Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet, 1875
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet (détail), 1875
De modestes travailleurs
Des Glaneuses de Jean-François Millet (1857), Les Casseurs de pierres de Gustave Courbet (1849)… Si les artistes s’étaient déjà attachés à représenter les paysans et les ouvriers des campagnes à la tâche, peu sont les peintres, en ce dernier tiers du XIXe siècle, à avoir posé leur regard sur les modestes travailleurs des villes. C’est précisément ce que fait ici Caillebotte, tout en se gardant bien de livrer au spectateur un quelconque discours social ou une morale politique. Dépourvue de tout commentaire, sa peinture montre simplement, avec un réalisme quasi documentaire, la réalité des petites gens de Paris.
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet (détail), 1875
Un réalisme cru
Présentée au Salon officiel de 1875, la toile est refusée par le jury. En cause ? Son réalisme cru. Certains critiques jugent même le sujet « vulgaire ». Un an plus tard, Gustave Caillebotte présente sa toile à la deuxième exposition impressionniste où elle est exposée au côté des premières Repasseuses d’Edgar Degas. Son accueil est mitigé : si certains louent sa modernité, d’autres se montrent moins dithyrambiques. C’est le cas d’Émile Zola, qui reproche à l’artiste, issu d’un milieu aisé, une approche qu’il juge bourgeoise : « M.Caillebotte a des Raboteurs de parquet d’un relief étonnant. Seulement, c’est là de la peinture bien anti-artistique, une peinture propre, une glace, bourgeoise à force d’exactitude. »
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet (détail), 1875
L’héritage académique
Peintre de la vie moderne, Caillebotte n’en demeure pas moins attaché à un certain académisme, hérité de son apprentissage auprès du peintre Léon Bonnat. D’abord, pour composer son tableau, l’artiste s’est consacré à l’étude minutieuse de son sujet, dessinant préalablement chacun de ses motifs, avant de les reporter minutieusement au carreau sur la toile. Ensuite, la perspective, qui suit l’alignement des planches de parquet, éclairées par la lumière rasante qui s’engouffre par la fenêtre, est parfaitement traditionnelle. Quant aux torses des ouvriers, aux muscles parfaitement dessinés, ils évoquent l’anatomie des héros antiques.
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet (détails), 1875
Un cadrage audacieux
Caillebotte, dont le frère Martial était photographe, s’est intéressé de près à ce nouveau médium. Il y a puisé un sens de la perspective singulier, qui rappelle celle permise par les objectifs grand angle, apparus dans les années 1860. Adepte des vues en plongée, le peintre s’autorise des cadrages audacieux desquels semblent émerger, presque par hasard, des objets ou des personnages, à l’image de l’homme à gauche de la composition, immortalisé sur le point de se saisir de son outil.
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
Gustave Caillebotte, Raboteurs de parquet (détail), 1875
Funeste liquide
Un détail intriguant attire l’œil à la droite du tableau : il s’agit d’une bouteille de vin rouge, qui n’attend qu’à être engloutie une fois la pénible tâche achevée. Sa silhouette sombre semble narguer les honnêtes travailleurs, tel un funeste présage… Impossible ici de ne pas penser à L’Assommoir d’Émile Zola, paru en 1876 sous la forme de feuilleton (soit un an après la réalisation du tableau), roman dans lequel l’auteur dépeint la déchéance de ce prolétariat urbain, décimé par le fléau de l’alcoolisme.
huile sur toile • 102 x 147 cm • Coll. musée d'Orsay, Paris
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