Jean-Baptiste Greuze, Les Œufs cassés, 1756
Huile sur toile • 73 x 94 cm • Coll. Metropolitan Museum of Art, New York • © Wikimedia Commons
Toutes les peintures ne se valent pas. Du moins, c’est ce qu’on a longtemps pensé en la matière ! En Europe, dans le sillage de la Renaissance italienne au début des années 1600, les grandes académies, qui ont poussé en Italie, en France puis en Angleterre, commencent à établir une classification des peintures selon leur type.
En France, cette hiérarchie entre les peintures est clairement édictée en 1669 par André Félibien (1619–1695), architecte de formation et secrétaire de l’Académie des inscriptions et des belles-lettres. Ce dernier propose le classement suivant :
• peinture d’histoire
• portrait
• peinture de genre
• paysage
• peinture animalière
• nature morte
Pierre Devret, Portrait de André Félibien, XVIIIe siècle
Gravure • 24,2 × 17,8 cm • © Institut National d’Histoire de l’Art, Paris
En haut de la pyramide trône donc la peinture d’histoire. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle domine les Salons en traitant d’événements historiques, allégoriques, mythologiques et religieux importants.
En bas de cette organisation, on trouve les paysages, les peintures animalières et les natures mortes, qui seront, de fait, marginalisés pendant longtemps. Des « sous-genres » que l’on oppose au « grand genre », selon le terme consacré à la peinture d’histoire, considérée comme la plus « artistique ».
La peinture de genre, qui décrit des scènes de la vie quotidienne, joue d’un entre-deux. Ce sont des scènes de mariage dans un village, une paysanne qui reprise un mouchoir, des enfants qui jouent, une famille qui ripaille… L’ordinaire de la vie que le peintre va décrire du bout de son pinceau. Pas de quoi plaire à l’Académie, laquelle juge ces œuvres moins nobles que la peinture d’histoire et le portrait.
Reléguées et oubliées des circuits officiels, les scènes de genre vont pourtant être parmi les plus populaires. La peinture de genre est particulièrement prisée dès le XVIIe siècle aux Pays-Bas, où les peintres, à la foi protestante, abandonnent les sujets religieux pour se tourner vers d’autres plus intimes.
Le banal conquiert du terrain. La France a aussi ses représentants du « genre » au XVIIe siècle, tels que Louis Le Nain ou, un siècle plus tard, Jean-Baptiste Greuze. De nouveaux sous-genres du genre apparaissent. Pour une scène d’auberge aux paysans rigolards, on parle de « bambochade ». Pour un moment intime, ou montrant des émotions, on parle de « style troubadour ». Les femmes, qui n’ont pas accès au « grand genre », c’est-à-dire à la peinture d’histoire – à quelques rares exceptions comme Élisabeth Vigée Le Brun –, vont particulièrement s’épanouir dans ce style troubadour.
Eugénie Servières, Inès de Castro se jetant avec ses enfants aux pieds d’Alphonse IV roi du Portugal, pour obtenir la grâce de don Pedro, son mari en 1335, 1822
Huile sur toile • 115,3 × 142,5 cm • Coll. Château de Versailles • © Wikimedia Commons
Mais c’est véritablement au XIXe siècle que les « genres » s’affirment sous le pinceau de peintres justement « réalistes » tels que Gustave Courbet avec Bonjour Monsieur Courbet. Une banale scène de rencontre, à laquelle le peintre ose carrément donner les (grandes) dimensions d’un tableau religieux ! La voie est ouverte aux impressionnistes qui, à partir des années 1880, font des descriptions de la vie moderne, des baignades, des repas champêtres, notamment, leurs sujets de prédilection. Et la « peinture de genre » passa enfin sur le devant de la scène !
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