s’accompagnent pas toutes d’un lieu de vie. Clémence Houdart, qui apprécie la disponibilité et les tarifs des Récollets (1 344,20 € les 50m2 pour un mois), ancien couvent situé dans le 10e arrondissement, n’a pas encore trouvé de logement permanent. « L’idée, à terme, ce serait de pouvoir avoir un espace complet », confirme Antoine Dupin, quoique Olivier Masmonteil et sa collaboratrice Agathe Chebassier ne se plaignent pas d’avoir dormi à côté et non au sein de la galerie, bien au contraire. Dans les deux cas, il s’agit de faciliter au maximum la vie des artistes, en les dispensant de toute démarche administrative. Entre les associations, qui manquent de moyens, et les institutions, aux appels à projets ultrasélectifs, les galeries cherchent la recette idéale alliant liberté créatrice et confort.
Mais aussi…
La réciproque du phénomène exposé ci-dessus est vraie. La galerie Bessaud, qui ouvre ses portes le 15 juin, découle d’une résidence (et non l’inverse) – la résidence Retina – lancée en septembre dernier avec le centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts. Elle consacrera, entre autres, deux expositions par an aux artistes venus travailler et séjourner sur place, dans le 12e arrondissement. L’occasion d’impliquer soignants et patients dans sa programmation. À l’affiche de l’accrochage inaugural, « La terre est bleue comme une orange » (titre d’un poème de Paul Éluard, ndlr) : François Nugues, Damien Mauro (Goddog), Agathe Brahami Ferron, Arnaud Liard…
Ceysson & Bénétière ouvrira une résidence dans le Puy de Dôme en 2024, avec un atelier, une maison et une salle d’exposition.
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