Kirsha Kaechele peignant de faux Picasso pour “Ladies Lounge”
Photo Jesse Hunniford / © Kirsha Kaechele
Le sulfureux Ladies Lounge n’a décidément pas fini de défrayer la chronique ! Ce mercredi 10 juillet, un nouveau rebondissement a eu lieu dans l’affaire de cette installation interdite aux hommes : sa conceptrice, l’artiste américaine Kirsha Kaechele (née en 1976), a révélé sur son blog que les Picasso qui y étaient exposés étaient en réalité des faux créés de sa main…
Au mois d’avril dernier, le Ladies Lounge (2024) affolait les médias : présenté au Museum of Old and New Art (MONA) en Tasmanie (Australie), ce luxueux espace tendu de vert, qui exposait des œuvres prestigieuses mais où seules les femmes pouvaient entrer – une façon pour l’artiste de compenser les injustices subies par la gent féminine – avait été condamnée pour discrimination par la justice australienne. Qu’à cela ne tienne : en juin, l’artiste contournait l’interdiction du tribunal en plaçant malicieusement certains des Picasso du Lounge… dans les toilettes pour femmes du musée ! Une riposte croustillante qui avait fait le tour de la presse mondiale.
Mais Kirsha Kaechele vient de créer à nouveau la surprise en avouant que les Picasso en question, dont elle prétendait avoir hérité de son arrière-grand-mère, étaient des faux. L’artiste s’est expliquée sur son blog, assortissant son texte de photographies humoristiques où elle se met en scène en starlette, surprise en train de peindre l’un des Picasso incriminés…
Les toilettes des dames du MONA
© Mona
« J’aimais l’idée qu’un misogyne domine les murs du Ladies Lounge. »
« Pour que les hommes se sentent les plus exclus possible, il fallait que le Lounge expose les œuvres d’art les plus importantes au monde. Il fallait que les peintures soient des Picasso. Je suis une immense fan de son travail […]. Il est le grand maître, le summum de l’art moderne. Et oui, son passé avec les femmes est… intense. Les femmes l’ont récemment mis en pièces, remettant en question sa suprématie. Elles me reprochaient d’avoir choisi de l’exposer. Et j’aime ça. J’aimais l’idée qu’un misogyne domine les murs du Ladies Lounge ».
« Je connaissais un certain nombre de vrais Picasso que je pouvais emprunter à des amis, mais aucun d’eux n’étaient verts, et je voulais que le Lounge soit monochrome. Je manquais aussi de temps, sans parler du coût exorbitant des assurances pour un Picasso ! ». L’artiste décide donc de peindre elle-même des copies de tableaux du maître – certaines de ses variantes cubistes du Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet – qu’elle choisit pour leur palette assortie aux tentures vertes du Lounge, et pour leur sujet : le corps féminin.
Kirsha Kaechele assure avoir tout fait en secret, bernant même les équipes du musée.
Dans le Lounge se trouvaient également des objets prétendument anciens et précieux, dont des bijoux et des lances de Nouvelle-Guinée, présentés pareillement comme des héritages familiaux. L’artiste l’avoue : eux aussi étaient en toc ! Également exposé dans le Lounge, le tableau de Sidney Nolan (1917–1992) (un Léda et le cygne, choisi par l’artiste car il s’agit d’une « scène de viol » peinte par un « misogyne ») serait quant à lui authentique.
Kirsha Kaechele assure avoir tout fait en secret, bernant même les équipes du musée. « Je n’ai rien dit. J’ai attendu des semaines. J’étais persuadée que j’allais être démasquée, mais rien ne s’est produit », s’amuse-t-elle. Les gens faisaient en effet aisément confiance à celle qui se trouve aussi être la riche épouse du propriétaire du musée (le collectionneur et hommes d’affaires milliardaire David Walsh), acquérant à grands frais des céramiques authentiques de Picasso pour le MONA…
Mais un jour, une journaliste se met à poser des questions, car l’original de l’une des œuvres de Picasso montrées au Mona est exposé par hasard en même temps au musée Picasso à Paris ! Kirsha Kaechele finit par recevoir une lettre de la Picasso Administration lui demandant poliment des explications. « J’ai attendu patiemment que ce jour arrive. Trois ans et sept mois », jubile-t-elle dans son texte.
Kirsha Kaechele dans son installation « Ladies Lounge », 2024
Photo Mona Jesse Hunniford / Courtesy Mona Museum Of Old and New Art Hobart
Tout comme sa démarche féministe radicale, son arnaque aux faux tableaux suscite des réactions très diverses. Si certains l’accusent, parfois en l’insultant violemment, d’avoir honteusement menti au public, d’autres rient de bon cœur et applaudissent ce qu’ils considèrent comme un véritable coup de génie ! « Je suis soulagée d’avoir révélé la vérité, car maintenant on peut tous se délecter ensemble de cette folie […] J’espère que vous pourrez me pardonner », dit-elle, en ajoutant cette citation de Picasso : « L’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité »…
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutiqueÀ lire aussi
Actu
« Une redécouverte majeure » : peint par Picasso pendant l’Occupation, un portrait de Dora Maar ressurgit à Paris
Abonnés
PARIS
John Singer Sargent, le portraitiste « étrange » du tout-Paris se révèle au musée d’Orsay
Actu
Un exceptionnel portrait de Klimt, estimé à 127 millions d’euros, bientôt mis aux enchères