Préservatif avec impression, vers 1830
Coll. Rijksmuseum, Amsterdam
Après le pénis en pierre de 42 000 ans découvert en Mongolie, place à un autre objet artistique phallique : un préservatif bicentenaire orné d’une œuvre érotique ! Exposé depuis le 3 juin au Rijksmuseum d’Amsterdam, ce rare et curieux artefact conçu en 1830 à partir d’un appendice de mouton – une membrane froissée composant un étui oblong en forme de phallus – n’est pas seulement remarquable pour son âge vénérable : ce moyen de contraception a aussi la particularité étonnante d’être décoré d’une minutieuse gravure coquine…
Imprimée sur son flanc, une religieuse exhibe son sexe devant trois ecclésiastiques en érection, et pointe du doigt l’un d’entre eux, accompagnée de la légende « Voilà mon choix ». Cette scène cocasse – parodie osée du mythe grec du Jugement de Pâris, où le prince troyen doit choisir la plus belle entre trois déesses – indique qu’il s’agit probablement d’un souvenir de maison close dont ne sont connus que deux exemplaires, précise le musée néerlandais dans un communiqué.
L’objet témoigne « d’une recherche ludique du plaisir mêlée à la peur des maladies sexuellement transmissibles et des grossesses non désirées. »
Écrin de la Laitière de Vermeer et de la Ronde de nuit de Rembrandt, l’établissement expose jusqu’en novembre cette curiosité dans sa « Print room » (salle dédiée aux œuvres sur papier), au sein d’une présentation temporaire d’œuvres sur le thème de la prostitution et de la sexualité au XIXe siècle. Unique dans ses collections, l’objet acquis aux enchères il y a six mois « témoigne des multiples applications de l’art de la gravure », ainsi que d’ « une recherche ludique du plaisir mêlée à la peur des maladies sexuellement transmissibles, en particulier la syphilis, et des grossesses non désirées », souligne le Rijksmuseum.
Ce témoignage des coulisses d’une société officiellement prude et pieuse rappelle que les préoccupations de nos ancêtres n’étaient pas si éloignées des nôtres. Toujours utilisés aujourd’hui sous une forme perfectionnée, les condoms existent au moins depuis l’époque romaine, où des vessies d’animaux étaient employées, tandis que les Chinois concevaient des poches en papier de soie huilé.
Le préservatif exposé au Rijksmuseum, 2025
Photo Rijksmuseum / Kelly Schenk
Dès le XVIIIe siècle, ils se fabriquent à partir de membranes animales – souvent l’intestin ou le côlon du mouton, de l’agneau, du veau ou de la chèvre. Surnommés « peaux divines », « gants des dames », « chemisettes », « baudruches françaises » ou « redingotes anglaises », les plus raffinés étaient lavés plusieurs fois, parfumés puis séchés sur des moules en verre. Mais leur fragilité les rendait peu efficaces. Dès 1855, ils seront conçus en latex naturel, puis synthétique à partir de 1930. Sans gravures, mais plus sûrs !
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