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Musée des beaux-arts de Nancy

Quand le graffiti faisait l’effet d’une bombe dans l’art

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Dans un parcours richement documenté et rendant hommage aux pionniers du genre, le musée des beaux-arts de Nancy remonte aux sources du graffiti, des années 1960 aux années 1980. Du vandalisme à la reconnaissance officielle…
NYC Rap Tour, Lyon
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NYC Rap Tour, Lyon, 1982

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© photo Didier Buriez

Il a transformé les murs gris en tableaux de couleurs, et changé la face de l’histoire de l’art. L’aérosol, c’est de la bombe ! Comme l’invention de la gouache en tubes au XIXe siècle a permis aux impressionnistes de camper leurs paysages sur le motif, de la peinture en spray découle un art outsider qui a fini par écrire, au fil des décennies, ses lettres de noblesse : le graffiti.

Inaugurée ce printemps au musée des beaux-arts de Nancy, avec l’événement RUN, Rencontres urbaines de Nancy [lire en fin d’article], l’exposition « Aérosol. Une histoire du graffiti » plonge aux sources de cet art, et de sa culture, des années 1960 à 1985. Le parcours, imaginé par Nicolas Gzeley et Patrice Poch, à la fois artistes et chercheurs, acteurs du projet ARCANES (Centre national de ressources numériques de l’art urbain), rassemble des œuvres rares et inédites, ainsi que de nombreux documents, photographies et témoignages.

Murs de revendications et pionniers

Au commencement donc était une bombe, laquelle trouva un autre destin que de simplement repeindre une voiture, un radiateur, ou du mobilier de jardin. Dès le début des années 1960, l’aérosol concurrence le pinceau : plus léger, plus maniable, et d’usage plus rapide (pratique pour ne pas se faire repérer). C’est l’époque où les murs ont des choses à nous dire, devenant les porte-paroles de luttes politiques : indépendance de l’Algérie, guerre au Viêt Nam, grèves ouvrières, luttes féministes… Les façades et le mobilier urbain sont un défouloir en Mai 68 : « Jouissez, il est interdit d’interdire ! »

Jouissez. Il est interdit d’interdire, Paris
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Jouissez. Il est interdit d’interdire, Paris, 1972

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© photo Pascal Perquis

La première partie de l’expo « Aérosol » fait la part belle aux artistes pionniers. Parmi eux, les membres du groupe du Nouveau Réalisme, Jacques Villeglé, qui décolle et décadre des affiches publicitaires lacérées, et Raymond Hains qui reconstitue des palissades à sa sauce. On croise aussi Ben Vautier, lequel devient « Ben » tout court en troquant ses pinceaux pour un aérosol dans les années 1980. Vingt ans plus tôt, c’est Gérard Zlotykamien alias « Zloty », qui tournait le dos à l’art officiel, en s’emparant d’abord d’une poire à lavement, puis très vite, d’une bombe. Ses « éphémères », silhouettes fragiles évoquant les victimes de la déportation nazie, sont entrées dans les collections du Centre Pompidou en 2024.

Du rock au hip hop, le graffiti entre en scène

Des couleurs qui fusent, des blazes (noms) qui claquent. Ça joue avec les surfaces, des palissades aux wagons de métro, ça explose des formes, fait galoper des lettres… En 1983, quand le hip-hop déferle en France, il existe depuis dix ans aux États-Unis. Ce mouvement se compose du rap, du DJing et du beatboxing pour la musique, du b-boying ou breakdance pour la danse, et, côté peinture, bien sûr du graffiti. On l’oublie mais le rock a aussi apporté sa pierre à la promotion du graffiti. L’exposition de Nancy rappelle, entre autres, un épisode marquant remontant à 1981, quand le groupe The Clash invitait Futura 2000, un writer de Brooklyn, à peindre pendant leur concert une immense fresque sur la scène du théâtre Mogador.

La palissade du Louvre, Paris
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La palissade du Louvre, Paris, 1984

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© photo Denis Riout

Le terrain vague de Stalingrad-La Chapelle devient à partir de 1984 le premier « Hall of Fame » de la capitale.

Ultra documentée, « Aérosol » nous ramène aussi à la tournée du New York City Rap Tour qui démarre en novembre 1982 rassemblant une palette d’artistes aujourd’hui culte – Phase2, Futura 2000, Dondi, Rammellzee, Afrika Bambaataa, DST, le Rock Steady Crew, les Buffalo Girls et Fab Five Freddy. En juillet 1984, la publication de l’ouvrage Subway Art de Martha Cooper et Henry Chalfant, compte aussi parmi les classiques qui ont contribué à faire exploser le graffiti. À Paris, il investit d’abord les quais de Seine, puis les palissades du chantier de Beaubourg, et celles de la pyramide du Louvre en construction. Le terrain vague de Stalingrad-La Chapelle devient à partir de 1984 le premier « Hall of Fame » de la capitale, où danseurs, rappeurs et surtout graffeurs convergent : le monde leur appartient !

La grande bataille du style

Du pochoir de Miss.Tic ou Blek le Rat au picturo-graffiti (comprenez le bombage à main levée) de Claude Costa ou le collectif 3Dvipa, le musée des beaux-arts de Nancy met en avant toutes les expressions du graffiti. Si le Wild style et le Bubble style sont cryptés pour vous, comptez sur le parcours pour tout vous expliquer, wagons de trains entièrement recouverts à l’appui. Enfin, pour stimuler la curiosité des enfants, des cartes d’exploration « Aérosol » sont proposées gratuitement aux familles. L’imagination est (encore) au pouvoir !

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Aérosol. Une histoire du graffiti

Du 15 juin 2024 au 22 septembre 2024

musee-des-beaux-arts.nancy.fr

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Rencontres urbaines de Nancy

Du 2 au 12 avril 2025

Tous dans la rue à Nancy ! Musique, art, sport, mode, danse, street food… Rendez-vous incontournable de la culture urbaine les « RUN » – Rencontres Urbaines de Nancy vous feront vibrer durant 10 jours au rythme des cultures urbaines. Côté artistes, on ne manque pas cette année l’œuvre de L’Atlas qui vient enrichir le parcours « Art Dans Nancy (ADN) », collection hors les murs du musée des Beaux-Arts et l’exposition immersive conçue par l’artiste Lor-K. Tout se terminera par une grande Block-party le 12 avril avec musique, graffiti, skate, BMX, breakdance, ateliers…

Plus d’informations sur run.nancy.fr

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