Robert Mallet-Stevens, Villa Paul Poiret à Mézy-sur-Seine, 2025
© Manuel Bougot
Cette annonce immobilière fera rêver les mordus d’architecture moderniste ! Construite au début des années 1920 au nord-ouest de Paris pour le célèbre couturier Paul Poiret (1879–1944), la villa Poiret de l’architecte Robert Mallet-Stevens (1886–1945), seule résidence d’importance construite par ce dernier à être encore en mains privées, est à vendre. Son prix : quatre millions d’euros…
Inscrite au titre des monuments historiques en 1984, cette bâtisse blanche aux lignes pures et géométriques de 800 m² habitables figure parmi les chefs-d’œuvre de cet architecte avant-gardiste. Situés à Mézy-sur-Seine, dans le parc naturel du Vexin, ses plus de 1 000 m² de terrasses et son terrain arboré de cinq hectares surplombent la vallée de la Seine. Ses deux ailes se déploient en « U » autour d’une allée d’oliviers épurée.
Robert Mallet-Stevens, Vue de la villa Paul Poiret à Mézy-sur-Seine, 2025
© Manuel Bougot
Bien que vieille d’un siècle, son architecture visionnaire est très contemporaine avec ses grands espaces ouverts, ses immenses baies vitrées encadrées de métal noir ouvrant sur le jardin, et sa cage d’escalier blanche aux lignes courbes, baignée de lumière grâce à une grande « meurtrière » vitrée.
Son commanditaire n’était autre que le légendaire couturier Paul Poiret, qui voulait en faire une maison de famille pour lui, son épouse et ses cinq enfants. Dans les années 1910–1920, les Parisiennes et les Américaines les plus en vue s’arrachaient ses créations dessinées dans les pages de Vogue. Mais ce précurseur du style Art déco, premier styliste (avec Madeleine Vionnet) à avoir supprimé le corset en 1906, n’a malheureusement jamais eu le loisir d’habiter la villa.
Cinq millions d’euros de travaux seraient nécessaires pour lui rendre toute sa splendeur.
En proie à des difficultés financières qui entraîneront finalement la fermeture de sa maison de couture en 1929, Poiret doit abandonner le chantier en 1923 et emménager dans la maison du gardien – un bâtiment de 93 m², toujours présent sur la propriété. En 1930, il la revend à l’actrice franco-roumaine Elvire Popesco (1894–1993), qui termine les travaux et fait ajouter par l’architecte Paul Boyer (1861–1952) des hublots et des rambardes évoquant des bastingages – éléments très à la mode à l’époque, qui valent à la villa un nouveau surnom : « le paquebot ».
D’autres propriétaires se sont ensuite succédé, dont un couple qui, en 2006, en a confié la rénovation au fameux architecte Jean-Michel Wilmotte. En 2006, justement, la villa sert de lieu de tournage pour la comédie Prête-moi ta main (avec Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg), en campant le siège de la société de parfums où travaille le personnage principal. En 2014, elle sert de décor au thriller 96 heures, avec Niels Arestrup et Gérard Lanvin. Si l’intérieur de la demeure a été rénové (à l’exception du sous-sol de 800 m², qui comprend entre autres un couloir de nage inachevé), cinq millions d’euros de travaux seraient nécessaires pour lui rendre toute sa splendeur.
Robert Mallet-Stevens, Entrée de la villa Paul Poiret à Mézy-sur-Seine, 2025
© Manuel Bougot
Cette demeure fait partie des meilleures réalisations de Mallet-Stevens, qui comptent également la villa Cavrois (1932), située à Croix, dans le Nord, et ouverte au public, ainsi que la villa Noailles, érigée en 1923–1925 à Hyères, dans le Var – un édifice qui, après avoir vu passer Jean Cocteau, Pablo Picasso, Man Ray ou encore Salvador Dalí, accueille aujourd’hui un centre d’art dédié à l’architecture, à la photographie, au design et à la mode. Ce que pourrait peut-être aussi devenir la villa Poiret. L’agence Architecture de collection, chargée de la vente du bien, a en effet déjà été en contact avec des clients potentiels songeant à la transformer en fondation d’art. À suivre…
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