Article réservé aux abonnés
Moïse Kisling (1891 – 1953) est l’un des peintres de la première école de Paris, composée d’artistes étrangers venus se former dans la capitale des arts et participer à la vie de bohème avant la Grande Guerre. Kisling a cultivé des liens d’amitié avec tous les grands artistes de l’époque, de Pablo Picasso à Amedeo Modigliani. Peintre figuratif, voire classique, son art principalement dédié au portrait féminin est l’expression d’un idéal de beauté renouvelé, typique des années 1920.
Moïse Kisling, vers 1922
© PVDE / Bridgeman Images
« Je prétends arriver un jour à pouvoir suggérer, devant un nu, l’idée d’un corps d’une courtisane ou d’une mondaine. »
Né à Cracovie, Kisling est d’origine polonaise. Il étudie les beaux-arts dans sa ville natale avant d’arriver à Paris en 1910. À cette époque, la capitale française est investie par les artistes étrangers. Kisling s’installe à Montmartre puis à Montparnasse, les deux repaires des artistes de la bohème et de l’avant-garde. Il devient l’ami d’ Amedeo Modigliani, Pablo Picasso, Georges Braque, Max Jacob…
En Pologne, Kisling avait été bien formé par son professeur Józef Pankiewicz, qui lui avait fait découvrir les œuvres de Paul Cézanne, Pierre Bonnard et Auguste Renoir. Le jeune homme est donc familiarisé avec une certaine vision de l’art moderne français. S’il s’intéresse aux mouvements d’avant-garde comme le cubisme, Kisling est un tempérament foncièrement classique. Ses portraits aux contours ingresques, aux couleurs vives, cultivent naïveté et sensualité.
Pendant la Grande Guerre, le peintre s’engage dans la Légion étrangère pour servir la France comme de nombreux artistes étrangers dans sa situation (Blaise Cendrars, Ossip Zadkine…). Kisling est sérieusement blessé et obtient la nationalité française. En 1916, il rencontre Renée Gross, une jeune étudiante de l’Académie Ranson qui devient sa femme et l’une de ses principaux modèles.
Dans les années 1920, Kisling multiplie les portraits de femmes. L’artiste fréquente à cette époque les cafés, les maisons closes et les dancings, avec ses amis Tsuguharu Léonard Foujita et Jules Pascin. Il peint quelques-unes des célébrités de son temps, Kiki de Montparnasse et la chanteuse Arletty.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kisling fuit le climat antisémite et s’installe à New York en 1941 où se trouvent de nombreux artistes parisiens, tel que Fernand Léger. Sa peinture rencontre le succès aux États-Unis où il expose dans d’importants musées, comme la Barnes Foundation de Philadelphie. En 1946, le peintre revient en France et s’établit dans le Sud, à Sanary-sur-Mer, où il décède en 1953.
Moïse Kisling, Femme au châle polonais, 1928
Huile sur toile • 100 X 72,5 cm • Musée national d’art moderne, Paris • © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-Grand Palais / DR
Femme au châle polonais, 1928
Dans ce portrait typique des années 1920, Kisling représente une jeune femme pudiquement vêtue d’un châle, sur un fond partiellement végétal. La fraîcheur du feuillage fait écho à celle de la jeune fille. Le châle apporte une note décorative au modèle. Cette œuvre combine les deux sujets fétiches de Kisling : le portrait de femme et la nature morte.
Moïse Kisling, Arletty, 1933
Huile sur toile • 98 × 95 cm • Musée du Petit Palais, Genève
Arletty, 1933
« Chez Kisling, c’était toujours la fête », se souvient Arletty dans ses mémoires. La chanteuse a posé pour le peintre à l’image d’une vénus moderne, le visage tourné vers le spectateur. L’arrangement de sa coiffure évoque la mode des années 1920. Cette sophistication tranche avec sa nudité offerte. Le thème du nu allongé, cher aux artistes de la Renaissance italienne, a été totalement réinvesti par les peintres de l’école de Paris qui lui ont donné une sensualité et une brutalité nouvelle. Cette œuvre trouve écho dans les nus de Modigliani et de Foujita à la même époque.
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique