SÉRIE – VACANCES MYTHIQUES D'ARTISTES

Mougins, été 1937 : un éden surréaliste avec Lee Miller, Man Ray, Picasso, Éluard…

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À Mougins, sur les hauteurs de Cannes et d’Antibes, Pablo Picasso et Dora Maar ont trouvé, en 1936, leur petit coin de paradis. Ils y prennent alors leurs quartiers chaque été, et invitent leurs amis Man Ray, Lee Miller, Paul Éluard, avec qui ils partagent l’insouciance des vacances… De Deauville à Saint-Tropez, Beaux Arts vous raconte ces lieux de villégiature mythiques qui ont inspiré des artistes. Préparez vos valises !
Man Ray, Roland Penrose, Adrienne Fidelin, Picasso et Dora Maar
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Man Ray, Roland Penrose, Adrienne Fidelin, Picasso et Dora Maar, 1937

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Épreuve gélatino-argentique • 6,2 x 8,5 cm • © Man Ray Trust / Adagp, Paris Crédit photographique : Guy Carrard - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP

À Mougins, il ne reste rien du « Vaste Horizon ». Rien, si ce n’est ce doux nom toujours inscrit sur la façade de cette villa située à l’entrée de la commune. Un nom qui fleure bon l’insouciance des vacances, des longs déjeuners à l’ombre des cyprès, et des rires qui chantent avec les cigales…

Dans les années 1930, quelques-uns des plus grands artistes du XXe siècle ont défilé dans cette modeste pension (aujourd’hui transformée en trattoria chic), à la recherche, sur les hauteurs de Cannes et d’Antibes, d’un cadre propice pour créer, s’amuser et s’aimer.

Dora Maar, Éluard et Nusch à Mougins
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Dora Maar, Éluard et Nusch à Mougins, 1937

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Négatif monochrome souple au gélatino bromure d’argent • 6 × 6 cm • © Centre Pompidou, MNAM CCI, Dist. RMN Grand Palais Image Centre Pompidou, MNAM CCI ADAGP 2023, Paris

Picasso, qui n’a d’yeux que pour Dora, la dessine sans cesse, y compris sur les nappes en papier des restaurants.

Pablo Picasso et Dora Maar furent les premiers à y poser leurs valises, à l’été 1936. Le couple, qui s’est formé quelques mois auparavant à la terrasse des Deux Magots à Paris, s’établit dès lors chaque été dans le petit village provençal, où l’on circule encore à dos d’âne. Bientôt, toute une ribambelle d’amis les rejoint. Il y a d’abord Éluard, grâce à qui Pablo a rencontré Dora, et sa femme adorée Nusch, égérie surréaliste par excellence, à la beauté magnétique et fragile.

Man Ray, bien sûr, qui après une longue traversée d’un désert sentimental vient de retrouver l’amour auprès d’Adrienne, dite Ady Fidelin, danseuse gracile originaire de Point-à-Pitre. Lee Miller, ex-compagne du photographe, est aussi présente, ainsi que son futur mari, le critique d’art et collectionneur britannique Roland Penrose. En 1937, la joyeuse bande se retrouve donc à Mougins, le temps d’un été placé sous le signe de l’art, de l’amitié et du libertinage…

Man Ray. À gauche : “Ady Fidelin, Man Ray, Nusch Éluard et Paul Éluard” (1937). À droite : “Adrienne Fidelin, Picasso et Dora Maar” (1937).
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Man Ray. À gauche : “Ady Fidelin, Man Ray, Nusch Éluard et Paul Éluard” (1937). À droite : “Adrienne Fidelin, Picasso et Dora Maar” (1937).

