Décryptage

Pourquoi a-t-on donné au cœur cette forme ? Les secrets d’un symbole universel

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Il est partout ! Dans nos messageries sous forme d’émoji, sur les cartes de Saint-Valentin, dans l’art ancien comme contemporain… Mais depuis quand le cœur est-il un symbole universel de l’amour ? Comment sa stylisation est-elle née ? Une longue histoire, pas si évidente, aux influences multiples, entre mythologie, religion, botanique, esthétique et science, que Beaux Arts démêle ici à l’occasion de la fête des amoureux.
René d'Anjou, Le livre du Cœur d’amour épris (détail)
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René d'Anjou, Le livre du Cœur d’amour épris (détail), 1460-1485

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Parchemin - 138 feuillets • Folio 122v • Coll. BnF, Paris

« De deus cuers avez fet un » (« Vous avez fait un seul cœur de deux cœurs »). Comme jadis l’amour courtois du XIIe siècle, sous la plume de Chrétien de Troyes, nous avons tous l’image en tête : un cœur, ce sont deux moitiés qui s’unissent si profondément qu’elles ne font plus qu’une.

Mais comment est né ce symbole universel de l’amour ? Deux lobes qui se confondent et une pointe : qui lui a donné cette forme reconnaissable au premier coup d’œil ? La stylisation du cœur est le fruit d’une longue histoire aux influences multiples, entre mythologie, religion, esthétique et science.

Le lierre qui grimpe qui grimpe

L’histoire du cœur germe d’abord dans la Grèce antique où il s’épanouit dans la feuille de lierre, souvent peinte sur des poteries ou sculptée dans la pierre. Cette plante grimpante est associée à Dionysos, le dieu du vin, de la fête et des plaisirs. Les Grecs louent aussi le lierre pour sa longévité et sa résistance. Utilisée dans l’Antiquité comme contraceptif, la graine de silphium, désormais disparue, aurait également joué selon les historiens un rôle dans l’adoption de cette forme stylisée des arts grecs.

Attribué au peintre Cléophon d'Athènes, Cratère à figures rouges, représentant un poète, un joueur de flûte et un choeur d’hommes debout autour d’un mât de mai
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Attribué au peintre Cléophon d’Athènes, Cratère à figures rouges, représentant un poète, un joueur de flûte et un choeur d’hommes debout autour d’un mât de mai, 430–400 avant JC

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46,5 × 48 cm • © Content_DFY / Aurimages

Purement décoratif dans l’Antiquité, ce prototype végétal du cœur va se charger de connotations romantiques. Au Moyen Âge, on commence à l’associer à l’amour. Avant d’être charnel, le sentiment est d’abord divin. Dans leurs manuscrits, les copistes utilisent des feuilles à deux lobes pour orner les scènes de dévotion ou d’adoration. Même s’ils restent rares, ces motifs enluminés commencent à pousser dans les livres d’heures, destinés à la prière.

Les lobes flamboyants du Moyen Âge

Giovanni di Paolo, Sainte Catherine de Sienne échangeant son cœur avec le Christ
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Giovanni di Paolo, Sainte Catherine de Sienne échangeant son cœur avec le Christ, 1460

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Tempera et or sur bois • 28,9 × 22,5 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York

Progressivement, le Moyen Âge qui l’a adoubé, donne au cœur sa forme canonique. Au lieu du haut, on inverse la pointe vers le bas, et on lui donne davantage de symétrie. Des 1340, des manuscrits comme Le Roman d’Alexandre montrent des cœurs stylisés proches de leur aspect actuel. Pour mieux symboliser le sang et la vie, le cœur humain est peint en rouge, tel le flamboyant organe de Sainte Catherine de Sienne échangeant son cœur avec le Christ.

La Renaissance achève le dessin. Léonard de Vinci, en bon génie qu’il était, étudie le cœur sous toutes ses coutures avec une rigueur scientifique et anatomique. Il tranche dans le vif, comme d’autres artistes de l’époque, en disséquant des cadavres récupérés à la morgue. Les artistes italiens vont accentuer la carnation carmin, pourpre, et jouer la carte de la dramaturgie qui relie le cœur au sang et à la passion.

L’organe palpitant des émotions

Face à l’œuvre, le spectateur doit ressentir un coup de foudre ! À partir du XIXe siècle, le cœur romantique est partout, surgissant sur divers supports, allant des jeux de cartes coquins aux tableaux passionnés de Delacroix ou William Blake en passant par les objets d’art ou la joaillerie. Il devient l’organe palpitant des tumultes émotionnels, cristallisant particulièrement la souffrance. Le cœur est enfin le réceptacle des désirs sexuels – cachez cette forme qui flirte avec une poitrine généreuse ou une paire de fesses…

Keith Haring, Untitled
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Keith Haring, Untitled, 1988

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Sérigraphie sur toile • 20 × 19 cm • © Estate of Keith Haring / © akg-images

Symbole culte au XXe siècle, le cœur continue de palpiter dans l’œuvre autobiographique d’artistes tels Frida Kahlo, Niki de Saint de Phalle ou les Américains Keith Haring ou Jim Dine, pour ne citer que quelques noms que ce motif a fait chavirer. Plus personnel, ce dessin à deux lobes s’est chargé d’une aura entre lutte, courage ou résilience, des valeurs universelles. C’est aussi cela avoir du cœur aujourd’hui.

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