Maria Lassnig, Autoportrait au bâton, 1971
Huile et fusain sur toile • 193 x 129 cm • Archive of the Maria Lassnig Foundation • © Wikimedia Commons
Portrait de Maria Lassnig dans son atelier Avenue B à New York, 1974
photographie en noir et blanc • Archive of the Maria Lassnig Foundation • © Wikimedia Commons
Avec ses bonnes joues rouges et ses lunettes rondes, Maria Lassnig (1919–2014) avait un visage fort sympathique, mais elle ne s’est jamais épargnée. Ses autoportraits l’ont représentée difforme, grasse, vieillissante, le corps avachi – voire avec un pistolet pointé sur la tempe. Mal comprise, sa peinture n’a bénéficié que tardivement d’une reconnaissance internationale et institutionnelle, avec des expositions au Centre Pompidou en 1995 ou à la Serpentine Gallery à Londres en 2008.
Enfant illégitime, l’artiste naît dans une famille pauvre de Kappel am Krappfeld, en Autriche. Jeune fille, elle devient institutrice puis décide de changer de voie, et étudie au sein de l’Académie des beaux-arts de Vienne. Là, ses couleurs surprennent les professeurs, trop classiques pour sa palette déjà explosive. Elle se rapproche de peintres expressionnistes, puis voyage à Paris dans les années 1950, rencontre les surréalistes. De 1968 à 1980, elle vit à New York, fait du cinéma d’animation. Après un passage à Berlin en 1978, elle devient la première artiste femme à occuper une chaire de professeure à l’École des arts appliqués de Vienne ! En 1980, elle représente l’Autriche à la Biennale de Venise, aux côtés de Valie Export. Maria Lassnig meurt à Vienne presque centenaire, un an après avoir reçu le Lion d’or de la 55e Biennale de Venise.
La peau qui rougeoie autour du nez, les cernes qui creusent les joues, les plis du ventre qui s’agglomèrent… Maria Lassnig a affronté le corps – son corps – en le représentant avec acharnement et hantise. Ses autoportraits confinent parfois au surréalisme voire à l’abstraction, avec leurs membres déformés et leurs couleurs acidulées, crues, violentes : des bleus fluorescents, des verts artificiels et des roses à la tendresse trompeuse. Son visage ahuri ouvre de petits yeux perçants sur le monde. Chaque peinture traduit un rapport au corps torturé, un décalage attristé. C’est une peinture de la sensation, du tiraillement, du vertige. Chacune est d’une force implacable ; lorsqu’on a croisé Maria Lassnig, on ne l’oublie pas – elle nous a, en quelque sorte, regardé dans les yeux.
Maria Lassnig, Deux manières d’être (Double autoportrait), 2000
Huile sur toile • 100 x 125 cm • Archive of the Maria Lassnig Foundation • © Wikimedia Commons
En France, au Centre Pompidou et au Frac des Pays de la Loire. À l’étranger, à la Zabludowicz Collection de Londres et à la Hall Art Foundation, installée en Allemagne et aux États-Unis.
Centre Georges Pompidou
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 h à 22 h
Nocturne le jeudi jusqu’à 23 h (uniquement pour les expositions temporaires du niveau 6)
Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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