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© Man Ray Trust / Adagp, Paris Photo credits : Guy Carrard - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP

Il faut voir cette joyeuse colonie de vacances fanfaronner dans les ruelles du village, s’attabler bruyamment aux cafés. Le matin, on les voit s’entasser dans la voiture de Picasso puis partir vers le cap d’Antibes. Direction la Garoupe, petite plage sauvage qui se transforme en théâtre de leurs amours et de leur créativité. La photographie est omniprésente. On se baigne, on joue, on mange des glaces, on s’embrasse… face aux appareils de Man, Dora et Lee, qui passent de mains en mains. Et Kazbek, le lévrier afghan de Picasso, est aussi de la partie !

Peinture, photographie, déguisements et poésie

Quand vient l’heure du déjeuner, on s’attable à l’ombre des tonnelles pendant des heures. Picasso, qui n’a d’yeux que pour Dora, la dessine sans cesse, y compris sur les nappes en papier des restaurants. Pendant le séjour, il réalise aussi sept portraits de Lee Miller, dont le célèbre Portrait de Lee Miller en Arlésienne. Mougins l’inspire tant et si bien que l’Espagnol transforme sa chambre du Vaste Horizon en atelier, laissant libre cours à son imagination sur les murs. Un élan créatif que goûte peu le patron des lieux, qui demande à l’artiste de repeindre la pièce !

Pablo Picasso. À gauche : « Portrait de Dora Maar » (1937). À droite : « Portrait de Lee Miller en Arlésienne » (1937).
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Pablo Picasso. À gauche : « Portrait de Dora Maar » (1937). À droite : « Portrait de Lee Miller en Arlésienne » (1937).

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Musée national Picasso-Paris • © Succession Picasso Paris 2023 / ADAGP 2023, Paris / Photo le réservoir-art.com / Christie’s.jpeg

La bande improvise un pique-nique façon déjeuner sur l’herbe, délicieusement surréaliste…

Dans cette ambiance propice aux échanges artistiques, Paul Éluard travaille sur son dernier recueil de poésie. Dora Maar et Lee Miller photographient sans relâche la bande. Nusch et Ady, quand elles ne se déguisent pas en geisha ou en danseuses des îles, inspirent à Man Ray une série de photographies dans laquelle elles mettent en scène leur amour saphique, dans le secret d’une chambre de la pension. Le photographe profite aussi de ces semaines d’insouciance pour expérimenter une nouvelle pellicule Kodachrome. Toujours la caméra au poing, il signe cet été-là un véritable petit film de vacances en couleurs : une succession de moments joyeux et drôles.

Quand l’heure n’est plus au travail ou à la sieste, la bande part en promenade dans l’arrière-pays. Man Ray délaisse alors la caméra et glane toutes sortes d’objets à partir desquels il imagine des assemblages surréalistes. Au large de Juan-les-Pins, sur l’île Sainte-Marguerite, la bande improvise un pique-nique façon Déjeuner sur l’herbe, délicieusement surréaliste… L’été s’écoule ainsi, indolent.

Lee Miller, Pique-nique (Adrienne Fidelin, Man Ray, Roland Penrose, Paul et Nusch Éluard), île Sainte-Marguerite, Cannes.
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Lee Miller, Pique-nique (Adrienne Fidelin, Man Ray, Roland Penrose, Paul et Nusch Éluard), île Sainte-Marguerite, Cannes., 1937

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Épreuve gélatino-argentique • © Lee Miller Archives, England 2013. All rights reserved. www.leemiller.co.uk

Le réel ne semble avoir aucune prise sur le groupe d’amis qui coule des jours paisibles et légers. Pourtant à plusieurs centaines de kilomètre, l’histoire se remet en marche. En Espagne, où vit toujours la mère de Picasso, républicains et fascistes se livrent un combat sans merci. Un drame, plus immense encore se profile. Bientôt la guerre, l’exil de Man, la séparation de Pablo et Dora, le décès brutal de Nusch qui laisse Paul inconsolable… Mais sous l’ardent soleil de Mougins, tous s’abandonnent encore aux plaisirs de l’été et de son « vaste horizon ».

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Un été à la Garoupe

Film documentaire de François Lévy-Kuentz

2020, 58 min

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