Pieter Brueghel le Jeune, Femme portant les braises, vers 1626
Photo Arthur Brand
Arthur Brand, alias « L’Indiana Jones du monde de l’art », a encore frappé ! Cette fois, c’est une petite peinture ronde de Pieter Brueghel le Jeune (1564–1638) que le détective a aidé à identifier. Désormais retrouvée, Femme portant des braises (1626) avait totalement disparu depuis son vol rocambolesque perpétré il y a 50 ans au musée national de Gdansk, en Pologne, où elle se trouvait depuis 1944…
L’histoire de l’œuvre est digne d’un roman d’espionnage. Cette petite peinture de 17 centimètres de diamètre, qui représente une paysanne tenant dans une main des braises au bout d’une pince, et dans l’autre un chaudron, avait été dérobée en 1974 au musée de Gdansk – se trouvant à l’époque au sein du bloc de l’Est. Le 24 avril 1974, un employé du musée fait accidentellement tomber le tableau du mur. C’est alors qu’il découvre que le petit cadre en bois ne contient plus la peinture mais une simple reproduction découpée dans un magazine… Une deuxième œuvre, un dessin de crucifixion d’Antoine van Dyck, a également disparu.
Quelques jours plus tard, un douanier polonais qui avait signalé l’exportation illégale d’œuvres d’art via le port baltique de Gdynia aurait été tué, immolé par le feu, juste avant que la police aille le voir pour l’interroger. Peu de temps après, les enquêtes sur la mort de cet homme et sur la disparition du tableau sont étrangement clôturées.
C’est alors que commencent à courir des rumeurs évoquant notamment l’implication des services secrets polonais… Des Néerlandais auraient-ils tenté de récupérer leur patrimoine coincé de l’autre côté du rideau de fer, poussant les autorités communistes à essayer d’étouffer l’affaire ? Quoi qu’il en soit, personne ne pense un jour revoir l’œuvre.
La petite peinture ressemble beaucoup à l’œuvre disparue, dont le journaliste a retrouvé une photo en noir et blanc dans un article.
Mais en 2024, tout juste un demi-siècle plus tard, le journaliste John Brozius, collaborateur du magazine d’art néerlandais Vind, repère un tableau dans une exposition présentée au musée de Gouda, aux Pays-Bas. Prêtée par un collectionneur privé néerlandais, la petite peinture ressemble beaucoup à l’œuvre disparue, dont le journaliste a retrouvé une photo en noir et blanc dans un article publié sur un site polonais…
Cette paysanne tenant des braises dans une main et un chaudron (ou un seau) d’eau dans l’autre est un motif récurrent chez les Brueghel. Elle fait référence à un vieux proverbe néerlandais : « Ne croyez jamais une personne qui porte de l’eau dans une main et du feu dans l’autre ».
Pieter Brueghel l’Ancien, Les Proverbes flamands, 1559
Huile sur panneau de bois • 117 × 163 cm • Coll. Gemäldegalerie, Berlin
En d’autres termes, méfiez-vous de la duplicité. On retrouve ce personnage dans le coin inférieur gauche du célèbre tableau Les Proverbes flamands de Pieter Brueghel l’Ancien (1559), dont le fils Pieter Brueghel le Jeune reprenait allègrement les motifs.
Brueghel le Jeune aurait peint six fois ce même sujet. Les journalistes de Vind ne sont donc pas totalement sûrs d’avoir retrouvé l’œuvre volée. C’est alors qu’intervient Arthur Brand, le fameux détective néerlandais surnommé « l’Indiana Jones du monde de l’art » pour avoir contribué à retrouver en quinze ans plus de 130 œuvres volées, d’une valeur totale de 450 millions d’euros. Après avoir lu l’article dans Vind, Brand décide de se rendre à Gouda pour en avoir le cœur net. Avec la police néerlandaise, il enquête et compare le tableau avec l’œuvre dérobée, répertoriée dans la base de données d’Interpol. Tout correspond, y compris les informations cachées au dos. Conclusion : il s’agit « à 100 % » de la même peinture, confirment Brand et la police à l’AFP.
Arthur Brand pose à côté du portrait de Dora Maar retrouvé en 2019
© Stringer / AFP
L’œuvre est actuellement gardée sous clé dans un musée de Venlo, dans la province du Limbourg aux Pays-Bas. Arthur Brand espère que le Brueghel pourra bientôt être restitué à Gdansk, « pour être exposé, dans un musée, là où il est à sa place ». Ce qui devrait pouvoir se faire, les autorités polonaises ayant indiqué ce lundi qu’elles « prenaient toutes les mesures possibles pour restituer l’œuvre à sa collection d’origine ». En attendant, les forces de l’ordre néerlandaises enquêtent toujours sur la façon dont le tableau a fini par se retrouver entre les mains de son propriétaire actuel…
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