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L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

« The Brutalist » : le chef-d’œuvre qui fait écho aux censures culturelles de Trump

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Publié le , mis à jour le

Vite, allez au cinéma voir The Brutalist réalisé par Brady Corbet : vous y connaîtrez une expérience artistique inouïe comme l’on en vit seulement une par décennie. Oubliez la Joconde et sa forêt de selfies qui empêchent tout regard ; déconnectez-vous de la violence des réseaux sociaux et profitez du confort d’une salle avec grand écran pour jouir de ce film majeur qui, en 3h35 – jamais on ne trouve le temps long, d’autant que le réalisateur réinvente l’entracte, enchanté par une magnifique composition musicale de quinze minutes dont le décompte des secondes s’affiche à l’écran –, va vous transformer, vous emmener au plus près du sublime et de l’humanité !

Sorti le 12 février en France, ce film américain underground à petit budget, réalisé en sept ans et qui a déjà reçu quelque 136 récompenses dans le monde entier, est un total chef-d’œuvre par l’extraordinaire beauté de ses images (tournées en VistaVision, c’est-à-dire en 35 mm à l’horizontale), ses incroyables inventions visuelles, son scénario, le jeu de ses acteurs, son montage, sa complexité, sa bande-son due au génial compositeur expérimental et plasticien britannique Daniel Blumberg, etc. L’émotion qui se dégage du film, son intelligence, ses références culturelles multiples et sa capacité à entraîner chacun d’entre nous, quelle que soit son origine, en font une œuvre universelle.

Le brutalisme, encore dénigré

Le film raconte l’histoire d’un jeune architecte fictif, survivant de la Shoah, devenu héroïnomane pour soulager ses blessures physiques et mentales, émigré aux États-Unis après la guerre et qui va édifier pour un millionnaire américain abject et antisémite un bâtiment utopique et brutaliste, courant architectural dont Le Corbusier fut l’un des maîtres.

Pas moins de trois récompenses aux Golden Globes pour le film de Brady Corbet.
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Pas moins de trois récompenses aux Golden Globes pour le film de Brady Corbet.

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© Universal Pictures International France.

Critique acerbe de l’Amérique des années 1950 et 1960, du capitalisme sans foi ni loi qui exploite les immigrés et dénigre la création et la modernité culturelles, le film est sorti au moment même où, la première semaine de son mandat, Donald Trump signait un décret visant à restaurer partout dans le pays le style néoclassique bon teint qui caractérise la Maison Blanche et les monuments de Washington.

Une véritable guerre culturelle menée par Trump

Car le mouvement MAGA (Make America Great Again) entend mener une véritable guerre contre l’idéologie woke et la diversité culturelle. Outre son décret sur l’architecture, Trump s’est auto-nommé président du Kennedy Center, institution culturelle qu’il accuse de dérive sexuelle pour avoir présenté des spectacles avec des drag-queens, et a « viré » la totalité de l’équipe de direction ! Du jamais-vu.

La guerre culturelle est totale et, déjà, de nombreux donateurs américains faisant partie du « board » de plusieurs musées ont demandé à certains d’entre eux de supprimer, à la demande de Trump, leur programme d’inclusion ou LGBTQIA+. Même si l’essentiel de la culture aux États-Unis est financé par le secteur privé, il se dessine très nettement une entreprise active de la part des MAGA de censurer la création et la culture. Un mouvement qui malheureusement se développe également dans tous les pays européens gouvernés par l’extrême droite, de l’Italie à la Hongrie.

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The Brutalist

Par Brady Corbet

2024 · 214 min. · déjà en salles

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