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Faiseur de rêves, Odilon Redon (1840 – 1916) est le contemporain des impressionnistes. Mais alors que de nombreux artistes se tournent vers la nature et la vie moderne, lui choisit le monde intérieur, celui des songes et de l’imaginaire. Son chemin est solitaire mais se rapproche, dans son attrait pour l’ambigu et pour le fantastique, de la mouvance symboliste. La première partie de sa carrière est marquée par la gravure aux tonalités sombres avant de basculer dans la couleur. On peut dire de l’œuvre de Redon qu’elle atteint une profondeur mystique, et qu’elle puise dans les tréfonds de l’inconscient. Il n’est pas étonnant que les surréalistes aient reconnu en lui un précurseur.
Guy & Mockel, Odilon Redon
© Bridgeman Images
« L’artiste vient à la vie pour un accomplissement qui est mystérieux. »
Odilon est né à Bordeaux, d’un couple formé par un Français et une Créole. Il est élevé dans la région de Bordeaux, entre ville et campagne. Très jeune, il se met à dessiner et montre une imagination des plus fécondes. C’est un enfant chétif et timide qui se replie dans ses rêves. Ses prédispositions étant évidentes, ses parents acceptent que leur garçon entreprenne des études de dessin, d’abord dans le but de devenir architecte (comme son frère) et finalement artiste.
Redon entre dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme aux Beaux-arts. Passionné par les sciences du vivant, la botanique, la zoologie, la biologie, il n’apprécie guère l’enseignement académique. Après la guerre de 1870 – à laquelle il prend part comme fantassin – Redon s’installe définitivement à Paris et se fait des amis dans le cercle symboliste, notamment Stéphane Mallarmé. C’est un passionné de musique, et un grand admirateur de Richard Wagner.
L’artiste est surtout apprécié pour ses travaux de graveur, d’aquafortiste, une technique qu’il avait apprise auprès du graveur Rodolphe Bresdin vers l’âge de 20 ans. Jusqu’à la naissance de son fils, Redon est un artiste du noir. Ce goût change radicalement dans les années 1880 et Redon se met à utiliser la couleur dans des teintes vives et lumineuses. Il apprécie le pastel, ce qui donne un aspect diaphane à ses compositions. L’artiste participe à la dernière exposition du groupe des impressionnistes en 1886.
Le monde de Redon est partagé en deux périodes bien distinctes. La première partie de sa carrière, avec ses Noirs, est dominée par des visions d’angoisse, d’hallucinations fantastiques, fortement inspirées par la lecture des œuvres d’Edgar Allan Poe et de Charles Baudelaire. Durant la seconde partie de sa vie, Redon fait chanter la couleur et aborde des thèmes plus mystiques. Le ciel occupe une grande place dans ses compositions, toujours peuplées de créatures imaginaires ou mythologiques, et de grandes fleurs épanouies.
Au tournant du siècle, Odilon Redon est un acteur pleinement reconnu de la mouvance symboliste, mais aussi un nom de l’art moderne. Il est admiré des Nabis et de Paul Cézanne. Aussi, quarante de ses œuvres sont présentées à New York au cours de l’Armory Show en 1913, une exposition fondatrice.
Redon décède en plein milieu de la Grande Guerre, en 1916, sans avoir pu revoir son fils adoré, mobilisé. Il est enterré à Bièvres, dans l’Essonne, non loin de sa résidence estivale. En plus de son œuvre gravée, dessinée et peinte, Odilon Redon laisse un important journal tenu entre 1867 et sa mort, publié de façon posthume sous le titre À soi-même (1922).
Odilon Redon, À Edgar Poe – L’œil comme un ballon bizarre se dirige vers l’infini, 1878
Fusain et craie sur papier de couleur • 42,2 × 33,3 cm • New York, Museum of Modern Art • © Digital Image MoMA, New York / Scala, Florence
À Edgar Poe – L’œil comme un ballon bizarre se dirige vers l’infini, 1878
L’image a quelque chose de dérangeant. Elle fait partie de ces fantaisies morbides ou cauchemardesques dont le symboliste était coutumier dans les années 1870. L’artiste avait à cette époque une prédilection pour les têtes décapitées, l’œil et les insectes, notamment les araignées. Redon était obsédé par le thème de la vision, qui est aussi une métaphore du progrès. L’œil-ballon est une références aux montgolfières décrites par Edgar Allan Poe dans ses Histoires extraordinaires.
Odilon Redon, Les Yeux clos, 1890
Huile sur carton • 44 × 36 cm • Paris, musée d’Orsay • © Photo RMN (Musée d’Orsay) – Hervé Lewandowski
Les Yeux clos, 1890
Cette huile reprend un motif plus ancien, sans doute le portrait dessiné de son épouse Camille. Redon représente ce visage de face, les yeux fermés, plongé dans le rêve. Hors de tout contexte narratif, il donne le sentiment d’être une apparition divine, peut-être christique. L’artiste s’est probablement inspiré des artistes de la Renaissance qu’il admirait, en particulier Michel-Ange. Cette œuvre entretient une parenté avec un autre pastel célèbre de Redon, Le Christ du silence (1895–1898).
Odilon Redon, Le Char d’Apollon, vers 1910
Huile avec rehauts de pastel sur toile • 89 × 70 cm • Paris, musée d’Orsay • © Photo RMN-Grand Palais / Herve Lewandowski
Le Char d’Apollon, vers 1910
Redon connaissait bien l’œuvre d’Eugène Delacroix, qu’il admirait, dans la galerie d’Apollon au Louvre. À partir de 1908, le symboliste reprend à l’envi ce thème qui met en scène les chevaux du char divin aux prises avec le serpent Python. La présence d’Apollon est quasiment invisible, noyée dans un grand éclat d’aurore. Redon fait triompher la lumière sur les ténèbres. Tel est le sens qu’il donne à son œuvre dans la dernière partie de sa carrière, après avoir été un artiste du noir.
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