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Peintre maniériste italienne, Lavinia Fontana (1552–1614) est célèbre pour son talent de portraitiste. Artiste attachée au pape Grégoire XIII, elle connaît une carrière exceptionnelle tant à Bologne qu’à Rome. Fontana est l’une des premières femmes peintres à représenter des nus féminins, sans pour autant contrevenir à la morale de son temps, et l’une des rares femmes élue à l’Académie de Saint-Luc au XVIe siècle.
Lavinia Fontana, Autoportrait dans un tondo, 1579
huile sur cuivre • diam 15,7 cm • Coll. galeries des Offices, Florence • © Scala – Courtesy Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo
« Lavinia Fontana fut, de son vivant, regardée comme une personne extraordinaire. » Charles Blanc
Une prestigieuse famille d’humanistes et d’artistes
Lavinia Fontana est née dans la ville de Bologne le 25 août 1552 (la date de 1550 est parfois mentionnée), dans un univers humaniste et lettré. Issue d’une famille d’artistes, elle reçoit les leçons de son père Prospero, alors au service du pape Jules III et contemporain de Giorgio Vasari. En effet, les femmes ne sont pas autorisées à s’inscrire à l’Académie en raison de la présence de modèles masculins nus.
Une peintre assistée par son mari
Lavinia Fontana est une jeune femme instruite. En 1577, alors même qu’elle est déjà reconnue comme peintre, elle épouse un homme de son rang, riche négociant du nom de Paolo Zappi. Ayant un petit talent de peintre, il assiste sa femme dans la finition de ses portraits. L’artiste met au monde onze enfants, dont trois seuls survivront.
Portraitiste et peintre religieuse
Lavinia Fontana est célèbre pour ses talents de portraitiste. Propre à idéaliser ses modèles, elle est comparée à Guido Reni en raison de la suavité de son pinceau. L’artiste est particulièrement réputée pour sa capacité à représenter les bijoux et les matières nobles dans ses portraits. Mais Lavinia Fontana peint aussi des tableaux mythologiques et des scènes religieuses pour des églises de Bologne et de Rome, un domaine dont les femmes artistes sont théoriquement exclues. Elle jouit également de l’image d’une artiste morale, capable de respecter les convenances même lorsqu’elle représente des nus.
Au service des papes
Elle se rend à Rome après son mariage, au début des années 1590. Nommée peintre du pape Grégoire XIII (originaire de Bologne), Lavinia Fontana est reçue partout avec les plus grands honneurs. Pour le pape Clément VII, elle peint un grand retable représentant la lapidation de saint Étienne, ainsi que de nombreux portraits de dignitaires.
Fêtée par les poètes et les auteurs de son temps
Les dames de la noblesse souhaitent s’attacher ses talents, et le prix de son travail est d’ailleurs conséquent. Pour autant, cette artiste est présentée par ses biographes comme pleine de modestie. Fêtée par les poètes et les auteurs de son temps, elle mène une vie heureuse malgré quelques difficultés dans son ménage. Preuve de l’immense notoriété dont elle jouit, Lavinia Fontana est élue à l’Académie de Saint-Luc. Elle décède à Rome en 1614.
Lavinia Fontana, Autoportrait à l’épinette, 1577
huile sur toile • 27 × 24 cm • Coll. Accademia di San Luca, Rome • © Bridgeman Images
Autoportrait à l’épinette, 1577
Peint à l’aube de son mariage à l’aide d’un miroir, cet autoportrait représente l’artiste devant une épinette, un petit clavicorde. Elle se présente pleine d’élégance, vêtue de riches atours. Derrière elle, se tient une servante portant des partitions, mais également un chevalet qui symbolise sa condition première de peintre. Lavinia Fontana, qui connaît les arts libéraux (elle maîtrise aussi les mathématiques, les lettres, le latin), apparaît comme une artiste et une intellectuelle accomplie.
Lavinia Fontana, Portrait de Antonietta Gonsalvus, 1595
huile sur toile • 46 × 57 cm • Coll. Château de Blois • © Bridgeman Images
Portrait d’Antonietta Gonsalvus, 1595
Couverte d’un curieux pelage qui la fait ressembler à un animal, cette jeune fille est atteinte d’hypertrichose (une maladie provoquant une pilosité extrême sur le visage). Objets de curiosité, Antonietta et sa famille étaient reçues dans les cours européennes. Elle porte un somptueux vêtement. Lavinia Fontana tient à montrer dans ce portrait son humanité. Le sujet convient bien à son talent maniériste, en quête de singularité.
Lavinia Fontana, Noli me Tangere, 1581
huile sur toile • 80 × 65,5 cm • Coll. galeries des Offices, Florence • © Bridgeman Images
Noli me tangere, 1581
Dans cette scène religieuse, Lavinia Fontana met en scène un Christ ressuscité atypique. Il porte un chapeau, une tunique et une bêche. Il s’agit en effet de la représentation d’un épisode réunissant le Christ et Marie Madeleine. Le prenant d’abord pour un jardinier, elle se rend compte de son identité. Le Christ lui demande de ne pas la toucher (« Noli me tangere »). Le style maniériste de Lavinia Fontana est ici bien identifiable à travers les couleurs vives, le jeu des ombres, la souplesse des lignes, la modernité du vêtement du Christ qui surprend le spectateur.
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