Jusepe di Ribera, L’Ivresse de Silène, vers 1626
huile sur toile • 185 x 229 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Masaccio, La Crucifixion, 1426
Sublime douleur
Longtemps, cette Crucifixion fut accrochée au sommet du panneau central d’un polyptyque réalisé par Masaccio pour l’église du Carmel de Pise, démembré et dispersé au XVIe siècle. Redécouverte à la fin du XIXe, cette tempera sur bois a rejoint les collections du musée Capodimonte en 1901, sous une attribution erronée à Fra Angelico avant de finalement être réattribuée à Masaccio en 1906. Le peintre, qui a représenté la scène di sotto in su, c’est-à-dire en employant le point de vue en contrebas du spectateur, crée ici un effet de réel absolument poignant. Celui-ci est renforcé par les traits de douleur de la Vierge et de saint Jean, tout comme par la posture éplorée de Marie Madeleine agenouillée, dos au spectateur. Qui ne peut dès lors qu’imaginer son désespoir…
tempera sur bois • 83 x 65 x 5,5 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Parmesan, Portrait d’une jeune femme dite “Antea”, entre 1524-1527
Mystérieuse reine de beauté
Comment rester de marbre face à ces yeux perçants, qui luisent sur cet harmonieux visage tels deux astres sombres ? Malgré de longues batailles d’experts, personne n’a pour l’instant réussi à affirmer avec exactitude l’identité de cette belle jeune femme, qui pourrait aussi bien être une servante (voire une amante) du Parmesan qu’une aristocrate du nord de l’Italie… Quoi qu’il en soit, avec son long cou et son bras droit démesuré, la mystérieuse « Antea » est devenue, au fil des siècles, une icône de la « manière » italienne du XVIe siècle.
huile sur toile • 138 x 86 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Titien, Danaé, 1553–1554
La sensualité retrouvée de Danaé
Allongée dans son lit, avec pour seul vêtement une discrète parure de bijoux et un drap blanc sensuellement enroulé entre les jambes, la belle Danaé regarde une pluie d’or s’abattre sur elle. Placé à droite de la composition, un Cupidon observe la scène incrédule. L’érotisme sans fard de la Danaé de Titien, qui répondait ici à une commande du cardinal Alexandre Farnèse, a valu à l’œuvre d’être reléguée au « Cabinet des peintures obscènes » du Real Museo Borbonico. Sur décision de Ferdinand Ier, elle ne pouvait être admirée que sur rendez-vous ! Volée pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis, l’œuvre fut retrouvée dans les mines de sel de Salzbourg aux côtés de milliers d’autres chefs-d’œuvre pillés.
huile sur toile • 120 x 172 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte
Guido Reni, Atalante et Hippomène, 1620–1625
Course mortelle
Un dernier sprint avant la mort ? Mécontente de l’union que lui a annoncé un oracle, Atalante met au défi ses prétendants lors d’une course à pied. Si ces derniers sont battus, ils sont exécutés. Guido Reni reprend ici le fameux thème issu des Métamorphoses d’Ovide, l’expurgeant de toute référence au récit antique. Sous son pinceau, la scène se fait éminemment théâtrale et dynamique : Atalante est en train de ramasser la deuxième pomme d’or (semée par son prétendant pour la ralentir), tandis qu’Hippomène est sur le point de franchir la ligne d’arrivée… Les corps des deux coureurs semblent figés en pleine action, dans un clair-obscur au clair de lune.
huile sur toile • 191 x 264 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Artemisia Gentileschi, Judith et Holopherne, 1613
Chef-d’œuvre féministe ?
La scène, issue de l’Ancien Testament et dont se sont emparés de nombreux peintres, est d’une violence crue : aidée de sa servante, Judith décapite froidement le général Holopherne qui vient d’assiéger avec ses troupes la ville juive de Béthulie. Le clair-obscur caravagesque d’Artemisia Gentileschi renforce la dramaturgie de cette puissante condamnation à bras-le-corps. L’homme a les traits figés dans une grimace glaçante, le sang coule à gros bouillons… Pourtant, ici, la victime n’est sans doute pas celle que l’on croit : certains critiques ont en effet vu dans cette œuvre magistrale – dont il existe une version postérieure, conservée aux Offices, à Florence – la propre vengeance de Gentileschi, violée par le peintre Agostino Tassi…
huile sur toile • 158,5 x 125,5 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Caravage, La Flagellation du Christ, 1607
Ténèbres caravagesques
Indomptable Caravage ! En 1606, le célèbre peintre au sang chaud est condamné au « bannissement capital » après avoir mortellement blessé son ami Tomassoni lors d’une rixe à Rome. Une seule solution : fuir. Après quelques temps d’errance, l’artiste s’installe à Naples, où il réalise cette magistrale Flagellation du Christ, commandée par Tommaso de Franchis pour la chapelle familiale de l’église San Domenico. Inspiré d’une fresque de Sebastiano del Piombo, ce retable se veut délibérément anti-académique. La palette du peintre est réduite au minimum. Les bourreaux, dont on devine à peine les visages féroces, sont plongés dans une profonde obscurité, tandis que le corps du Christ, en pleine lumière, semble irradier dans les ténèbres… Ce funeste – mais néanmoins sensationnel – chef-d’œuvre est l’unique tableau de Caravage conservé au musée Capodimonte.
huile sur toile • 286 × 213 cm • Coll. musée et Real Bosco de Capodimonte • © Avec l'aimable autorisation du ministère de la Culture (MIC), du musée de Capodimonte et du Real Bosco di Capodimonte / Photo Luciano Romano
Naples à Paris – Le Louvre invite le musée de Capodimonte
Du 7 juin 2023 au 8 janvier 2024
Musée du Louvre • Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Enivrez-vous (de chefs-d’œuvre) !
La scène est peu reluisante, pour ne pas dire obscène. Entouré d’un petit groupe de satyres hilares et d’un bestiaire hétéroclite (âne, tortue, coquillage…), Silène réclame à boire. Ivre, il est étendu de tout son long, appuyé sur un bras tandis que de l’autre il lève sa coupe, et offre au spectateur son ventre rebondi, placé en pleine lumière. Dans la partie inférieure gauche de la composition, le peintre a signé son nom sur un papier déchiré, en prenant soin de rappeler son appartenance à la prestigieuse Académie de Saint-Luc à Rome. Lorsqu’il revisite le thème récurrent de l’ivresse de Silène, Ribera, originaire de Valence en Espagne, est actif à Naples depuis dix ans. Dans un réalisme hérité de Caravage, poussé à l’extrême, il confère à son Silène une dimension caricaturale, voire grotesque, qui inspirera ses suiveurs parmi lesquels Luca Giordano dont il fut le maître.