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Jean-Baptiste Greuze en 2 minutes

Jean-Baptiste Greuze (1725–1805) en bref

Enfant chéri de l’encyclopédiste Denis Diderot, Jean-Baptiste Greuze est l’un des plus grands peintres de scènes de genre du XVIIIe siècle. L’artiste donne à l’art une grande dimension morale, tout à fait neuve pour l’époque. Il bannit quasiment de son répertoire les scènes rococo, frivoles ou trop séduisantes, que cultivent ses contemporains François Boucher ou Jean-Honoré Fragonard. Greuze fuit l’académie… en conformité avec son caractère réputé capricieux !

Jean-Baptiste Greuze, Portrait de l’artiste
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Jean-Baptiste Greuze, Portrait de l’artiste, vers 1795

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Huile sur toile • Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

On a dit de Jean-Baptiste Greuze

« Courage, mon ami Greuze, fais de la morale en peinture, et fais-en toujours comme cela. » Denis Diderot, 1763

Jean-Baptiste Greuze en quelques dates

Un apprentissage entre Lyon et Paris

Jean-Baptiste Greuze est né à Tournus, en région bourguignonne, dans une famille d’artisans. À l’âge de huit ans, il charbonne des dessins sur les murs. Son père décide de l’envoyer en apprentissage chez un peintre lyonnais. En 1750, le jeune apprenti monte à Paris et entre dans l’atelier de Charles Natoire, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. L’artiste se fait remarquer par son tempérament boudeur, refusant la critique.

Un peintre soutenu par Diderot

En 1755, soutenu par un amateur, l’abbé Gougenot, Greuze part en Italie. Le mécène le finance mais remarque aussi ses frasques. Greuze commande des modèles, puis annule brutalement les séances de pose. Il cumule les excentricités. Revenu à Paris, le succès vient vite. En 1757, Greuze expose Le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants, acheté par un très riche collectionneur, Lalive de Jully. L’œuvre traduit les préoccupations morales de l’artiste. Denis Diderot, philosophe et critique d’art influent, la remarque… et fait de Greuze son peintre de prédilection !

Des scènes de genre vraisemblables et morales

C’est que son œuvre lui paraît illustrer à merveille ses propres théories. Greuze est réputé pour être « sensible », c’est-à-dire capable de bien traduire les sentiments et les mœurs honnêtes. Ses sujets portent sur le repentir de la faute ou la décence des jeunes filles. Sous son pinceau, peu avare de détails, les scènes familières semblent vraies. Greuze ne prend pas de modèles professionnels mais des paysans, des gens du peuple… Admirant sa mise en scène théâtrale de la vie familiale, Diderot pardonne à Greuze sa vanité. Pour lui, chacun de ses tableaux est un « petit traité de morale ».

Un chef-d’œuvre acclamé

Vers 1761, Greuze épouse la fille d’un libraire qui tient la bourse du ménage, et s’occupe du courtage des tableaux et gravures de son mari. Mais ce mariage ne le rend pas heureux. À cette époque, Greuze peint son chef-d’œuvre, L’Accordée de village, exposé en 1761. Diderot, une nouvelle fois, fait sa louange. Le tableau est acheté par le marquis de Marigny, puis passe dans les collections du roi.

Reçu à l’Académie comme peintre de genre

L’artiste est pourtant insatisfait : il souhaite être reconnu comme peintre d’histoire, un statut plus noble que celui de peintre de genre. En 1769, il expose donc un sujet tiré de l’histoire antique : L’Empereur Septime Sévère reproche à Caracalla, son fils, d’avoir voulu l’assassiner. Le tableau déplaît et on lui reproche de manquer de style. Greuze est reçu à l’Académie, non en tant que peintre d’histoire mais comme peintre de genre. C’est un dur camouflet et même Diderot lâche « son » peintre.

Une fin de carrière dans la solitude

Dès lors, Greuze se retire des Salons et, pour ainsi dire, de la vie publique. Il continue toutefois à exposer et à attirer des amateurs dans son atelier. Ses œuvres sont popularisées par la gravure. Mais la Révolution lui porte un autre coup fatal. Perçu comme un peintre démodé, il ne fait plus recette et décède en 1805, ruiné et solitaire.

Ses œuvres clés

L’Accordée de village, 1761

Jean-Baptiste Greuze, L’Accordée de village
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Jean-Baptiste Greuze, L’Accordée de village, 1761

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huile sur toile • Musée du Louvre, Paris • © 2010 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Il s’agit d’une scène qui précède un mariage. Dans un intérieur réunissant la famille de la fiancée, le jeune homme se voit payer la dot par le père de la jeune fille. Cette dernière est réservée, pudique, et tient par le bras son futur époux. Sa mère et sa jeune sœur sont en larmes. Présenté au Salon de 1761, ce tableau attire les foules. La thématique de la famille, l’émotion des personnages et la force des détails conquièrent le public. Denis Diderot apprécie ce tableau qui est pour lui l’illustration d’une peinture populaire et morale.

Le Paralytique ou La Piété filiale, 1763

Jean-Baptiste Greuze, La piété filiale ou Le Paralytique secouru par ses enfants
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Jean-Baptiste Greuze, La piété filiale ou Le Paralytique secouru par ses enfants, 1763

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huile sur toile • 115 × 146 cm • Musée de l’Ermitage, Saint Petersbourg • Photo © Fine Art Images / Bridgeman Images

Cette œuvre a aussi beaucoup contribué au succès de Greuze. Clou du Salon de 1763, il attire une foule si dense que Diderot se plaint de ne pouvoir l’approcher. Le sujet est moral et familial. Un paralytique est soigné par sa famille, en particulier son fils. Son attitude dénote de la compassion et de l’attention pour le vieillard. Ce dernier se trouve donc récompensé de la bonne éducation donnée à son fils. Comme traditionnellement dans ses scènes de genre, Greuze a disposé ses personnages en frise, ce qui permet de mettre en valeur leurs attitudes et leurs liens au sein d’une narration.

La Cruche cassée, vers 1771

Jean-Baptiste Greuze, La Cruche cassée
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Jean-Baptiste Greuze, La Cruche cassée, 1772

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Huile sur toile • musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Cette œuvre qui s’apparente à un portrait de genre délivre un message caché : la perte de l’innocence. Il s’agit d’une commande pour la comtesse du Barry, maîtresse de Louis XV. Une jeune fille délicate, à peine sortie de l’adolescence, tient à son bras droit une cruche très ébréchée. L’objet suggère la perte de la virginité. D’ailleurs, à bien y regarder, sa tenue est pour le moins défaite et le corsage laisse apercevoir la poitrine.

Par • le 27 juin 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Jean-Baptiste Greuze

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