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Sa robe immaculée aux reflets de lune, sa crinière blanche et sa corne torsadée n’ont pas fini de faire rêver. Hybridation de plusieurs animaux réels, la licorne est l’une de nos plus belles et anciennes chimères. Comme le dragon, sa présence dans l’iconographie remonte à la nuit des temps : dès le VIe siècle avant J.-C., des récits de voyageurs venus de Perse et d’Inde (où surgissent les premières représentations), faisant état de mystérieuses créatures unicornes, se diffusent dans l’Occident chrétien et le monde musulman…
Cet animal féerique prend sa forme définitive à la fin du Moyen Âge : un élégant cheval blanc doté d’une barbiche de bouc, de sabots fendus et d’une longue corne pointue plantée au milieu du front, qui aurait le pouvoir magique de guérir les maladies et de prémunir du poison. Autre trait distinctif : seule une jeune vierge pourrait l’approcher. Manuscrits enluminés, tapisseries, peintures… Cet emblème de pureté envahit tous les arts. Éclipsée par la pensée rationnelle des Lumières, elle renaît de ses cendres au XIXe siècle pour incarner le rêve, puis à l’époque contemporaine, où elle revêt de nouvelles symboliques…
Tenture de la Dame à la licorne, vers 1500
312 x 330 cm • Coll. musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, Paris • RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen Âge) / Michel Urtado / presse
Raphaël, La Dame à la licorne, vers 1506
2. La plus miniature : « La Dame à la licorne » de Raphaël, 1505–1506
Récemment attribué à Raphaël, grand maître de la Renaissance italienne, ce tableau est un bijou de grâce et de délicatesse. Digne d’une princesse de conte de fées, une beauté blonde aux yeux bleus, portant au cou un imposant rubis associé à une grande perle, pose telle la Joconde sur une loggia ouvrant sur un paysage. Sur ses genoux se tient un bébé licorne, qu’elle encercle d’un bras protecteur. Des radiographies ont révélé qu’à l’origine se tenait à sa place un petit chien, symbole de fidélité conjugale. Le canidé aurait été remplacé par cette adorable licorne, expression de la pureté et de la virginité, lorsque la femme représentée – la belle comtesse Caterina Gonzaga de Montevecchio – se retira au couvent après la mort de son époux. Ce qui explique la taille minuscule et la couleur (bien surprenantes) de l’animal !
huile sur toile appliquée sur panneau • 67 x 56 cm
Chefs-d’œuvre de la Galerie Borghèse
Du 6 septembre 2024 au 9 février 2025
www.musee-jacquemart-andre.com
Musée Jacquemart-André • 158, boulevard Haussmann • 75008 Paris
www.musee-jacquemart-andre.com
Gustave Moreau, Les Licornes, 1885
3. La plus symboliste : « Les Licornes » de Gustave Moreau, 1885
Quelle fabuleuse (et étrange) vision que ces princesses parées d’étoffes et de bijoux précieux, dont l’une apparaît nue et alanguie, en compagnie de trois licornes immaculées ! Les belles passent leur bras autour de l’encolure des créatures, tout aussi altières et élégantes qu’elles – l’une portant même au cou un magnifique collier en or. Longtemps chassées de l’histoire de l’art par le rationalisme des Lumières, les licornes sont de retour ! Dans l’Europe industrielle du XIXe siècle, les chimères incarnent un besoin d’évasion par le rêve et de retour au merveilleux qui s’exprime chez beaucoup d’artistes par un regain d’intérêt pour le Moyen Âge et son univers fabuleux. Ces derniers infusaient particulièrement l’art symboliste du peintre Gustave Moreau, qui les réinventait à sa manière.
Huile sur toile • 115 x 90 cm • Coll. musée Gustave Moreau, Paris
Paul Sérusier, Les Licornes, 1913
4. La plus folklorique : « Les Licornes » de Paul Sérusier, 1913
Initiateur du groupe des Nabis et fasciné par l’art médiéval, Paul Sérusier aimait transposer des sujets mythologiques dans la campagne bretonne où il vivait : les paysages du Huelgoat, une bourgade pittoresque nichée au cœur du dernier morceau subsistant de la forêt de Brocéliande, célèbre pour ses légendes celtiques. L’artiste y peint donc ces trois licornes aux reflets mauve-argentés, paissant l’air de rien dans un champ automnal, et veillées par un mystérieux korrigan (lutin breton) encapuchonné de noir… Un tableau surprenant qui témoigne du besoin persistant qu’eurent les artistes, du XIXe siècle jusqu’à l’aube de la Première Guerre mondiale, de retrouver la magie du passé grâce au folklore et aux légendes anciennes.
Huile sur toile • 60 x 81 cm • Collection particulière • © Courtesy Oger
Les Senn, collectionneurs et mécènes
Du 16 novembre 2024 au 16 février 2025
MuMa - Le Havre • 2 Boulevard Clemenceau • 76600 Le Havre
www.muma-lehavre.fr
Rebecca Horn, Unicorn, 1970
5. La plus conceptuelle : « Unicorn » de Rebecca Horn, 1970
En 1970, l’artiste Rebecca Horn réinvente la représentation de la licorne et son utilisation comme symbole de guérison et de rêve. Pour soigner sa solitude et son corps meurtri par une maladie pulmonaire, l’Allemande se met à réaliser des body-sculptures, sorte de prothèses corporelles en coton, bandages ou plumes, dont on ne sait si elles la libèrent ou la restreignent, et dont elle s’harnache pour se transformer en créatures hybrides. Ici, c’est une performeuse qu’elle photographie debout dans un champ, une corne de licorne stylisée attachée au sommet de sa tête avec des bandages blancs. Une étrange tenue de super-héroïne qui rappelle les costumes surréalistes et épurés dessinés par Jean Cocteau pour le ballet La Dame à la licorne (1959).
Performance • © Adagp, Paris, 2024 / Photo Achim Tode
Maïder Fortuné, Licorne, 2005
6. La plus mélancolique : « Licorne » de Maïder Fortuné, 2005
Qu’elle est mélancolique cette licorne solitaire sur fond noir, debout comme résignée sous une pluie battante de plateau de cinéma ! En réalité, il s’agit d’une pluie de cendres (associée à un bruit d’eau trompeur) qui noircit peu à peu sa robe. Au fil de cette vidéo désaturée, qui évoque les images floues de surveillance ou les « preuves » toujours brumeuses documentant l’existence d’ovnis ou d’esprits, on comprend qu’il ne s’agit en réalité que d’un cheval affublé d’une fausse corne. À travers cette œuvre poétique, incluse dans le cabinet de curiosités du musée de la Chasse et de la Nature, l’artiste française Maïder Fortuné interroge la fragilité de nos rêves et de nos croyances. Dans la grisaille contemporaine, la magie de la licorne peut-elle encore exister ?
Video, digital Beta, couleur, sonore • 7 min • Maïder Fortuné / Photo Paoletti & Rouland 2007
Will Cotton, Roping, 2019-2020
7. La plus queer : « Roping » de Will Cotton, 2019
Au XXIe siècle, la licorne, qui évoque le rêve mais aussi la beauté inoffensive et flamboyante de la différence – n’est-elle pas aimée de tous, tout en étant une curiosité de la nature ? – est récupérée par la communauté LGBTQIA+. Cette dernière en fait fièrement son emblème, qu’elle associe à la couleur rose ou à des panaches arc-en-ciel. C’est cette nouvelle licorne que représente le peintre américain Will Cotton : dotée de longs cils de Barbie, elle caracole dans des nuages barbe-à-papa, montée par un cow-boy triomphant. Une image queer qui remet en question les normes de virilité, tout en convoquant la mémoire des jouets genrés de notre enfance. La preuve que la licorne n’a pas fini de se réinventer !
Courtesy Will Cotton / Templon, Paris Bruxelles New York / © Will Cotton / ADAGP, Paris 2024
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1. La plus iconique : la tenture de « La Dame à la Licorne », vers 1480–1500
Tissé en Flandres vers 1480–1500 pour un riche commanditaire, ce célèbre ensemble de six tapisseries, joyau du musée de Cluny, constitue un flamboyant chef-d’œuvre médiéval annonciateur du fleurissement la Renaissance française. Si les cinq premières représentent les cinq sens, la sixième demeure énigmatique. Ses personnages principaux ? Une jeune femme richement vêtue, et une licorne qui l’accompagne en souriant, porte ses emblèmes, la laisse caresser sa corne et pose même ses pattes sur ses genoux ! L’animal, dont le caractère merveilleux est souligné par le raffinement de ces tapisseries millefleurs, se révèle ambivalent : un symbole de pureté et de grâce, mais aussi d’attraction sexuelle, de sensualité et de séduction. Conçues comme des énigmes à déchiffrer, ces œuvres de fil soulignent le mystère de cette créature qui ne s’offre pas facilement.